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dimanche 8 décembre 2019

73. A bas les capitalistes !

Quelques remarques sur un tic de la sociologie médiatique d’obédience bourdieusienne


Classement :




Références
*France Culture, date ?, La Grande Table, entretien avec Bernard Lahire au sujet de son livre sur les inégalités dans l’enfance
*France Culture, samedi 26 octobre 2019, Journal de 8 h, interview d’une sociologue à propos des femmes Gilets jaunes

Texte
Dans la première émission, Lahire évoquait le cas d’une enfant de milieu « privilégié » qui avait « un grand capital narratif » (traduction : elle parle bien, elle a du vocabulaire)
Dans la seconde, c’est une chercheuse de l’IEP de Bordeaux qui parlait de certains Gilets jaunes comme de « gens qui n’ont pas un grand capital militant ».

Analyse
J’avais trouvé la formulation de Lahire assez inepte (sans remettre en question le fait que les enfants de milieux « privilégiés » soient plus à l’aise dans nombre de domaines de l’expression ; un bémol cependant: ils manient moins bien les insultes, on pourrait donc dire qu’ils ont un moins grand « capital injurieux »).
Mais parler de « capital militant », cela relève de l’intoxication massive au bourdieusisme primaire (c’est littéralement ne rien dire, mais avec une formule qui frappe).
Faudra-t-il lutter contre l’inégale répartition du « capital militant » ? Faut-il dénoncer les syndicalistes, qui accaparent indûment le « capital militant » ? Ce que font d'ailleurs volontiers les Gilets jaunes...

Commentaire
Il me semble que les concepts bourdieusiens de « capital culturel » ou de « capital scolaire » sont des métaphores, du reste pas complètement appropriées pour comprendre de quoi il retourne. Ces métaphores ne visent pas à comprendre, à approfondir l'analyse, mais à dénoncer et, au-delà, à prendre le contrôle du pouvoir dans une partie du « champ idéologique ».

Conclusion
Mais quand des gens appliquent (de façon très mécanique, on dirait que c’est la seule expression qui puisse leur venir à l'esprit) un concept inadéquat à n’importe quel sujet, cela devient tout simplement un concept ridicule (et ses utilisat-eur-rice-s des précieu-x-ses ridicules !).



Création : 8 décembre 2019
Mise à jour :
Révision : 31 août 2020
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 73. À bas les capitalistes !
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/12/a-bas-les-capitalistes.html








jeudi 18 janvier 2018

33. Bourdieu, de Pierre à Emmanuel

A propos d’une contradiction pratique résultant du système bourdieusien


Classement : critique des systèmes éducatifs





Pierre Bourdieu (1930-2002), ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie, professeur au Collège de France, a eu trois fils :
*Jérôme, docteur en sciences économiques, directeur d'études de l'EHESS, directeur de recherche à l'INRA (lien)
*Emmanuel, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie, docteur en philosophie, réalisateur de cinéma
*Laurent, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, docteur en physique-chimie, professeur à l’Ecole des neurosciences de Paris (2017) (lien
On est à la limite du caricatural...

La reproduction
En effet, un des apports les plus connus de Pierre Bourdieu a été au milieu des années 1960 la « théorie de la reproduction » : le fait que le destin scolaire ait une relation avec le niveau social, économique et intellectuel de la famille dont on est issu, de sorte que les groupes sociaux se perpétuent de génération en génération, malgré les efforts du système scolaire.
La théorie de Pierre Bourdieu est « prouvée » grâce à des statistiques, mais on peut aussi prendre des exemples concrets, et il faut reconnaitre que le destin des enfants de Pierre Bourdieu constitue un bon exemple de la théorie de leur père. Dans le cas d’Emmanuel, c’est presque caricatural. Les deux autres ont moins bien « reproduit » la réussite paternelle, mais globalement, ils n’ont pas démérité.

La dénonciation du système scolaire
Il se trouve que la théorie de Pierre Bourdieu n’est pas seulement « descriptive » ; elle comporte un aspect polémique, la dénonciation de l’impuissance du système scolaire à remettre en cause ce phénomène de reproduction. Cet « aspect dénonciateur » peut être symbolisé par une phrase comme « L’école ne fait pas ce qu’elle dit, et ne dit pas ce qu’elle fait », c'est-à-dire : l’école prétend donner à tous les mêmes chances, mais en fait elle participe au phénomène de la reproduction. Plus elle s’affirme égalitaire, plus elle ne fait que cautionner le système de la reproduction (on pourrait du reste se demander ce qu’il conviendrait de dire si elle s’affirmait expressément inégalitaire, selon des critères de richesse, par exemple).

Un problème éthique insoluble
A ce stade, apparait un problème sérieux. Si effectivement le système scolaire est biaisé, si le système scolaire « triche » (par exemple, selon Bourdieu, parce qu’il exigerait beaucoup de choses qui ne sont pas énoncées clairement, beaucoup de « savoir dire et de savoir-faire » qui ne peuvent être acquis que dans la famille ; la connaissance du latin, par exemple, si on se réfère au début des années 1960), est-il justifiable que Pierre Bourdieu ait accepté, en toute connaissance de cause, que ses trois fils bénéficient d’une telle « tricherie » familiale et institutionnelle ?
Dans un autre ouvrage, Pierre Bourdieu a dénoncé ceux qu’il appelle les « héritiers ». Lui-même, fils d’un employé de la Poste, n’est certes pas un héritier, mais ses enfants le sont incontestablement (de même que, fils d’instituteur, je le suis). D’un point de vue éthique, est-il justifiable que Pierre Bourdieu ait eu le cynisme de laisser ses enfants profiter de façon aussi évidente de leur situation d’« héritiers » ?
Mais qu’aurait-il pu faire ? Sur un plan éthique, il serait tout aussi injustifiable de sanctionner des enfants en les empêchant de faire les études auxquelles  ils peuvent prétendre, non pas à cause de délits commis par leur père, mais au contraire à cause de ses premières réalisations intellectuelles !
On ne pourrait évidemment pas interdire à un fils de normalien de faire Normale Sup, Polytechnique, etc. (chez certains journalistes, cette idée est sous-jacente ; mais ils n’ont pas le courage de l’énoncer, parce qu’ils seraient considérés comme malades ; ils se contentent donc d’invectiver abstraitement « les dynasties normaliennes »). La seule chose qu’on pourrait faire (légalement), ce serait réserver l’accès de ces grandes écoles aux seuls boursiers… Tout à fait dans l’air du temps. De toute façon, Normale Sup, c’est tricard… Il faut faire Harvard, Cambridge à la rigueur …

Les conséquences du bourdieusisme
Qu’est-ce que cela montre ? C’est que l’aspect dénonciateur du bourdieusisme n’est pas soutenable, puisqu’au-delà de l’invective, de la dénonciation, on ne peut en tirer aucune conséquence pratique acceptable.
Or dans le monde médiatique actuel (et dans une bonne partie de la sociologie de l’éducation mainstream, Duru-Bellat, par exemple), qui peut être défini, en ce qui concerne les problèmes de l’enseignement, comme « post-bourdieusien », c’est surtout sous cette forme (dénonciation larvée ou ouverte) que la théorie de Bourdieu est utilisée, par exemple quand une Radier, de L’Obs, dénonce les classe de S parce qu’elles seraient squattées par « des enfants de cadres et de profs », comme si (chose surprenante dans un magazine aussi haut de gamme que L’Obs) il était délictueux d’avoir des parents qui ont connu la réussite scolaire.
Cette « dénonciation » a en fait des effets délétères : comme tout énoncé dont on ne peut tirer aucune conséquences personnelles (contrairement, par exemple, à la dénonciation de la malbouffe ou du gaspillage d’énergie), cela a un effet démoralisant (ceux qui réussissent devraient se sentir coupables de leur réussite).

Que pourrait faire le système scolaire ?
La hargne post-bourdieusienne se reporte généralement sur l’école (particulièrement sur l’école publique, particulièrement sur le corps des professeurs), définie de façon récurrente (par exemple dans Alternatives économiques) comme « élitiste et inégalitaire ».
Mais, à moins de prendre des mesures sociales de « discrimination positive » (par exemple : interdire aux « fils de profs et de cadres » d’aller en Section S), il n’est pas si évident que les journalistes le pensent d’arriver à une école non inégalitaire.
Cela fera l’objet d’autres pages.

Remarque sur l’utilisation du concept d’« héritage » dans le domaine culturel
Bourdieu n’est sans doute pas responsable des âneries proférées par Radier dans L’Obs. Radier a ses responsabilités qui sont énormes.
Mais Bourdieu a ses propres responsabilités dans la dérive de ses théories : par exemple l’emploi inapproprié du mot « héritier » dans ce domaine (aussi celui de « capital culturel », notion devenue un lieu commun considéré comme « vrai » en soi et par soi). Car lorsqu’un enfant hérite de la fortune (grande ou petite) de ses parents, il n’a aucun effort à fournir, si ce n’est signer quelques papiers fournis par le notaire. Cela n’a rien à voir avec la « transmission » d’une culture, qui nécessite toujours un travail de ceux qui transmettent comme de ceux qui acquièrent, que l’on soit dans une famille riche ou de haut niveau intellectuel ou non. C’est ce qui permet de comprendre que la culture d’un enfant puisse être plus grande que celle de ses parents (puisque son « travail » devient rapidement autonome, notamment quand il sait lire). Même la transmission familiale du langage ne relève pas de « l’héritage », mais d’un « travail », celui des parents dans un premier temps.
Il est évident que ce travail d’acquisition ou de transmission est plus facilement mis en œuvre dans certaines familles que dans d’autres.



Création : 18 janvier 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 33. Bourdieu, de Pierre à Emmanuel
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2018/01/bourdieu-de-pierre-emmanuel_30.html







jeudi 2 novembre 2017

22. L'idéologie du don



Classement : confusionnisme post-bourdieusiste


Il est de bon ton chez les sociologues main stream de l'éducation (qui sont des post-bourdieusistes) de parler avec mépris ou dérision ou condescendance de ce qu’ils appellent « l’idéologie du don », le fait que dans nombre de familles la réussite scolaire de tel ou tel enfant était attribuée à un « don » personnel nécessaire à cette réussite.
Pour eux, c’est une idéologie car la vérité scientifique est qu’on réussit à l’école en fonction de ses origines sociales.

Il me semble que cette idée d'« idéologie du don » n’est pas adéquate. Il est évident qu’au niveau macro-social, on ne peut pas expliquer la réussite scolaire par des « dons », mais cette notion n’était pas utilisée au niveau macro-social, elle l’était à un niveau beaucoup moins élevé, au cours de conversations familiales ou amicales sans prétention intellectuelle : celui des familles (notamment populaires) où, parfois, il fallait bien constater que parmi les membres d’une phratrie, un ou plusieurs réussissaient à l’école (primaire, en premier lieu), tandis que d’autres étaient nettement en retrait. 

Je pourrais citer en exemple d’une famille bien connue de moi, où les parents étaient cheminots au niveau le plus bas (manœuvre et garde-barrière) : sur leurs trois enfants, une fille (seconde de la phratrie) a réussi, par le biais de la bourse de 6ème, de l’Ecole primaire supérieure de Savenay, puis de la bourse d’Ecole normale, à passer le baccalauréat et à devenir institutrice, alors que son frère (l’aîné) et sa sœur se sont contentés du CEP et de carrières d’ouvrier et d'ouvrière.

Ce fait, qui n’est pas isolé (on peut aussi citer, dans la littérature, le cas de Julien Sorel, l’intellectuel, le mouton noir de sa famille d’entrepreneurs du bois), est difficile à expliquer d’un point de vue macro-social, les conditions socio-économiques familiales n’ayant pas changé dans les quinze années (de l'entre-deux-guerres) où s'est déroulé le cursus scolaire de base de ces trois enfants.

Bien entendu, on peut supposer qu’il existe des explications relevant de l’histoire familiale, de l’histoire personnelle (rencontre d'un maître...), etc. Mais il est difficile de les établir rétrospectivement ; c’est pourquoi les familles et leurs proches tombaient d’accord pour dire « Elle est douée pour l’école, et les autres non ! ».

La notion de « don » n’est donc pas, à mon avis, une « idéologie », mais l’explication trop simple d’un fait bien réel, particulièrement visible à une époque où tout le monde ne faisait pas d’études secondaires, et qui n’a sans doute pas complètement disparu.

Du reste, la dénonciation rituelle de « l’idéologie du don » n’a aucun effet réel (notamment parce que les membres des familles populaires ne lisent pas, en général, d’articles de sociologie de l’éducation) : mais elle permet aux sociologues qui l’utilisent au détour d’un texte plus ou moins polémique de faire l’impasse sur les conditions réelles de la réussite scolaire, pour promouvoir une théorie qui n'est pas totalement adéquate. 
Le « don » n’est pas une notion suffisante pour faire avancer les choses, mais celle d’« idéologie du don » est encore plus inutile, elle ne fait que masquer l'ignorance et l’impuissance de ceux qui s’y réfèrent, elle ne fait que révéler leur lamentable suffisance intellectuelle.

Ajout 
Si on peut reprocher quelque chose à la notion de « don » en matière scolaire, c'est qu'elle induit, ou au moins est le résultat, d'une résignation vis-à-vis du système scolaire. Lorsqu'on invoque le don de tel enfant, on admet implicitement qu'on n'y pouvait rien, etc. Cette idée est évidemment fausse, mais il n'est pas facile d'en tirer les conséquences, surtout après coup. Elle jouait fortement dans les campagnes de Loire-Atlantique dans les années 1950 : au Gâvre, les enfants des familles de paysans, encore assez nombreux, et leurs parents, n'envisageaient pas d'études secondaires (en 1960-1961 encore) ; leur horizon d'attente était le CEP. Il fallait donc être particulièrement « doué » pour surmonter cette résignation familiale. 
Pour autant que je sache, il n'en allait pas de même dans un département pas très lointain, le Finistère, où l'accès aux études secondaires n'était pas considéré comme une grâce divine (et encore moins « bourdivine »). Ce qui explique par exemple qu'un village banal (Plozévet) ait pu fournir un nombre assez élevé de diplômés de l'enseignement supérieur...
Il est évident que la généralisation de l'accès à l'enseignement secondaire à partir des années 1960 a eu un effet concret très important : à l'heure actuelle, l'horizon d'attente de toutes les familles est bien au-dessus du niveau primaire. 

Ajout (18 octobre 2018) : don et mérite
Le refus de la notion de don s'accompagne dans la mouvance bourdieusienne du refus de la notion de mérite. Curieusement, on ne peut pas bénéficier de la grâce, mais on ne peut pas non plus obtenir le salut (la réussite scolaire) par les œuvres. 
Certains problèmes de l'idéologie bourdieusienne (c'est-à-dire tout ce qui dans les écrits de Bourdieu, et encore plus dans ceux de ses disciples, outrepasse l'observation scientifique et devient de l'idéologie) sont à mon avis correctement pointés par Jean-Claude Michéa (notamment dans Le Complexe d'Orphée).



Création : 2 novembre 2017
Mise à jour : 18 octobre 2018
Révision : 18 octobre 2018
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 22. L'idéologie du don
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2017/11/lideologie-du-don.html







vendredi 11 novembre 2016

7 Bouvet, il n'en fait pas partie, des élites ?

Sur un passage croquignolet de Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques


Classement : confusionnisme bourdieusiste ; polémique pleine de mauvaise foi




Message adressé à Marianne, Courrier des lecteurs, suite à l’entrevue de Laurent Bouvet dans le numéro 1024 de Marianne (11 au 17 novembre 2016), page 12 : « L’enjeu c’est l’identité » (propos recueillis par Renaud Dély)

« Salut les poteaux !
Dans les propos de Bouvet, je trouve particulièrement gratiné le passage sur « l'excellence scolaire » : « les élites se claquemurent dans des ghettos de privilégiés et refusent de partager l'excellence scolaire avec des catégories populaires. »
N'importe quoi, mec* !
L'excellence scolaire, ce n'est pas aux « élites » de la « partager », c'est aux « catégories populaires » de l'atteindre ! Comment ? En bossant à l'école au lieu de passer leur temps à la mosquée* !
Bon, assez rigolé : qu'est-ce qu'y font ses gamins, à Bouvet ? Y seraient pas en prépa* à LLG* ou à H4* ?
Et quand un enfant de « prof* » entre à Normale sup' (Héloïse Letissier* par exemple, avant qu'elle devienne Christine and the Queens), c'est un représentant de l'élite ? Ou alors, Normale sup', c'est pas de l'excellence scolaire ?
Bref, Bouvet, y dit vraiment n'importe quoi par moment ! »

Notes
*mec !: en bon français, « man ! »
*à la mosquée : notation pleine de mauvaise foi ; il y a aussi ceux qui passent leur temps à l'église ou à la synagogue
*prépa : classe préparatoire aux grandes écoles
*LLG : Louis-le-Grand, lycée parisien d'élite 
*H4 : Henri-IV, lycée d'élite parisien
*prof : professeur de l'enseignement secondaire
*Héloïse Letissier : elle a fait ses études secondaires dans un collège de la banlieue de Nantes, puis dans un lycée de Nantes ; elle a été ensuite été reçue à l'Ecole normale supérieure de Lyon



Création : 11 novembre 2016
Mise à jour :
Révision : 29 septembre 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 7 Bouvet, il en fait pas partie, des élites
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2016/11/bouvet-il-en-fait-pas-partie-des-elites.html








dimanche 4 septembre 2016

3 Olivier Postel-Vinay, Bourdieu et les élites



Classement : Bourdieusisme médiatique


Dans sa récente (1° septembre 2016) tribune de Libération, OPV fait la promotion de la sélection méritocratique à l'Université, victime (selon lui) d'une démagogique ouverture à tous les bacheliers, signalant au passage que "les élites, pour assurer leur reproduction, misent sur sur le système hyper-sélectif des grandes écoles".

Cela nous apprend deux choses sur OPV : 
1) il ne se considère pas comme faisant partie des élites ;
2) il croit intelligent, pour dénoncer ces "élites" dont il ne fait pas partie, de faire allusion aux théories de Pierre Bourdieu.

Sur le premier point, on se demande à quelle couche sociale appartient le directeur d'une publication portant le titre de Books (Livres, pour dire les choses simplement) ; mais peut-être se considère-t-il en fait comme membre d'une élite de niveau mondial et est-ce à ce titre qu'il critique les élites françaises (provinciales)...
Sur le second, on peut d'abord se demander ce que signifie le terme "miser" dans ce contexte ; cette référence au monde du pari (miser sur le mauvais cheval) est particulièrement inepte à propos d'un système (les grandes écoles) où le hasard a peu de place dans la réussite (bien qu'il en ait sans doute une à la marge). 
Et puis, en réalité, les "grandes écoles" ne jouent pas un si grand rôle que cela pour la "reproduction des élites" (en revanche, elles en jouent un dans leur structuration, à travers les réseaux dont elles sont le fondement). Les "grandes écoles" ne sont que de la poudre aux yeux pour les élites, et le fondement de leur reproduction, c'est 1) le pognon 2) les liens familiaux 3) les liens personnels. Le passage par les "grandes écoles" (Ernest-Antoine Seillière, par exemple) n'est qu'un ornement supplémentaire, une amusette, une marque de condescendance envers le bon peuple...
Mais, bien entendu, pour OPV, spécialiste du lieu commun mystificateur, il est important de faire croire que le facteur secondaire est plus important que les facteurs principaux.

Ajout
En fait, c'est un peu plus compliqué ; l'accès aux très grandes écoles est une épreuve pénible pour les individus qui s'y essaient, quels que soient la fortune familiale et le soi-disant "capital culturel" ; cela constitue une sorte de "contrainte méritocratique" qui va à l'encontre d'une tendance aristocratique à la nonchalance scolaire (opposition ancienne entre l'homme de goût et le pédant de collège). L'investissement des grandes écoles par les enfants de familles de la classe dirigeante indique de leur part une acceptation de la démocratie scolaire : mais le résultat de cette "démocratisation" est l'éviction de candidats issus de familles moins favorisées, de sorte que le recrutement paraît actuellement moins démocratique qu'il y a une quarantaine d'années (il y a sans doute d'autres raisons).
Mais cela ne remet pas en cause le fait que l'analyse d'OPV est superficielle.




Création : 4 septembre 2016
Mise à jour : 22 septembre 2020
Révision : 22 septembre 2020
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 3 Olivier Postel-Vinay, Bourdieu et les élites
Lien : http://lesmalheursdesophisme.blogspot.fr/2016/09/3-olivier-postel-vinay-bourdieu-et-les.html