mercredi 3 octobre 2018

47. Sophie Rabau 3. Le viol de Carmen : analyse

Sur un développement de Sophie Rabau à propos de Carmen de Prosper Mérimée


Classement : littérature française ; féminisme 




Ceci est une suite de la page Sophie Rabau 2. Le viol de Carmen, dans laquelle je reproduis le passage de l’article de Rabau concernant Carmen.

Référence
*Sophie Rabau, « Des blancs qui en disent long », Le Nouveau Magazine Littéraire, n° 2, février 2018, pages 30-31

Analyse
Je ne me réfère ci-dessous qu’à ce que l’auteur énonce dans l’article, sans tenir compte du contenu du livre qu’il a consacré à Carmen (d’autant que je ne l’ai pas lu).
1) Un curieux rapport au texte en général, au texte de Mérimée en particulier
Rabau commence par une citation (« Carmen sera toujours libre ») dont la référence est très vague (« Carmen, de Prosper Mérimée »). Elle est effectivement extraite de Carmen : il s’agit d’une parole prononcée par Carmen elle-même, à la fin du roman (une page avant la fin du récit), et qui fait donc partie du « passage curieux » sur lequel Rabau affirme qu’ « elle est tombée » (ailleurs dans l’article, elle écrit que « Nausicaa tombe sur Ulysse complètement nu » : Que de chutes chez Mme Rabau ! En l’occurrence, la formule est tout à fait inappropriée : « tomber sur » signifie « trouver quelque chose par hasard » ou « rencontrer quelqu'un de façon imprévue ». Or Carmen est un texte dont l’édition ne pose pas de problème : donc, elle n’est pas « tombée sur un passage curieux », elle a simplement réinterprété un passage que toute personne lisant Carmen a pu lire (depuis 1847). Ou bien, cela signifie-t-il dire que Rabau n’aurait lu Carmen que récemment ? On pourrait le penser quand on la voit s’étonner
1) que chez Mérimée, Carmen soit mariée ;
2) que le dispositif littéraire de Mérimée soit un récit dans le roman, le récit que fait José Navarro à un narrateur à la première personne (archéologue amateur parcourant l’Espagne, un double de Mérimée). Cela donne l’impression que Rabau ne connaissait Carmen que par l’opéra de Bizet et qu’elle n’a pris connaissance que récemment de l’œuvre de Mérimée.

2) La rhétorique de Rabau
On peut se demander pourquoi elle emploie (à deux reprises) la formule «  Passons » :
« Carmen est mariée chez Mérimée, mais passons »
« chez Mérimée c’est José qui raconte à un autre homme l’histoire de la libre Carmen, mais passons de nouveau »
On emploie cette expression pour indiquer qu’on trouve quelque chose bizarre, mais qu’on ne va pas en parler parce qu’il y a des choses plus importantes à dire. En l’occurrence, il n’y a rien de « bizarre » dans ces deux points !
Par ailleurs, elle joue le rôle de la « candide » :
« sans que je parvienne à me l’expliquer et sans que Mérimée se soucie de justifier ce curieux revirement, Carmen accepte de suivre José avec une docilité dont elle n’est pas exactement coutumière »
Ceci tout en utilisant un bien peu utile superlatif :
 « ce changement d’humeur de Carmen est sûrement l’un des plus mal motivés de la littérature mondiale ».
Sûrement… D’autant plus sûrement que cette phrase ne veut rien dire.

3) Une présentation biaisée des événements du récit
« elle est amoureuse d’un autre, un picador nommé Lucas, et envisage de se libérer un peu plus en réglant son compte à José, devenu encombrant »
En fait, elle a fait une seule fois cette menace à José, et cela a eu lieu avant la rencontre de Lucas (qui ne s'appelle pas Escamillo chez Mérimée, mais passons...).
« Carmen se rend dans une maison que José connaît – drôle de manière d’échapper à un amant jaloux et violent que de se rendre là où il peut vous trouver »
En fait, ils se sont quittés à Séville ; José est parti en expédition tandis que Carmen venait à Cordoue ; elle n’a pas de raison de supposer que José est finalement venu à Cordoue la chercher ; la remarque de Rabau n’a aucun intérêt. Par ailleurs, jusqu'à ce moment du récit, il n'y a pas eu de violence de José envers Carmen.

4) Une théorie littéraire dépassée
Le passage consacré à Carmen repose sur une analyse psychologique du personnage de Carmen : Rabau estime que le « comportement » de Carmen à la fin du récit (soumission à José) est contradictoire avec son « caractère » (goût de la liberté, etc.). Je retrouve là les analyses qu'on avait à faire au lycée quand on devait étudier le « caractère » de tel ou tel personnage des pièces de Molière, Racine ou Corneille. Il me semble que ce point de vue (qui était justifié sur un plan pédagogique) était déjà obsolète dans la théorie de la littérature de cette époque.
En fait, l’analyse du « caractère » d’un personnage suppose que ce personnage a ou pourrait avoir un référent dans la réalité. Rabau se place sur ce plan en cherchant quel acte réel a pu provoquer un aussi grand changement dans le « caractère » de Carmen.

5) Une hypothèse mal étayée
Rabau nous dit que l’événement explicatif (occulté par Mérimée : « Il est temps de sortir hors du blanc narratif où l’a enfoui Mérimée ce récit absent qui rend tout tristement cohérent ») est le viol de Carmen (« Carmen a été violée ») par José (« dans Carmen, c’est le violeur qui raconte l’histoire et [...] il ne va sans doute pas donner cette explication »).
Pour mieux étayer son propos, Rabau utilise la description par Virginie Despentes d’un viol qu’elle aurait subi pour prouver qu’au cours d’un viol, une femme est totalement réduite à l’impuissance.
Cela suppose :
a) Que Despentes a réellement été violée (ce que Rabau ne prend pas la peine d’indiquer) ;
b) Que toute femme violée se comporte comme celle du récit de Despentes (elle pourrait prendre un couteau, mais est incapable de le faire) ;
c) Que l’impuissance au cours du viol se prolonge après le viol.
Il est évident que ce récit de Despentes n’a aucune valeur pour prouver quoi que ce soit en ce qui concerne Carmen.

A suivre
*Le récit de Mérimée



Création : 3 octobre 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 47. Sophie Rabau 3. Le viol de Carmen : analyse
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lundi 1 octobre 2018

46. Guillaume Erner, les livres et les bouquins

A propos d’une remarque de Guillaume Erner sur les bibliothèques universitaires françaises et américaines


Classement :




Référence
*Guillaume Erner, « Les étudiants cuisinés à la sauce mépris », Charlie Hebdo n° 1341, 4 avril 2018, page 7

L’auteur
Né en 1968; Docteur en sciences sociales, animateur des Matins de France Culture, chroniqueur à Charlie Hebdo depuis 2015.

Document 1 : Guillaume Erner à propos des bibliothèques universitaires françaises et américaines
Je cite le début de l’article :
« Si vous pensez que l’université française est pauvre, c’est que vous n’êtes jamais allé dans une faculté américaine. Parce que si tel était le cas, vous sauriez que nos établissements ne sont pas pauvres, mais misérables. A la base, il y a un problème de budget : un étudiant français « coûte » de huit à dix fois moins cher que son camarade américain. Et cela se voit : le test comparatif de deux bibliothèques universitaires ne laisse aucun doute sur ce point. Aux Etats-Unis, dans la plus humble des facs, des milliers de livres, en accès libre. En France, des poignées de bouquins qui se battent en duel, qu’il faut réclamer à un guichet. ».

Document 2 : photographies d’une bibliothèque universitaire française
Il s’agit de la BU Lettres de l’université de Nantes, photos prises le 11 avril 2018 :
1) salle 21 (une des quatre grandes salles de cette bibliothèque, celle consacrée à l'histoire)

2) revues en accès libre.

Analyse
Ces deux photos démentent la phrase d’Erner « En France, des poignées de bouquins qui se battent en duel, qu’il faut réclamer à un guichet » : dans la BU d’une université moyenne, on trouve des centaines de livres consacrés à la discipline « histoire » et des dizaines de revues en accès libre.
Ajoutons qu’à l’université de Nantes, il y a aussi une bibliothèque de section d'Histoire qui offre d’autres centaines d’ouvrages en accès libre (mais dans un espace moins confortable? plus restreint).
Quant aux autres sections, elles bénéficient aussi de rayonnages raisonnablement garnis.
Pour ce que j’en sais, il en va de même dans les autres universités.

Commentaire
Erner a donc écrit une sottise sur les BU françaises ; ce qu’il évoque, c’est la bibliothèque d’une école primaire des années 1950 ou la « bibliothèque de classe » d’une classe de lycée dans les années 1960 (deux choses que j’ai personnellement connues) : pas une bibliothèque actuelle de collège ou de lycée, et bien entendu pas une bibliothèque universitaire actuelle.
Il est possible que les BU françaises soient en moyenne moins dotées que les BU américaines ; mais de là à présenter cet écart en des termes aussi ineptes…
Quel but recherche Erner en énonçant de telles âneries dans Charlie Hebdo ?

Note 1
Du reste, est-ce qu’un étudiant américain coûte vraiment dix fois plus cher qu’un étudiant américain ? (Notons que son admiration inconditionnelle pour les Etats-Unis, où il voit « des livres » alors qu’en France, il ne voit que « des bouquins », l’amène à omettre un détail : l’endettement massif des étudiants américains).
Note 2
Erner dira peut-être pour sa défense que l’université de Nantes n’est pas « la plus humble des facs » françaises. Dans ce cas, il lui revient de prouver qu’il existe en France des BU où on ne trouve que « des poignées de bouquins qui se battent en duel, qu’il faut réclamer à un guichet » !



Création : 1° octobre 2018
Mise à jour :
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 46. Guillaume Erner, les livres et les bouquins
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samedi 15 septembre 2018

45. Sophie Rabau 2. Le viol de Carmen : l'article de Rabau

Sur un développement de Sophie Rabau à propos de Carmen de Prosper Mérimée


Classement : littérature grecque ; féminisme 




Ceci est une suite de la pagLe cas Sophie Rabau : Ulysse et les sophismes de Sophie, dans lequel j'étudie une question posée par Mme Rabau : Ulysse n'aurait-il pas violé Nausicaa au chant VI de l'Odyssée ?
Je m'intéresse maintenant le coeur de son article : Carmen n'aurait-elle pas été violée, elle aussi (à moins que ce ne soit Carmen).

Référence
*Sophie Rabau, « Des blancs qui en disent long », Le Nouveau Magazine Littéraire, n° 2, février 2018, pages 30-31

L’auteur
Il est présenté par le magazine comme « enseignante-chercheuse à l’université Paris-III » et auteur des ouvrages suivants : « B. comme Homère, L’Invention de Victor B., et tout récemment Carmen pour changer » (Victor B. = Victor Bérard).
Sur le site de l’université Paris-3 (lien), on apprend qu’il est « directeur de recherche en littérature comparée ». Ses « domaines de recherche » sont définis comme suit: « Théorie littéraire et littérature antique gréco-latin[e], en particulier théorie de l'interprétation et de la philologie classique, théorie des textes possibles et critique créative, intertextualité. Poétique du récit. »

Présentation de l’article
Dans cet article, Rabau prétend découvrir que nombre d’héroïnes célèbres de la littérature ont subi un viol, occulté par l’auteur, mais détectables grâce à des indices ténus. Elle conclut en lançant un nouveau hashtag #balancetonporcdanslafiction, qui est, je l’espère, d’un trait d’humour ; mais le reste de l’article semble tout à fait sérieux (ou alors elle cache bien son jeu).
Pour sa démonstration, elle s’appuie principalement sur Carmen de Prosper Mérimée, qu’elle analyse assez longuement : selon elle, le texte de Mérimée révèle (négativement) que Carmen a certainement été violée par don José.

Texte 1 : la démonstration par Rabau du viol de Carmen
En gras : les passages particulièrement intéressants
« C’est entendu, « Carmen sera toujours libre (1) ». Tellement libre qu’elle préfère mourir, tuée par don José, son amant, plutôt que renoncer à sa liberté chérie. Des esprits chagrins pourraient faire remarquer qu’il est des manières plus heureuses et surtout plus… libres d’être libre. Cette mort est fatale, tragique, inévitable. Carmen se soumet au destin, auquel elle ne peut échapper. Etrange liberté, mais c’est là toute la tragédie de Carmen : pour rester libre, elle doit mourir, elle n’a pas le choix.
Elle n’a pas le choix ? Je le croyais, moi aussi, jusqu’à tomber sur un curieux passage de la nouvelle de Mérimée, un de ces moments que l’on passe un peu vite pour arriver à la grande scène finale : don José, le poignard, la mort. Carmen, à ce point du récit, est pour le coup vraiment libre : elle s’est libéré de son mari, Garcia dit le Borgne (Carmen est mariée chez Mérimée, mais passons), tué par José sur son insistante suggestion : elle est amoureuse d’un autre, un picador nommé Lucas, et envisage de se libérer un peu plus en réglant son compte à José, devenu encombrant. En attendant elle part aux courses de taureaux. Mais voici qu’à Cordoue Lucas est victime d’un accident de corrida – on ne sait pas s’il vivra.
UN CURIEUX REVIREMENT  
A partir de là, tout devient étrange, si l’on s’en tient au récit de José (chez Mérimée c’est José qui raconte à un autre homme l’histoire de la libre Carmen, mais passons de nouveau). Carmen se rend dans une maison que José connaît – drôle de manière d’échapper à un amant jaloux et violent que de se rendre là où il peut vous trouver. Alors sans que je parvienne à me l’expliquer et sans que Mérimée se soucie de justifier ce curieux revirement, Carmen accepte de suivre José avec une docilité dont elle n’est pas exactement coutumière : « Vers deux heures du matin, Carmen revint, et fut un peu surprise de me voir. – Viens avec moi, lui dis-je. –Eh bien ! dit-elle, partons ! – J’allai prendre mon cheval, je la mis en croupe, et nous marchâmes tout le reste de la nuit sans nous dire un seul mot. »
La rebelle suit José sans un mot sur son cheval ; un peu plus bas, la bohémienne éprise de liberté ne fuit pas quand José lui en donne l’occasion ; la menteuse, « qui a toujours menti », dit José, ne veut pas, dit-elle, « se donner la peine de faire quelque mensonge ». Carmen la joue déprimée : « A présent, je n’aime plus rien, et je me hais pour t’avoir aimé. » Dont acte : Carmen, qui la veille assistait toute joyeuse à une course de taureaux, n’aime plus personne.
Pour tout dire, ce changement d’humeur de Carmen est sûrement l’un des plus mal motivés de la littérature mondiale. Pourquoi ne part-elle pas ? Parce que, dit José, « elle ne voulait pas que l’on pût dire que je lui avais fait peur ». Mais depuis quand José fait-il peur à Carmen ? Et d’ailleurs quel est ce « on » ? Qui donc pourrait dire que Carmen a eu peur ? Aucun témoin n’assiste à la scène. Pourquoi ne ment-elle pas ? Car elle ne veut pas s’en donner la peine. Mais depuis quand Carmen a-t-elle de la peine à mentir ? Mérimée met tout de suite une nouvelle raison dans la bouche de son héroïne : « Comme mon rom, tu as le droit de tuer ta romi. » Certes, mais la romi en question a envisagé, quelques jours plus tôt, de faire tuer son rom. Tout cela ne va pas très bien. Il se pourrait même que tout cela aille assez mal.
A ma connaissance, il est un seul cas où une femme, si libre et vivante soit-elle, peut tout à coup renoncer à se défendre et se laisser maltraiter ou tuer passivement. Au début du XXI° siècle, Virginie Despentes, une femme elle-même assez libre, a raconté le viol dont elle a été victime (2). Elle évoque le couteau juste à portée de main : un tout petit geste, et elle tue celui qui est en train de la violer, mais rien, c’est l’effet du viol, aucune réaction, impossible de se soustraire, de contrer l’agression, une impuissance absolue, l’impression que cela devait arriver (tu vas me tuer, c’est le destin), une absence à soi-même (« je n’aime plus rien »). C’est la même histoire dans Carmen, la fuite à portée de main, et rien… Si ce n’est que, dans Carmen, c’est le violeur qui raconte l’histoire et qu’il ne va sans doute pas donner cette explication-là. Il est temps de dire haut et fort ce qui s’est passé entre le moment où Carmen amoureuse et flamboyante quitte les arènes et celui où elle suit José sans protester. Il est temps de sortir hors du blanc narratif où l’a enfoui Mérimée ce récit absent qui rend tout tristement cohérent : Carmen a été violée.
(1) Carmen (1847), Prosper Mérimée, éditions Flammarion, 1973
(2) King Kong Théorie, Virginie Despentes, éditions Grasset, 2006 »

Analyse
A venir



Création : 15 septembre 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 45. Sophie Rabau 2. Le viol de Carmen
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dimanche 2 septembre 2018

44. A propos de la garantie des dépôts bancaires

A propos d’une conception défaitiste et inepte de cette garantie




Classement : économie






Référence
*Site Droit-Finances, « La garantie des dépôts bancaires en cas de faillite », 2 septembre 2018 (lien)

La page explique les modalités de la garantie des dépôts à hauteur de 100 000 euros et se termine par deux paragraphes très intéressants :

Texte
« Cette procédure n'est pourtant qu'hypothétique. Elle repose en effet sur l'intervention du Fonds garantie des dépôts censé garantir les comptes des clients. Or, le montant actuel du Fonds de garantie des dépôts est aujourd'hui fixé à environ 2 milliards d'euros. Un montant très insuffisant en cas de crise financière généralisée.
En théorie, cette garantie de 100 000 euros ne concernerait en effet que 2 000 000 000 / 100 000 = 20 000 clients. Un nombre bien loin des millions de déposants français dont le montant total des dépôts avoisinerait les 2 000 milliards d'euros. »

Commentaire
Les auteurs de cette page ont une conception curieuse de l’économie : pour eux, il faudrait, en cas de crise généralisée, que le Fonds de garantie dispose de 2 000 milliards d'euros, pour faire face à toutes les demandes de remboursements.
Il ne leur vient pas à l’esprit de se poser une simple question : sous quelle forme auraient lieu ces remboursements ?
Deux possibilités :
a) par chèque ou virement bancaire, auquel cas l’argent se retrouverait sur un dépôt (c'est-à-dire la même situation qu’avant le remboursement) ;
b) en billets de banque, mais dans ce cas qu’est-ce les heureux déposants feraient de ces 2 000 milliards en liquide ? Les cacher dans un matelas en attendant que l’inflation en détruise peu à peu la valeur (ou que surviennent de pires avanies : incendie, cambriolage, etc.) ? Faire des achats à tout va, ce qui ne manquerait pas de lancer l’inflation ! Les exfiltrer vers un paradis fiscal pour profiter d’une législation business-friendly ? Je suppose qu’il y aurait un minimum de contrôle des changes sur des fonds « garantis »
c) en or, si on aime les contes de fées (le problème de quoi faire de tout cet or n'étant pas résolu magiquement).

Il est bien évident que la garantie des dépôts ne signifie pas le remboursement immédiat de la totalité des fonds garantis. Cela signifie que l’Etat garantissant ces dépôts à long terme (au-dessous d’un plafond donné), le Fonds de garantie n’a besoin de couvrir que les demandes d’argent effectives (si par exemple quelqu'un veut acheter comptant une voiture). Je ne sais pas si la somme de 2 milliards d’euros serait suffisante pour faire face aux besoins provoqués par une crise généralisée, mais il est probable qu’elle suffirait  lors de la faillite d’une seule banque…

Conclusion
Pas de panique !
A bas le capitalisme financier !
Vive l’intervention de l’Etat !



Création : 2 septembre 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 44. A propos de la garantie des dépôts bancaires
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mercredi 4 juillet 2018

43. Verbiage bourdieusien sur France Culture

Quelques remarques à propos de l'émission Rue des écoles de Louise Tourret


Classement : bourdieusisme médiatique




Référence
*Louise Tourret, « Université: comment démocratiser la réussite ? », Rue des écoles, 24 juin 2018 (lien).

Diatribe
L’autre jour, à 17 h 10, j’allume mon autoradio et je tombe sur France Culture, une émission qui parle de l’école. « Chic, du verbiage bourdieusien… Combien de temps je vais tenir ? ».
Pas longtemps.
Il s’agissait d’un sociologue qui a fait une enquête à partir de données exceptionnelles à l’échelle mondiale (le suivi d’une cohorte d’élèves de Sixième).
Etudiant la réussite à l’université des membres de cette cohorte, il s’est aperçu (chose à peine croyable) que « Ce n’est pas réparti au hasard, ce ne sont pas les enfants de profs qui restent à la fac avec des difficultés »… Là, il a oublié de dénoncer « les enfants de cadres ».
Quelques minutes plus tard, il évoque d’autres trouvailles incroyables, obtenues en croisant plein de paramètres, pas seulement l’origine sociale : par exemple, la réussite à l’université « n’est pas du tout la même si on a eu le bac avec mention Bien ou avec mention Passable »…
Oui ? Vraiment ?
Peut-être que ceux qui ont eu une mention Bien bénéficient d’un passe-droit (occulte) durant le reste de leurs études ?
Sinon, on ne voit pas comment de telles choses pourraient arriver.
A ce stade, j’ai préféré basculer sur France Musique (au moins, dans la musique, de la pensée est toujours présente).

Envoi
Cela fait longtemps que je n'écoute plus l'émission de Tourret, distillatrice de lieux communs bourdieusiens depuis des années, voire des décennies, avec notamment son acolyte, Claude Lelièvre... 
Tombé dessus par hasard, j'ai pu constater que non, elle n'a pas changé...



Création : 4 juillet 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 43. Verbiage bourdieusien sur France Culture
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dimanche 24 juin 2018

42. La tribune contre Kamel Daoud : Analyse 1

Quelques remarques à propos d’une tribune de Kamel Daoud sur les événements de Cologne et de la polémique qui en est résulté


Classement : islam ; islamisme ; critique de l'islam




Ceci est la suite des pages

Introduction
Fin janvier 2016, une tribune de l’écrivain algérien, consacrée aux événements de Cologne (31 décembre 2015-1° janvier 2016). Ces événements font l’objet d’une polémique, en France comme en Allemagne et dans d’autres pays ; la tribune de Kamel Daoud (algérien laïc vivant et écrivant en Algérie) va faire l’objet d’une polémique spécifique, à travers la réponse, parue quelques jours après, de plusieurs intellectuels qui l’accusent entre autres d’islamophobie,.
Après avoir présenté la tribune de Kamel Daoud puis le texte qui lui est hostile, je résume et j’analyse ci-dessous cette seconde tribune.

Références
*Kamel Daoud, « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 31 janvier 2016, disponible en ligne (lien)
*Collectif, « Nuit de Cologne : « Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés » », Le Monde, 11 février 2016 (lien)

Résumé de la tribune
Après une introduction purement rhétorique (dépourvue de tout élément factuel) fortement dépréciative à l’encontre de la personne et du texte de Kamel Daoud, les auteurs étudient les « trois logiques » qui, selon eux, régissent sa tribune :
1) l’essentialisation du monde musulman et de l’Occident
2) une psychologisation des actes commis à Cologne
3) une volonté d’imposer aux réfugiés une discipline afin de les rendre conformes aux valeurs de l’Occident.
Mais un tel résumé est insuffisant parce que l’argumentation est constamment parasitée par une rhétorique de dépréciation.

Plan de l’analyse
A) Les événements de Cologne selon le Collectif
B) Kamel Daoud selon le Collectif
1) Remarques positives
2) Remarques dépréciatives
3) Les formules dépréciatives dans la tribune de Kamel Daoud
C) L’argumentation du Collectif (à venir)

Analyse
A) La présentation des faits par le collectif
Dans l’ensemble, le Collectif n’essaie pas de présenter les événements de Cologne comme anodins :
« Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits »
« le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits »
« un fait divers gravissime »
On trouve cependant une notation de style « excusiste » :
« Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. […], c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). ».
Cette remarque est sans doute fondée, mais pas pertinente pour autant (une situation générale ne convenant pas pour étudier un fait ponctuel).

B) Kamel Daoud dans la tribune du collectif
Dans l’ensemble, Kamel Daoud (« Daoud ») n’est pas présenté sous un très bon angle dans cette tribune ; j’ai cependant trouvé des éléments positifs, dont la présence n’est pas très cohérente avec le reste (négligences dans la correction ?).

1) Remarques positives
a) « Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. »
b) « il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. » [noter dans ces deux cas l’emploi du prénom]

2) Remarques dépréciatives
a) « humaniste autoproclamé » |noter que le mot « humaniste » n’est employé qu’une fois par Kamel Daoud : « [le réfugié] est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité » ! Le Collectif se réfère ici à un point de vue des médias français qui considèrent Kamel Daoud comme un « humaniste » ; je ne sais pas si Kamel Daoud s'est jamais « autoproclamé » « humaniste ».]
b) « lieux communs navrants »
c) « [il] recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). » (pas moins de trois termes péjoratifs : « recycler », « clichés », « éculés ») [est-ce que cela se trouve vraiment chez Renan et Le Bon ? Aucune preuve. Aucune citation. Or Renan et Le Bon ne sont pas des auteurs lus, ni très connus, en France à l’heure actuelle]
d) « l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen » [on pourrait cependant imaginer que la propagande de Daech avait à l’époque une influence au moins aussi importante pour inciter à « la peur de l’islam », sans parler des attentats de l’année 2015 en France et dans d’autres pays, à moins qu’il ne s’agisse de « fantasmes »]
e) « [son] texte repose sur trois logiques qui, pour être typiques d’une approche culturaliste que de nombreux chercheurs critiquent depuis quarante ans, n’en restent pas moins dangereuses » [référence probable aux travaux d’Edouard Said ; mais encore aucune citation. En quoi ces travaux s’appliquent au cas traité ?]
f) «  marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances » [[il devrait pourtant être reconnaissant de ne pas avoir été zigouillé dans les années 1990]
g) « vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant »
h) « Pegida n’en demandait pas tant. » [là encore, il me semble que Pegida n’a pas fondé son point de vue anti-musulman sur les écrits de qui que ce soit ; le Collectif emploie probablement « Pegida » comme pré-synonyme de « nazi »]
i) « ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque »
j) « conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud »
k) « dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles. » [noter l’amalgame entre « peur de l’islam » et « racisme » : preuve du caractère « pourri » du concept d’« islamophobie »]
l) « banalisation des discours racistes affublés des oripeaux d’une pensée humaniste qui ne s’est jamais si mal portée. Nous nous alarmons de voir un fait divers gravissime servir d’excuse à des propos et des projets gravissimes. »
m) « réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes »
Fichtre !

3) Les formules dépréciatives dans la tribune de Kamel Daoud
Relisons la tribune de Kamel Daoud. 
Si celui-ci utilise des termes dépréciatifs, c’est en moins grand nombre et de façon plus discrète. A proprement parler, Kamel Daoud ne profère aucune injure, même contre les islamistes (qu’il déteste pourtant manifestement) ; il ne les traite même pas d’ « anti-humanistes »…  Il désigne Daech comme « l’organisation Etat islamique », formule qui ne me paraît pas injurieuse. Il écrit « L’islamiste n’aime pas la vie », ce qui peut se discuter, mais n’est pas non plus injurieux.
On trouve un passage extrêmement violent : « ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka » ; est-ce que « porno-islamisme » est pour autant une injure ? (peut-être le serait « porno-islamiste ! », mais « porno-islamisme » est un concept, pas une adresse verbale.
On trouve aussi : « L’islamisme est un attentat contre le désir », ce qui est peut-être diffamatoire.

Conclusion
Alors que le texte de Kamel Daoud est, me semble-t-il, neutre sur le plan de la rhétorique péjorative, les auteurs du collectif utilisent de nombreux termes visant à le discréditer. C’est un peu inquiétant pour la bonne tenue du débat.

A venir
*L’argumentation du Collectif
*Les membres du Collectif



Création : 24 juin 2018
Mise à jour :
Révision : 15 septembre 2018
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 42. La tribune contre Kamel Daoud : Analyse 1
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2018/06/la-tribune-contre-kamel-daoud-analyse-1.html








jeudi 21 juin 2018

41. La tribune contre Kamel Daoud : texte

Quelques remarques à propos d’une tribune de Kamel Daoud sur les événements de Cologne et de la polémique qui en est résulté


Classement : islam ; islamisme ; critique de l'islam




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Introduction
Fin janvier 2016, une tribune de l’écrivain algérien, consacrée aux événements de Cologne (31 décembre 2015-1° janvier 2016). Ces événements font l’objet d’une polémique, en France comme en Allemagne et dans d’autres pays ; la tribune de Kamel Daoud (algérien laïc vivant et écrivant en Algérie) va faire l’objet d’une polémique spécifique, à travers la réponse, parue quelques jours après, de plusieurs intellectuels qui l’accusent entre autres d’islamophobie,.
Après avoir présenté la tribune de Kamel Daoud, je reproduis ci-dessous le texte hostile à son point de vue.
                                                                                                                                     
Référence
*Kamel Daoud, « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 31 janvier 2016, disponible en ligne (lien)
*Collectif, « Nuit de Cologne : « Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés » », Le Monde, 11 février 2016 (lien)

Texte
« Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans.
Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par « la droite et l’extrême droite », l’auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme.

Essentialisme
Le texte repose sur trois logiques qui, pour être typiques d’une approche culturaliste que de nombreux chercheurs critiquent depuis quarante ans, n’en restent pas moins dangereuses. Pour commencer, Daoud réduit dans ce texte un espace regroupant plus d’un milliard d’habitants et s’étendant sur plusieurs milliers de kilomètres à une entité homogène, définie par son seul rapport à la religion, « le monde d’Allah ». Tous les hommes y sont prisonniers de Dieu et leurs actes déterminés par un rapport pathologique à la sexualité. Le « monde d’Allah » est celui de la douleur et de la frustration.
Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation.

Psychologisation
Kamel Daoud prétend en outre poser un diagnostic sur l’état psychologique des masses musulmanes. Ce faisant, il impute la responsabilité des violences sexuelles à des individus jugés déviants, tout en refusant à ces individus la moindre autonomie, puisque leurs actes sont entièrement déterminés par la religion.
Les musulmans apparaissent prisonniers des discours islamistes et réduits à un état de passivité suicidaire (ils sont « zombies » et « kamikazes »). C’est pourquoi selon Daoud, une fois arrivés en Europe, les réfugiés n’ont comme choix que le repli culturel face au déracinement. Et c’est alors que se produit immanquablement le « retour du grégaire », tourné contre la femme, à la fois objet de haine et de désir, et particulièrement contre la femme libérée.
Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant.

Discipline
« Le réfugié est-il donc sauvage ? », se demande Daoud. S’il répond par la négative, le seul fait de poser une telle question renforce l’idée d’une irréductible altérité. L’amalgame vient peser sur tous les demandeurs d’asile, assimilés à une masse exogène de frustrés et de morts-vivants. N’ayant rien à offrir collectivement aux sociétés occidentales, ils perdent dans le même temps le droit à revendiquer des parcours individuels, des expériences extrêmement diverses et riches.
Culturellement inadaptés et psychologiquement déviants, les réfugiés doivent avant toute chose être rééduqués. Car Daoud ne se contente pas de diagnostiquer, il franchit le pas en proposant une recette familière. Selon lui, il faut « offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer ». C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes.
Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud.

De quoi Daoud est-il le nom ?
Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles.
Nous nous alarmons de la banalisation des discours racistes affublés des oripeaux d’une pensée humaniste qui ne s’est jamais si mal portée. Nous nous alarmons de voir un fait divers gravissime servir d’excuse à des propos et des projets gravissimes. Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. Encore faudrait-il pouvoir le faire sans réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes. Le fond de l’air semble l’interdire. »

A venir
*Analyse de la tribune contre Kamel Daoud
*Présentation de ses auteurs



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