lundi 9 décembre 2019

74. La Révolution française et la violence selon Ludivine Bantigny

Quelques remarques sur les énoncés post-soixante-huitards d’une « historienne » née après 1968


Classement : Ludivine Bantigny ; pseudo-historienne




Référence
* « Ludivine Bantigny », Télérama n° 3647, 4 décembre 2019, page 6

L’auteur
Ludivine Bantigny, née en 1975, est normalienne, agrégée d’histoire, maître de conférences à l’université de Rouen et, surtout, révoltée.

Texte


Télérama n'hésite pas à mettre en valeur la phrase-choc (« le poids des mots ») de Bantigny : 


Conseil de lecture
Il est possible que l'interview contienne des propos encore plus percutants. Chacun peut se reporter au numéro référencé de Télérama pour le savoir.

Analyse
(Inutile)

Commentaire
C’est diablement intelligent tout cela !
On pourrait intituler l’article : « De la violence ? Et cassœur ! ».

Conclusion
Est-il légitime de comparer les « gens qui s'engagent avec le corps » et les sans-culottes de 1789 ?
Ceux de 1789 n’ont pas détruit la Bastille qu’ils avaient prise, mais ils ont mis la tête du gouverneur au bout d’une pique.
Ceux de 2019 ont pendu un mannequin de Macron au bout d’une perche et détruit des abribus, avant de prendre le bus pour rentrer à la maison.



Création : 9 décembre 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 74. La Révolution française et la violence selon Ludivine Bantigny
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/12/la-revolution-francaise-et-la-violence.html








dimanche 8 décembre 2019

73. A bas les capitalistes !

Quelques remarques sur un tic de la sociologie médiatique d’obédience bourdieusienne


Classement :




Références
*France Culture, date ?, La Grande Table, entretien avec Bernard Lahire au sujet de son livre sur les inégalités dans l’enfance
*France Culture, samedi 26 octobre 2019, Journal de 8 h, interview d’une sociologue à propos des femmes Gilets jaunes

Texte
Dans la première émission, Lahire évoquait le cas d’une enfant de milieu « privilégié » qui avait « un grand capital narratif » (traduction : elle parle bien, elle a du vocabulaire)
Dans la seconde, c’est une chercheuse de l’IEP de Bordeaux qui parlait de certains Gilets jaunes comme de « gens qui n’ont pas un grand capital militant ».

Analyse
J’avais trouvé la formulation de Lahire assez inepte (sans remettre en question le fait que les enfants de milieux « privilégiés » soient plus à l’aise dans nombre de domaines de l’expression ; un bémol cependant: ils manient moins bien les insultes, on pourrait donc dire qu’ils ont un moins grand « capital injurieux »).
Mais parler de « capital militant », cela relève de l’intoxication massive au bourdieusisme primaire (c’est littéralement ne rien dire, mais avec une formule qui frappe).
Faudra-t-il lutter contre l’inégale répartition du « capital militant » ? Faut-il dénoncer les syndicalistes, qui accaparent indûment le « capital militant » ? Ce que font d'ailleurs volontiers les Gilets jaunes...

Commentaire
Il me semble que les concepts bourdieusiens de « capital culturel » ou de « capital scolaire » sont des métaphores, du reste pas complètement appropriées pour comprendre de quoi il retourne. Ces métaphores ne visent pas à comprendre, à approfondir l'analyse, mais à dénoncer et, au-delà, à prendre le contrôle du pouvoir dans une partie du « champ idéologique ».

Conclusion
Mais quand des gens appliquent (de façon très mécanique, on dirait que c’est la seule expression qui puisse leur venir à l'esprit) un concept inadéquat à n’importe quel sujet, cela devient tout simplement un concept ridicule (et ses utilisat-eur-rice-s des précieu-x-ses ridicules !).



Création : 8 décembre 2019
Mise à jour :
Révision : 31 août 2020
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 73. À bas les capitalistes !
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/12/a-bas-les-capitalistes.html








samedi 7 décembre 2019

72. Deux et deux peuvent-ils faire cinq ?

Quelques remarques sur l’épistémologie du nombre


Classement : épistémologie ; mathématiques ; arithmétique




Illustration

Prise de vue : 13 février 2020 ; lieu : toilettes de la BU Lettres, Nantes

Analyse
Cet énoncé marque la différence, en ce qui concerne les mathématiques, entre la sphère du langage et la sphère des symboles réels.

Il serait tout à fait possible que « deux plus deux fassent cinq », soit « 2 + 2= 5 », dès lors que l’on aurait convenu que le nombre actuellement symbolisé à l’écrit par « 4 » (« quatre ») est désormais symbolisé par « 5 » (« cinq »).
En revanche, si on en vient aux symboles réels, et non plus linguistiques, il n’est pas possible (dans le cadre d’une conception « raisonnable » des choses) que, si « I » représente un objet quelconque, un jeton, bâtonnet, ou toute autre chose :
*« (I + I) + (I + I) = I + I + I + I + I »
Si on a convenu que
*(I + I) porte le nom  de « deux » et que son symbole écrit est « 2 »,
*(I + I +I + I) porte le nom de « quatre » et que son symbole linguistique est « 4 »,
on doit admettre que
*« 2 + 2 = 4 ».
Un régime totalitaire pourrait certes obliger les gens à admettre que « 2 + 2 = 5 » (« cinq ») (il suffirait d'admettre le changement de la convention usuelle), mais pas à voir que « (I + I + I + I) = (I + I +I + I + I + I) ».
Mais cette exigence (de changer de convention) est tellement dépourvue d'intérêt qu’aucun régime n’a essayé de l’imposer (pas plus que d’obliger à dire que le soleil se lève à l’ouest et se couche à l’est, en inversant les noms des points cardinaux).



Création : 7 décembre 2019
Mise à jour : 13 février 2020 (illustration)
Révision : 31 août 2020
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 72. Deux et deux peuvent-ils faire cinq ?
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/12/deux-et-deux-peut-il-faire-cinq.html








lundi 25 novembre 2019

71. Dr Maboula and Mister Jourde

Quelques remarques à propos d’un débat biaisé organisé sur France Culture


Classement : extrême gauche ; censure ; politiquement correct




Référence
*« Médias, espace public : la liberté d’expression est-elle menacée ? », France Culture, Signes des temps, 24 novembre 2019

Les intervenants
Marc Weitzmann avait invité outre Pierre Jourde et Maboula Soumahoro, « angliciste, maîtresse de conférence à l’Université de Tours, chercheuse en french diaspora studies », Hadrien Mathoux (Marianne) et Céline Piques (« Osez le féminisme ! ») 

Analyse (parfois fantaisiste)
On pourrait dire que ce débat, qui portait sur l’existence d’une censure d’extrême-gauche, a été un affrontement entre les forces du Bien et les forces du Mal, ce dont je vais rendre compte (de façon seulement en partie fantaisiste) sur cette page, intitulée

Dr Maboula and Mister Jourde

Le docteur Maboula, logicien d’une implacable « dureté », a démontré de façon convaincante qu’à l’encontre de ce que prétend le sieur Jourde, cette censure n’existe pas, car
1) il n’est de censure que d’État ;
2) il n’y a pas de censure lorsque l’œuvre d’abord non jouée (par exemple Les Suppliantes) a finalement été jouée ;
3) il n’y a pas de censure puisque, M. Jourde, vous ne pouvez me citer que deux cas où un événement prévu n’a pas pu avoir lieu (notamment la conférence de Sylviane Agacinski à Toulouse) ;
4) l’autocensure n’a rien à voir avec la censure [petits rires condescendants du Dr Maboula et de Mme Piques] ;
5) nos demandes de censure sont fondées non pas sur une morale, mais sur la JUSTICE !
Comment, M. Jourde, vous ne savez pas faire la différence entre la morale et la JUSTICE ?
Comment, M. Jourde, vous êtes contre les congés payés ? Contre le droit à l’avortement ? Toutes choses qui relèvent de la plus pure JUSTICE ! (Certes, Dr Maboula, tout cela est absolument JUSTE, mais ça n’a pas de ra…)
Comment, M. Jourde, vous ne connaissez pas le titre de ma thèse ? Quelle injustice, M. Jourde !
Comment, M. Jourde, vous ignorez la différence entre l’opinion (ce que vous pensez) et la connaissance (ce que je pense, en tant que maître de conférences à l’université de Tours, université dans laquelle j’ai soutenu en 2008 ma thèse, fondamentale, intitulée La couleur de Dieu ? Regards croisés sur la Nation d'Islam et le Rastafarisme, 1930-1950).
Comment, M. Jourde, vous êtes assez ringard pour employer la formule « sciences molles » qui a été abandonnée depuis l’époque de Copernic ? (Certes, Dr Maboula, je dirai donc « sciences sociales » ! Bien, M. Jourde, je ne vous en tiendrai pas rigueur dans mon évaluation finale).

Conclusion
Il est clair que le débat était gravement biaisé : 3 hommes contre 2 femmes ! C'est à juste titre que le Dr Maboula a dénoncé la censure dont lui-même et sa comparse avaient été constamment victimes.  



Création : 25 novembre 2019
Mise à jour : 26 novembre 2019
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 71. Dr Maboula and Mister Jourde
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/11/dr-maboula-and-mister-jourde.html








vendredi 22 novembre 2019

70. Annexe 1 : Analyse grammaticale de formules latines connues

Quelques remarques grammaticales sur des formules latines courantes


Classement : linguistique ; grammaire ; langue latine




Cette page est en cours de rédaction.
Il s'agit d'une initiation à la grammaire latine par l'étude grammaticale détaillée de phrases ou d'éléments de phrase assez courts, souvent connus même des non-latinistes. Certains sont très simples, d'autres impliquent des notions grammaticales plus complexes.

Sommaire de la page
1) Latin classique
a) Mots historiques
b) Citations littéraires
c) Formules apparaissant sous forme de sigles
d) Locutions
2) Latin de la chrétienté
3) Usages postérieurs à l'Antiquité
4) Expressions ou mots latins passés en français
5) Latin de la communication d'entreprise

Analyse de formules latines
1) Latin classique
a) Mots historiques
Delenda Carthago ! (Caton l'Ancien, selon plusieurs auteurs anciens)
*Carthago : nominatif de Carthago, Carthaginis, féminin (nom latin de Carthage)
*delenda : adjectif verbal féminin de deleo, -es, -ere, delevi, deletum (détruire)
*Traduction 1 : Carthage (est) devant être détruite !
*Traduction 2 : Il faut détruire Carthage !

Alea jacta est (César, selon plusieurs auteurs anciens)
*alea : nominatif de alea, aleae, féminin (le dé)
*jacta : participe passé féminin de jacio, jacis, jacere, jeci, jactum (jeter)
*est : indicatif présent 3ème personne du singulier du verbe irrégulier sum, es, esse, fui (être)
*jacta est : parfait passif 3èmepersonne du singulier féminin de jacio
*Traduction 1 : le dé a été jeté
*Traduction 2 : le sort en est jeté

Tu quoque fili ou Tu quoque fili mi  (César, selon la tradition)
Adresse de César à Brutus au moment de l’assassinat de César en 44 avant J.-C. (traduction en latin d’une parole prononcée en grec : Καὶ σὺ τέκνον, Suétone, Vie de César, 82, 3)
*tu : vocatif du pronom personnel 2ème personne du singulier (tu)
*quoque : adverbe (aussi)
*fili : vocatif singulier de filius, filii, masculin (le fils)
*mi : vocatif singulier masculin de meus, -a, -um (mon)
Traduction 1 : toi aussi, fils !
Traduction 2 : toi aussi, mon fils !
Remarque : le mot « fils » a un sens assez général (« jeune homme ») ; le sens de la phrase n’est pas clair : déploration ou menace ? (lien)
Remarque 2 : les mots en -us, -i à radical vocalique ont un vocatif irrégulier (fili au lieu de filie, mi au lieu de mee)

Veni, vidi, vici (César, selon Plutarque, Vie de César, 50, 3)
*veni : parfait 1ère personne du singulier de venio, -is, -ire, veni, ventum (venir)
*vidi : parfait 1ère personne du singulier de video, -es, -ere, vidi, visum (voir)
*vici : parfait 1ère personne du singulier de vinco, -is, -ere, vici, victum (vaincre)
*Traduction 1 et 2 : je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu

Festina lente (Auguste, selon Suétone, Vie d’Auguste, 25, 5)
*festina : impératif présent 2ème personne du singulier de festino, -as, -are (se hâter)
*lente : adverbe (lentement)
*Traduction : Hâte-toi lentement !

Ave Caesar morituri te salutant (règne de Claude)
Formule adressée par des gladiateurs à Claude (Suétone, Vie de Claude, notamment) au commencement d’une séance de jeux
*ave : formule de salutation (salut, bonjour)
*Caesar : vocatif du nom Caesar, Caesaris (César, « Empereur »)
*morituri : nominatif pluriel du participe futur du verbe morior, moreris, mori, mortus sum (mourir)
*te : accusatif du pronom personnel de 2ème personne (te)
*salutant : indicatif présent 3ème personne du pluriel de saluto, -as, -are, -avi, -atum (saluer)
Traduction : salut, César, ceux qui vont mourir te saluent !
Remarque : ave vient d'un verbe (h)aveo qui n'est utilisé que sous un nombre restreint de formes (impératif présent, impératif futur : aveto) ; il existe aussi un verbe aveo, aves, avere (désirer fortement)

b) Citations littéraires
O tempora o mores (Cicéron, Contre Verrès, II, 4, 25)
*: interjection (ô)
*tempora : vocatif pluriel de tempus, temporis, neutre (le temps, l'époque)
*mores : vocatif pluriel de mos, moris, masculin (coutume, genre de vie, (au pluriel) mœurs)
Traduction 1 : Ô temps, ô mœurs !
Traduction 2 : Quels temps, quelles moeurs !
Remarque : comme corpus et opustempus est un neutre de la 3ème déclinaison (us n'est pas une marque de cas comme dans dominus, mais fait partie du radical)

Cedant arma togae (Ciceron, De Officiis, I, 22)
*cedant : subjonctif présent 3ème personne du pluriel de cedo, -is, -ere, cessi, cessum (s’en aller, céder)
*arma : nominatif de arma, armorum, neutre, mot toujours au pluriel (les armes)
*togae : datif singulier de toga, togae (la toge)
Traduction : que les armes cèdent à la toge !
Remarque : le subjonctif dans une proposition non subordonnée a le sens d'un impératif pour les 1ère et la 3ème personne ; en français : que+subjonctif, sans subordination (on met généralement « que » pour introduire ce subjonctif (« qu'il vienne »), mais ce n'est pas obligatoire : « plaise à Dieu », « cèdent les armes à la toge » (le verbe est alors placé en tête de proposition).

O fortunatos nimium agricolas (Virgile, Géorgiques, II, 458)
*O : adverbe : Ô
*fortunatos : accusatif pluriel masculin de fortunatus, -a, -um (fortuné, heureux)
*nimium : adverbe (trop)
*agricolas : accusatif pluriel de agricola, agricolae, masculin (paysan)
*Traduction 1 et 2 : O, trop heureux paysans…
*Phrase complète : O fortunatos nimium, sua si bona norint, agricolas
Traduction : O, trop heureux paysans, s'ils connaissaient leur bonheur
Remarque : le cas accusatif est ici utilisé sans verbe pour exprimer l’exclamation.

Auri sacra fames (Virgile, Enéide, 3, 57)
*auri : génitif singulier de aurum, auri, neutre (or)
*sacra : nominatif singulier féminin de sacer, sacra, sacrum (saint, sacré, consacré à une divinité, maudit)
*fames : nominatif singulier de fames, famis, féminin (la faim, le désir
Traduction 1 : la maudite faim de l’or
Traduction 2 : la maudite soif de l’or
Remarque : le mot sacer prend le sens de « maudit » lorsqu’il se réfère aux divinités infernales : sacer esto ! (formule juridique : « qu’il soit voué aux divinités infernales ! ». Cf. Gaffiot, p. 1378)
Remarque 2 : les mots aurum, auri (or) et auris, auris, féminin (oreille) ont une forme morphologique en commun : auri (génitif de aurum et datif de auris) [auris dérive d’un radical aus-]

Et nunc est bibendum (Horace, Odes, I, 37)
*et : conjonction (et)
*nunc : adverbe (maintenant)
*est : indicatif présent 3ème personne du singulier de sum, es, esse, fui (être)
*bibendum : adjectif verbal nominatif neutre de bibo, -is, -ere, bibi, bibitum (boire)
*Traduction 1 : Et maintenant, il est devant être bu
*Traduction 2 : Et maintenant, il faut boire

Carpe diem (Horace, Odes, I, 11)
*carpe : impératif présent 2ème personne du singulier de carpo, carpis, carpere, carpsi, carptum (arracher, détacher, cueillir, saisir)
*diem : accusatif singulier de dies, diei, masculin (jour, moment)                           
*Traduction 1 : Saisis le jour
*Traduction 2 : Saisis l'instant présent

Mens sana in corpore sano (Juvénal, Satire 10)
*mens : nominatif singulier de mens, mentis, féminin (l’esprit)
*sana : nominatif singulier féminin de sanus, -a, -um (sain)
*in : préposition régissant l’accusatif (mouvement) ou l’ablatif (sans mouvement) (dans)
*corpore : ablatif singulier de corpus, corporis, neutre (le corps)
*sano : ablatif singulier neutre de sanus, -a, -um (sain)
Traduction : un esprit sain dans un corps sain
Remarque : comme tempus et opus, corpus est un neutre de la 3ème déclinaison (-us n'est pas une marque de cas comme dans dominus, mais fait partie du radical)

c) Formules apparaissant dès l’Antiquité sous forme de sigles

Ab Urbe condita : AUC
Formule indiquant le départ de l'ère romaine
*ab : préposition régissant l’ablatif (à partir de)
*urbe : ablatif singulier de urbs, urbis (urbium), féminin (la ville)
*condita : ablatif singulier féminin du participe passé de condo, -is, -ere, condidi, conditum (ici : fonder)
Traduction 1 : à partir de la Ville ayant été fondée (la Ville = Rome)
Traduction 2 : à partir de la fondation de Rome
Remarque : on trouve ici un tour stylistique consistant à utiliser un participe passé adjectivé plutôt qu’un mot abstrait suivi d'un génitif (a conditione Urbis > ab Urbe condita)
Remarque 2 : le verbe condo a le sens général de « placer, établir », d’où « fonder (une ville) », mais aussi « mettre en sûreté », voire « cacher »

Iovi  optimo maximo : IOM (abréviation inscrite sur certains temples de Jupiter)
*Iovi : datif de Iuppiter, Iovis (Jupiter)
*optimo : superlatif de bonus, bona, bonum (bon)
*maximo : superlatif de magnus, magna, magnum (grand)
*Traduction 1 : à Jupiter le meilleur le plus grand
*Traduction 2 : à Jupiter très bon très grand
Remarque : le nom latin de Jupiter est décliné sur deux radicaux « Juppiter- » (ou « Jupiter- ») et « Jov-  » (formes archaïques : génitif « Juppitris » et nominatif « Jovis ». Cf. Gaffiot, p. 873)

Senatus populusque romanus : SPQR
*Senatus : nominatif de senatus, senatus, masculin (le sénat)
*populus : nominatif de populus, populi, masculin (le peuple)
*-que : conjonction suffixée (et)
*romanus : nominatif singulier masculin de romanus, -a, -um (romain)
*Traduction 1 et 2 : le sénat et le peuple romains
*Remarque : en latin, l'adjectif qualifiant deux noms reste au singulier

d) Locutions
Bis repetita placent
*bis : adverbe (deux fois)
*repetita : participe passé neutre pluriel de repeto, -is, -ere, repeti(v)i, repetitum (reprendre, évoquer)
*placent : indicatif présent de placeo, -es, -ere, placui, placitum (plaire)
Traduction : les choses deux fois reprises plaisent
Remarque : le sens de « dire de nouveau » est très marginal ; il s'agit plutôt de « chercher de nouveau », « agir de nouveau » (Gaffiot, p. 1344)

Corpus hermeticum
*corpus : nominatif de corpus, corporis, neutre (corps, ici : corpus, ensemble de textes)
*hermeticum : nominatif neutre de hermeticus, -a, -um (hermétique, relatif à Hermès)
Traduction : Corpus hermétique (recueil de textes hermétiques)
Remarque : ne pas s'imaginer qu'il y a une erreur et qu'il faudrait dire « Corpus hermeticus » (comme je l'ai entendu dire à un professeur d'université !) ; le -us de corpus ne relève pas de la morphologie, mais du radical du mot (de même pour tempus et opus)
Remarque 2 : il s'agit de « Hermès Trismégiste » (= trois fois très grand), divinité gréco-égyptienne dérivant du rapprochement entre Hermès et Thot

Dura lex, sed lex
*dura : nominatif singulier féminin de durus, -a, -um (dur, sévère)
*lex : nominatif singulier de lex, legis, féminin (la loi)
*sed : conjonction de coordination (mais)
Traduction 1 : la loi (est) dure, mais (est) la loi 
Traduction 2 : la loi est dure, mais c'est la loi

Forum romanum
*forum : nominatif singulier de forum, fori, neutre (la place principale d'une ville romaine, le forum)
*romanum : nominatif singulier neutre de romanus, -a, -um (romain)
Traduction : le forum de Rome

In vino veritas
*in  : préposition locative (dans)
*vino : ablatif singulier de vinum, vini, neutre (le vin)
*veritas : nominatif singulier de veritas, veritatis, féminin (la vérité)
Traduction : dans le vin, (est) la vérité [= le vin fait dire la vérité]
Remarque : in régit soit l'ablatif (pas de mouvement), soit l'accusatif (mouvement)

Memento mori 
*memento : impératif futur 2ème personne du singulier du verbe irrégulier memini, meministi, meminisse (s’être mis en mémoire, avoir à l’esprit, se souvenir)
Remarque : ce verbe ne se conjugue qu’au parfait, plus-que-parfait, etc. (lien)
*mori : infinitif du verbe déponent morior, moreris, mori, mortus sum (mourir)
Traduction 1 : souviens-toi de mourir/du fait de mourir
Traduction 2 : souviens-toi que tu es mortel

Omnia vincit amor
*omnia : accusatif pluriel neutre de omnis, -is, -e (tout)
*vincit : indicatif présent 3ème personne du singulier de vinco, -is, -ere, vici, victum (vaincre)
*amor : nominatif singulier de amor, amoris, masculin (l'amour)
Traduction 1 : l'amour vainc toutes choses
Traduction 2 : l'amour triomphe de tout

Quos vult perdere Juppiter dementat 
*quos : accusatif pluriel du pronom relatif qui, quae, quod (qui/que, ce qui/que, celui qui/que)
*vult : indicatif présent 3ème personne du singulier du verbe irrégulier volo, vis, velle, volui (vouloir)
*perdere : infinitif présent de perdo, -is, -ere, perdidi, perditum (perdre)
*Juppiter : nominatif de Juppiter, Jovis (Jupiter)
*dementat : indicatif présent 3ème personne du singulier de demento, -as, -are, -avi, -atum (faire perdre la raison, rendre fou) [racine mens, mentis, féminin, l'esprit)
Traduction : Jupiter rend fou ceux qu'il veut perdre
Remarque : le nom latin de Jupiter est décliné sur deux radicaux « Juppiter- » (ou « Jupiter- ») et « Jov-  » (formes archaïques : génitif « Juppitris » et nominatif « Jovis ». Cf. Gaffiot, p. 873)

Si vis pacem, para bellum
*si : conjonction de subordination (si)
*vis : indicatif présent 2ème personne du singulier du verbe irrégulier volo, vis, velle, volui (vouloir)
*pacem : accusatif singulier de pax, pacis, féminin (la paix)
*para : impératif présent 2ème personne du singulier de paro, -as, -are, -avi, -atum (préparer)
*bellum : accusatif singulier de bellum, belli, neutre (la guerre)
Traduction : si tu veux la paix, prépare la guerre
Remarque : formule dans laquelle la syntaxe du français est équivalente à celle du latin (si + indicatif présent, impératif)

2) Latin du christianisme occidental

Agnus Dei
*agnus : nominatif singulier de agnus, -i, masculin (l’agneau)
*dei : génitif singulier de deus, -i, masculin (le dieu, Dieu)
Traduction : l’agneau de Dieu

Ad majorem Dei gloriam
Devise des Jésuites
*ad : préposition régissant l’accusatif (vers)
*majorem : accusatif féminin singulier du comparatif de magnus, -a, um (grand)
*dei : génitif singulier de deus, -i, masculin (dieu)
*gloriam : accusatif de gloria, -ae, féminin (la gloire)
Traduction : pour une plus grande gloire de Dieu

Anno Domini : AD (abréviation utilisée en anglais pour signifier « de notre ère », « après J.-C. », par opposition à BC = « Before Christ »)
*anno : ablatif de annus, anni, masculin (année)
*domini : génitif de dominus, domini, masculin (maître, seigneur)
*Traduction 1 et 2 : en l’an du Seigneur (par exemple : AD 2019)
*Remarque : l’emploi du mot annus à l’ablatif sans préposition existait en latin mais n’avait pas le même sens. Cf. Gaffiot, p. 130 : anno = « il y a un an » (archaïque) ; « chaque année » (classique)

Ave Maria (salutation de l'ange Gabriel à Marie, lors de l'annonciation)
*ave : formule de salutation (salut, bonjour)
*Maria : vocatif de Maria, Mariae (Marie)
Traduction 1 : Bonjour, Marie
Traduction 2 (stéréotypée par la tradition liturgique) : Je vous salue, Marie
Remarque : ave vient d'un verbe (h)aveo qui n'est utilisé que dans un nombre limité de formes (impératif présent, impératif futur : aveto) ; il existe aussi un verbe aveo, aves, avere, désirer fortement)

Confiteor 
*confiteor : indicatif présent 1ère personne du singulier du verbe déponent confiteor, -eris, -eri, confessus sum (avouer)
Traduction : j’avoue, je confesse
Remarque : les verbes déponents n’existent qu’à à la forme passive.

Corpus Christi 
*corpus : nominatif singulier de corpus, corporis, neutre (le corps)
*Christi : génitif de Christus, Christi (le Christ)
Traduction : le corps du Christ
Remarque : comme tempus et opus, corpus est un neutre de la 3ème déclinaison (us n'est pas une marque de cas comme dans dominus, mais fait partie du radical)

Dei gratia
*dei : génitif singulier de deus, dei, masculin (le dieu, Dieu)
*gratia : ablatif singulier de gratia, -ae, féminin (ici : faveur, bonne volonté, grâce)
Traduction : par la grâce de Dieu

Deo gratias
*deo : datif singulier de deus, dei, masculin (le dieu, Dieu)
*gratias : accusatif pluriel de gratia, -ae, féminin (ici : reconnaissance, gratitude)
Remarque : la phrase latine complète serait Deo gratias refero/ago (« je remercie Dieu) [Gaffiot, p. 723, colonne 2, sens 2]
Traduction : (je rends) grâces à Dieu

Dies irae 
*dies : nominatif singulier de dies, diei, masculin (le jour)
*irae : génitif singulier de ira, irae, féminin, (la colère)
Traduction : le jour de la colère [de Dieu]

Dominus vobiscum 
*dominus : nominatif singulier de dominus, domini, masculin (le maître)
*vobis : ablatif de vos (vous)
*-cum : préposition régissant l'ablatif (avec), ici suffixée étant donné que le complément est un pronom personnel : mecum, tecum, secum, nobiscum...)
Traduction 1 : le maître avec vous
Traduction 2 : le Seigneur est avec vous ! / que le Seigneur soit avec vous !

Errare humanum est, perseverare diabolicum

Et cum spiritu tuo
*et : conjonction de coordination (et)
*cum : préposition régissant l'ablatif (avec),
*spiritu : ablatif singulier de spiritus, -us, masculin (l’esprit)
*tuo : ablatif singulier masculin du pronom possessif tuus, tua, tuum (ton, ta)
Traduction : et avec ton esprit
Remarque : c’est la réponse des fidèles à la formule Dominus vobiscum prononcée par l’officiant

Fiat lux 
*fiat : subjonctif présent 3ème personne du singulier du verbe irrégulier fio, fis, fieri, (être fait)
*lux : nominatif singulier de lux, lucis, féminin (la lumière)
Traduction 1 : Que la lumière soit faite !
Traduction 2 (stéréotypée par la tradition) : Que la lumière soit !
Remarque : le verbe fio joue le rôle du passif de facio qui n’a pas de forme passive propre (facior) ; les temps parfait, plus-que-parfait, etc., de fio sont d'ailleurs construits comme des formes passives grâce au supin de facio (factus est, factus erat) ; on note aussi que l’infinitif de fio est de forme passive (fieri)

Iesus nazarenus rex Iudaeorum : INRI (inscription apposée sur la croix selon la tradition, et représentée par de nombreux tableaux de la crucifixion)
*Iesus : nominatif du nom irrégulier Iesus, Iesu (Jésus)
*nazarenus : nominatif singulier masculin de Nazarenus, -a, -um (de Nazareth)
*rex : nominatif singulier de rex, regis, masculin (le roi)
*Iudaeorum : génitif de Iudaei, Iudaeorum, masculin pluriel (judéen, juif)
Traduction : Jésus de Nazareth, roi des Juifs

In memoriam
*in : préposition régissant l’accusatif (mouvement) ou l’ablatif (sans mouvement) (dans, en)
*memoriam : accusatif singulier de memoria, -ae, féminin (le souvenir)
Traduction : en souvenir [de telle personne]

In nomine patris et filii et spiritus sancti 
*in : préposition régissant l’accusatif ou l’ablatif (dans, en)
*nomine : ablatif singulier de nomen, nominis, neutre (le nom)
*patris : génitif singulier de pater, patris, masculin (le père)
*et : conjonction de coordination (et)
*filii : génitif singulier de filius, -i (le fils)
*spiritus : génitif singulier de spiritus, -us (l’esprit)
*sancti : génitif singulier masculin de sanctus, -a, -um (saint)
Traduction : au nom du père, et du fils, et du saint esprit

In saecula saeculorum 
*in : préposition régissant l’accusatif ou l’ablatif (dans)
*saecula : accusatif pluriel de saeculum, -i, neutre (siècle)
*saeculorum : génitif pluriel du même
Remarque : in suivi de l’accusatif connote un mouvement ; la traduction du concept « dans (mouvement) » dans un contexte temporel est plus correctement rendu par la préposition traditionnellement utilisée « pour »
Traduction 1 : pour les siècles des siècles
Traduction 2 : pour l’éternité

Ite missa est
Problématique : cette formule est à l’origine du mot « messe », d’où la traduction « Allez, la messe est dite » ; le mot missa pris comme nom est assez tardif : dans le Code Théodosien (Vème siècle), il signifie « action de laisser aller » ; il signifie « messe » dans des textes d’Ambroise de Milan (IVème siècle) et d’Isidore de Séville (VIème siècle) (Gaffiot, page 983).
*ite : impératif pluriel du verbe irrégulier eo, is, ire, ivi, itum (aller)
Interprétaton 1
*missa : participe passé de mitto, -is, -ere, misi, missum (envoyer, renvoyer, émettre)
*est : indicatif présent 3ème personne du singulier du verbe irrégulier sum, es, esse, fui (être)
Traduction : allez, elle a été envoyée (sous-entendu : votre prière, votre adoration…)
Interprétation 2
*missa : nominatif singulier de missa, missae, féminin (l’action de laisser aller)
Traduction : Allez, il est (temps) de (vous) laisser aller

Mea culpa mea culpa mea maxima culpa
Cette formule fait partie de la prière de confession, notamment de la phrase peccavi cogitatione, verbo, opere et omissione : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Si on s’en tient à la structure du texte, mea culpa pourrait être à l’ablatif aussi bien qu'au nominatif.
Interprétation 1 : nominatif
*mea : nominatif singulier féminin du possessif meus, mea, meum (mon, ma)
*maxima : nominatif singulier du superlatif de magnus, -a, -um (grand)
*culpa : nominatif singulier de culpa, -ae, féminin (faute)
Traduction 1 : ma faute, ma faute, ma très grande faute
Traduction 2 : c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute
Interprétation 2 : ablatif
*mea : ablatif singulier féminin du possessif meus, mea, meum (mon, ma)
*maxima : ablatif singulier du superlatif de magnus, -a, -um (grand)
*culpa : ablatif singulier de culpa, -ae, féminin (faute)
Traduction : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute
Remarque : la formule apparaît sous forme abrégée dans l’expression « faire son mea culpa »)

Miserere 
*miserere : impératif présent 2ème personne du singulier du verbe déponent misereor, -eris, -eri, misertus sum (avoir pitié) 
 Traduction : Aie pitié 
 Remarque : c’est la version latine du grec eleison (Kyrie, eleison : Seigneur, aie pitié) 
 Remarque 2 : la forme active misereo (même sens) existe, mais est plutôt archaïque.

Noli me tangere
*noli : impératif 2ème personne du singulier du verbe irrégulier nolo, non vis, nolle, nolui (ne pas vouloir)
*me : accusatif du pronom personnel de la 1ère personne ego (je)
*tangere : infinitif du verbe tango, -is, -ere, tetigi, tactum (toucher)
Traduction 1 : ne veuille pas me toucher ! > veuille ne pas me toucher !
Traduction 2 : ne me touche pas !
Remarque : noli et nolite permettent de former les périphrases pour la négation de l’impératif de la 2ème personne : tange me (touche-moi), noli me tangere (ne me touche pas), nolite me tangere (ne me touchez pas)

Quo vadis, Domine(phrase attribuée à Pierre lors d'une rencontre à Rome avec Jésus)
*quo : adverbe interrogatif du lieu où l’on va (où ?)
*vadis : indicatif présent 2ème personne du singulier de vado, -is, -ere (aller)
*domine : vocatif singulier de dominus, -i (le maître)
Traduction 1 : où vas-tu, Maître ?
Traduction 2 (stéréotypée par l’usage à partir du Moyen Âge) : où vas-tu, Seigneur ? Remarque : la traduction de dominus par le terme « seigneur » (issu du mot latin senior, plus vieux) vient de la société médiévale, où plusieurs catégories de « seigneurs » jouaient un rôle important.

Requiescat in pace 
RIP : inscription portées sur certaines pierres tombales) 
*requiescat : subjonctif présent 3ème personne du singulier de requiesco, -is, -ere, requievi, requietum (prendre du repos) 
*in : préposition régissant l’accusatif (mouvement) ou l’ablatif (sans mouvement) (dans) 
*pace : ablatif singulier de pax, pacis, féminin (la paix) 
Traduction : Qu’il repose en paix
Remarque : le suffixe -sc- (fréquentatif) disparaît au parfait et au supin
Remarque 2 : on peut aussi avoir requiescant (3ème personne du pluriel)

Sacra congregatio de propaganda fide
Organisme de l’Église catholique créé en 1622 pour diriger les missions d’évangélisation (actuellement : Congrégation pour l’évangélisation des peuples)
*sacra : nominatif féminin singulier de sacer, sacra, sacrum (sacré)
*congregatio : nominatif singulier de congregatio, -onis, féminin (réunion, société)
*de : préposition régissant l’ablatif (au sujet de)
*propaganda : ablatif féminin singulier du l'adjectif verbal de propago, -as, -are, -avi, -atum (étendre, prolonger, propager)
*fide : ablatif de fides, fidei, féminin (la foi)
Traduction 1 (littérale) : société sacrée au sujet de la foi devant être propagée
Traduction 2 : Sacrée congrégation pour la propagation de la foi
Remarque : cette formulation reprend un tour stylistique du latin classique : utilisation d’un gérondif adjectivé plutôt que d’un mot abstrait
Remarque 2 : elle est à l'origine du mot « propagande »

Sic transit gloria mundi
Formule utilisée à partir du XIIIème siècle à l’avènement d’un pape (en même temps qu’on brûlait une mèche d’étoupe)
*sic : adverbe (ainsi, de cette façon)
*transit : présent de l’indicatif 3ème personne du singulier du verbe transeo, transis, transire, transii, transitum (aller au-delà, passer)
*gloria : nominatif singulier de gloria, -ae, féminin (la gloire)
*mundi : génitif singulier du mundus, -i, masculin (le monde, l’univers)
Traduction : ainsi passe la gloire du monde (d'ici-bas)

Te absolvo
*te : accusatif du pronom personnel de 2ème personne du singulier (te)
*absolvo : indicatif présent 1ère personne du singulier de absolvo, -is, -ere, absolvi, absolutum (délier, acquitter, absoudre)
Traduction : je t’absous

Urbi et orbi
*urbi : datif de urbs, urbis (urbium) (la ville)
*orbi : datif de orbis, orbis (le monde)
Traduction : à la Ville (Rome) et au monde
Remarque : orbis signifie fondamentalement « le cercle », d’où « le disque (de la Terre) », « le monde »

Vade retro Satana/Vade retro me Satana
Phrase 1
Formule employée dans la lutte contre la sorcellerie à partir du XVIIème siècle
*vade : impératif 2ème personne du singulier de vado, -is, -ere (aller)
*retro : adverbe (en arrière)
*satana : vocatif du mot d’origine hébraïque satanas, satanae, masculin (l’adversaire, Satan)
Traduction : va en arrière, Satan !
Traduction 2 : arrière, Satan !
Phrase 2
Elle se trouve dans la Vulgate (Marc, 8, 33)
*retro : préposition régissant l’accusatif (derrière)
*me : accusatif du pronom personnel de la 1ère personne du singulier (moi)
Traduction : va derrière moi, Satan !
Traduction 2 (?) : hors de ma vue, Satan !

Veni creator (spiritus) 
*veni : impératif présent 2ème personne du singulier de venio, -is, -ire, veni, ventum (venir) 
*creator : vocatif singulier de creator, creatoris (le créateur) 
*spiritus : vocatif singulier de spiritus, -us (l’esprit) 
Traduction : Viens, esprit créateur 
Remarque : la formule Veni creator désigne l’hymne (du IXème siècle) dont le premier vers est Veni, creator spiritus (« Pour chanter Veni creator, il faut une chasuble d’or »)

3) Usages postérieurs à l'Antiquité

Ad augusta per angusta
*ad : préposition régissant l’accusatif (vers)
*augusta : accusatif pluriel neutre de augustus, -a, um (auguste, saint, majestueux)
*per : préposition régissant l’accusatif (par, à travers)
*angusta : accusatif pluriel neutre de angustus, -a, um (étroit, resserré, peu abondant)
Traduction 1 : vers ce qui est auguste par ce qui est étroit
Traduction 2 : vers les hauteurs par les chemins difficiles
Remarque : la traduction littérale ne paraît pas pourvu d’un sens immanent (il faut ajouter du sens) ; il est évident que le jeu de mot mettant en parallèle augusta et angusta est ici prévalent, mais il n’y a pas de parallélisme pour ce qui est du sens.
Remarque 2 : « Augustus/Auguste » est un des titres attribués par le Sénat romain au fils adoptif de César, Caius Octavius Thurinus (« Octave »), vainqueur de Marc Antoine à Actium en 31 avant J.-C., repris par ses successeurs à la tête de l'empire romain.

Bona fide
Formule utilisée dans les textes juridiques en anglais
*bona : ablatif singulier féminin de bonus, -a, -um (bon)
*fide : ablatif singulier de fides, -ei, féminin (confiance, loyauté, parole donnée)
Traduction : de bonne foi

Castigat ridendo mores
Formule attribuée à un poète néolatin français, Jean de Santeul (1630-1697) au sujet de la comédie
*castigat : présent de l’indicatif 3ème personne du singulier de castigo, -as, -are, -avi, -atum (réprimander, corriger, réprimer)
*ridendo : ablatif du gérondif de rideo, -es, -ere, risi, risum (rire)
*mores : accusatif pluriel de mos, moris, masculin (la coutume, le genre de vie, (au pluriel) les mœurs)
Traduction 1 : elle corrige en riant les mœurs
Traduction 2 : elle corrige les mœurs par le rire
Remarque : le gérondif correspond à la déclinaison de l'infinitif

Cogito ergo sum 
*cogito : indicatif présent 1ère personne du singulier de cogito, -as, are, -avi, -atum (penser)
*ergo : conjonction de coordination (donc)
*sum : indicatif présent 1ère personne du singulier du verbe irrégulier sum, es, esse, fui (être)
Traduction : je pense, donc je suis.

Citius, altius, fortius 
Devise olympique
*citius : comparatif neutre de citus, -a, -um (rapide)
*altius : comparatif neutre de altus, -a, -um (haut)
*fortius : comparatif neutre de fortis, -is, -e (robuste, énergique, fort, courageux)
Traduction : Plus vite, plus haut, plus fort
Remarque : la traduction de fortius par « plus fort » est un peu réductrice par rapport aux sens du mot latin

Imprimatur 
Mot utilisé à l'époque à l'époque moderne pour indiquer qu'un livre était autorisé.
*imprimatur : subjonctif présent 3ème personne du singulier du verbe imprimo, -is, -ere, impressi, impressum (presser sur, marquer, imprimer (un sceau...))
Traduction 1 : qu’il soit imprimé ! (il = ce texte) 
Traduction 2 : autorisé à l’impression
Remarque : le sens d’« imprimer un texte » est évidemment moderne

Magna cum laude

Formule utilisée dans les pays anglo-saxons pour spécifier le bon niveau d'une thèse)
*magna : ablatif singulier féminin de magnus, -a, -um (gran)
*cum : préposition régissant l’ablatif (avec)
*laude : ablatif singulier de laus, laudis, féminin (la louange, l’éloge)
Traduction : avec grand éloge
Remarque : la préposition est ici placée entre les deux mots qu'elle régit, tour stylistique assez fréquent en latin littéraire

Missi dominici
Désignation des représentants de l'empereur à l'époque carolingienne chargés de contrôler les comtes, alors encore considérés comme des agents de l’État
*missi : nominatif masculin pluriel du participe passé de mitto, -is, -ere, misi, missum (envoyé)
*dominici : nominatif masculin pluriel de dominicus, -a, -um, adjectif dérivé de dominus, -i (relatif au maître)
Traduction : les envoyés du maître (de l’empereur)
Remarque : dominicus est à l'origine de « Dominique », de « dominical » et de « dimanche », le « maître » étant ici Dieu (alias « le Seigneur »)

Nolens volens
*nolens : participe présent singulier du verbe irrégulier nolo, non vis, nolle, nolui (ne pas vouloir)
*volens : participe présent singulier du verbe irrégulier volo, vis, velle, volui (vouloir)
Traduction 1 : ne voulant pas, voulant
Traduction 2 : avec ou sans (mon/ton/son) accord


Quod erat demonstrandum : QED



4) Expressions ou mots latins passés en français

A fortiori


A posteriori


A priori 

Ad hoc 
*ad : préposition régissant l’accusatif (vers)
*hoc : accusatif neutre du pronom démonstratif hic, haec, hoc (ceci)
Traduction 1 : pour ceci
Traduction 2 : en vue de cet objectif, en vue d'un objectif donné

Ad hominem (argument ad hominem)
*ad : préposition régissant l’accusatif (vers)
*hominem : accusatif singulier de homo, hominis, masculin (l’homme, l’être humain)
Traduction 1 : vers l’homme
Sens : (argumentation) dirigée contre la personne de l’interlocuteur et non contre ses idées

Agenda (latin : agenda)
*agenda : adjectif verbal neutre pluriel de ago, -is, -ere, egi, actum (faire)
Traduction 1 : les choses devant être faites
Traduction 2 : ce qu’il faut faire
Sens actuel : (par métonymie) le carnet où l'on inscrit les choses à faire

Curiosa (latin : curiosa)
*curiosa : neutre pluriel de curiosus, -a, -um (curieux, avide de savoir)
Sens 1 : les choses curieuses, dignes d’intérêt
Sens 2 : les curiosités
Remarque : ce sens passif (curiosité/bizarrerie des choses par rapport au savoir des hommes) du mot curiosa ne semble pas exister en latin (du moins selon le Gaffiot, qui ne donne que des acceptions relatives à l’intérêt des hommes pour les choses)

Delete (latin : delete)
*delete : impératif présent 2ème personne du pluriel de deleo, -es, -ere, -evi, -etum (déruire)
Traduction 1 : détruisez !
Traduction 2 : supprimez !
Remarque : nom parfois utilisé pour la touche de clavier de suppression (« SUPP » ou « DEL » ; il s’agit d’un usage anglais à l’origine (mais en anglais standard, on dirait destroy (détruire) ou suppress (supprimer)


Fac-similé (latin : fac simile
*fac : impératif présent 2ème personne du singulier de facio, -is, -ere, feci, factum (faire)
*simile : neutre (adverbial) de similis, -is, -e (semblable)
Traduction : fais semblablement !

Mémento (latin memento)

*memento : impératif futur 2ème personne du singulier du verbe irrégulier memini, meministi, meminisse (s’être mis en mémoire, avoir à l’esprit, se souvenir)
Traduction : souviens-toi !
Remarque : ce verbe ne se conjugue qu’au parfait, plus-que-parfait, etc. (lien)

Ne varietur (latin : ne varietur)
Formule employée en français comme un adjectif : édition ne varietur, visa ne varietur
*ne : adverbe négatif
*varietur : subjonctif présent 3ème personne du singulier de vario, -as, -are, -avi, -atum (varier : mettre de la variété, nuancer ou : être varié, être changeant)
Traduction : que cela ne varie pas
Sens : qui ne doit pas varier, qui ne doit pas être changé

Passim (latin : passim)
Terme utilisé dans les notes de référence (« tel ouvrage, telle page et passim »)
*passim : adverbe (un peu partout)
Traduction : un peu partout
Remarque : dérivé du verbe pando, -is, -ere, pandi, passum (étendre, étaler)



Pedibus (latin : pedibus)
*pedibus : ablatif pluriel de pes, pedis, masculin (le pied)
Traduction 1 : grâce aux pieds, grâce à (mes/tes/ses/nos/vos/leurs) pieds
Traduction 2 : à pied

Référendum (latin : referendum)


Sine die (notamment dans la formule « ajourner sine die »)
*sine : préposition régissant l’ablatif (sans)
*die : ablatif singulier de dies, diei, masculin (le jour, la date)
Traduction 1 : sans date
Traduction 2 : indéfiniment 

Verbatim



Veto ou véto (latin : veto)
*veto : indicatif présent 1ère personne du singulier du verbe veto, -as, -are, vetui, vetitum (refuser, interdire, s'opposer)
Traduction 1 : je refuse, je m'oppose
Remarque : veto est une forme verbale utilisée par les tribuns de la plèbe (créés à Rome en 493 avant J.-C.) s’ils s’opposent à une loi qu’ils jugent défavorable à la plèbe ; en français, elle devient en français un nom (« droit de veto », « mettre son veto ») ; de même dans d’autres langues européennes



DIVERS

AEIOU (formule utilisée par les Habsbourg pour connoter la supériorité de l'Empire d'Autriche, mais dont le contenu exact (allemand ou latin) n'est pas fixé avec certitude ; en latin, cela peut être l’abréviation de : Austria est imperium orbis universae)



Sator Arepo tenet opera rotas (cette suite de mots de 5 lettres, disposée dans une grille de mots croisés de 5x5, a la particularité de pouvoir être lue horizontalement ou verticalement)


5) Latin de la communication d'entreprise
Ars gratia artis (devise de la MGM)
*ars : nominatif singulier de ars, artis, féminin (talent, métier, art, science)
*gratia : nominatif singulier de gratia, -ae, féminin (faveur, reconnaissance, agrément)
*artis : génitif singulier de ars, artis, féminin (talent, métier, art, science)
Traduction 1 : l’art agrément de l’art
Traduction 2 : l’art pour l’art 
Remarque : il s’agirait d’une traduction en latin de la formule française « l’art pour l’art »


Bibendum (nom du bonhomme Michelin) : voir la citation Et nunc est bibendum.

Duralex (nom d'une entreprise française de verrerie) : voir la locution Dura lex, sed lex.

Festina (nom d'une entreprise suisse d'horlogerie) : voir la citation Festina lente.

Omnibus (nom d'entreprises de transports du XIX° siècle, et nom commun d'une voiture de transport en commun à cette époque, d'où viennent les termes actuels : « autobus », « bus »)
*omnibus : datif pluriel de omnis, omnis, omne (tout)
*Traduction : Pour tous
*Remarque : l’utilisation de « omnibus » en relation à un véhicule de transports en commun semble être apparue vers 1825 à Nantes, et s’être ensuite étendue à Paris, puis à d’autres villes. Bien que la traduction « pour tous » soit appropriée, il se serait ajouté un fait de hasard, la présence près du départ de la ligne nantaise d’un magasin Omnès utilisant une publicité « Omnès omnibus » (= Omnès, pour tous).

Parabellum (type d'arme de poing) : voir la locution Si vis pacem, para bellum.

Vivendi (nom d'une entreprise française)
*vivendi : génitif du gérondif masculin ou neutre du verbe vivo, vivis, vivere, vixi, victum (vivre)
Traduction : de vivre
Remarque : isolé, ce mot n'a guère plus de sens en latin que son équivalent en français ; ce nom a été adopté en 1998 par la Compagnie générale des eaux (CGE), il y a peut-être à l'origine l'évocation d'un rapport entre « l'eau » et « la vie » ; en revanche, vivendum pourrait avoir un sens (il faut vivre), mais la sonorité finale n'est sans doute pas assez allègre (ou rappellerait trop bibendum !)
Remarque 2 : le verbe vivo a le même supin (victum) que vinco (vaincre) ; en revanche le parfait est différent : vixi vici.

 

Création : 22 novembre 2019
Mise à jour : 5 mars 2020 (ne varietur, bona fide)
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 70. Annexe 1 : Analyse grammaticale de formules latines connues
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/11/analyse-grammaticale-de-formules.html