dimanche 21 avril 2019

59. La CNT et l'orthographe inclusive

Quelques remarques sur une inconséquence idéologique de la Confédération nationale du travail


Classement : écriture inclusive ; gauche pieuse




Cette page est un complément à celles consacrée à l'écriture inclusive, cause chère à la gauche impuissante (pléonasme, sortez des rangs !) : 
*L'écriture inclusive 1. le point médian  
*L'écriture inclusive 2. L'accord de proximité
*Daniel Schneidermann et l'accord de genre.

Référence
*Affiche de la CNT photographiée à Bordeaux le 10 février 2019

L’auteur
La CNT est prétendument une organisation de défense des travailleurs (« un syndicat de lutte des classes qui défend les salariés et les travailleurs »), réellement une organisation ultra-minoritaire d’obédience anarchiste stricte voire dogmatique (lien), dont l’inexistence se manifeste au moins une fois tous les 5 ans !
Ne faisant pas grand-chose, ni pour les salariés, ni pour les travailleurs, la CNT se rattrape en pratiquant l’orthographe inclusive, comme toute organisation de la gauche pieuse.

Texte

Analyse et commentaire
Apparemment, pour la CNT, l’exploité peut être une exploitée, tandis que l’exploiteur est forcément un exploiteur. 
Où est l’égalité des sexes là-dedans ?
À moins tout simplement que le rédacteur (sans doute un « collectif de lutte »), assez pieux pour percevoir que « seul » va avec « seule », était trop con pour percevoir que « exploiteur » appelle « exploiteuse ».



Création : 21 avril 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 59. La CNT et l'orthographe inclusive
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/04/la-cnt-et-lorthographe-inclusive.html







mardi 9 avril 2019

58. Pascal Junghans : pédagogue ou démagogue ?

Quelques remarques, agrémentées d’un sonnet satirique, sur un livre grotesque et nul de « Pascal Junghans » (?)


Classement : système scolaire ; post-bourdieusisme




Référence
*« Pascal Junghans », La Fracture scolaire, Paris, Éditions Syros, collection « École et société », 1997

L’auteur
Voici un texte que j’ai trouvé en 2013 sur le site Cadre dirigeant (lienmais il ne renvoie plus à la notice de l'intéressé)
« Pascal Junghans, 55 ans, est professeur à l’International University of Monaco, chargé de cours à l’Université de Technologie de Troyes et à l’Université de Poitiers. Docteur en sciences de gestion, ses recherches portent sur l'intelligence économique, la criminalité financière, le traitement de l'information et les médias. Il a été auparavant directeur de programme dans une école de commerce, journaliste pendant 26 ans (la Tribune, Capital, Libération ...) et cadre dirigeant dans un important cabinet de courtage d'assurance. Il est l'auteur de huit livres dont le dernier traite des services de renseignement français. »
Rétrospectivement et compte tenu la qualité de l’ouvrage cité, j’ai de la peine à croire que son auteur puisse être la même personne que celle décrite ci-dessus ; pourtant la consultation de plusieurs sources sérieuses tend à prouver que j’ai tort. Certaines de ces sources indiquent que « Pascal Junghans » serait né en 1958 (le 9 novembre !).
*Cairn (lien)
*BnF (lien)
*SUDOC (lien)
*Linkedlin (lien)

L’ouvrage
C’est un ensemble mal écrit, mal construit, mal pensé (on pourrait synthétiser par la formule « nul à chier »), dans lequel on trouve une dose d’antiélitisme passant les bornes du supportable, assorti de formulations absurdes dans leur excès.
Le livre de Junghans est un exemple, relativement ancien, de ce qu'on pourrait appeler « bourdieusisme pathologique », qui imprègne largement le discours médiatique actuel, sans atteindre les mêmes excès.

Sonnet satirique
Hommage à « Pascal Junghans » pour son amour de l’éducation

D'abord, « Junghans », apprends ce qu'est une litote,
Toi pour qui c'est bien peu que Descente aux enfers,
Catastrophe, Train fou, visions d'âge de fer,
D'apocalypses relookées à Gravelotte.

Ne confonds pas fusillade et mauvaise note,
Le baccalauréat n'est pas la der des ders ;
D’abus métaphoriques ne sois pas si fier,
Ne te satisfais pas de tes formules sottes.

Ta sociologie, pavée de grands sentiments,
Conduit au cimetière des raisonnements,
Où, joyeux chantre de l’harmonie patronale,

Avec des arguments aussi tordus qu'une S,
Tu ne cherches qu'à déconsidérer le SNES
Et diaboliser l'Éducation nationale.

Annexe
Quelques citations de l'ouvrage de « Pascal Junghans », classées par thèmes
Le livre de « Pascal Junghans, docteur en sciences de la gestion », c'est : 

Un style immonde
Page 24 : « …cette tendance a tendance à se poursuivre, voire à s’amplifier »
Page 30 : « les réponses pédagogiques [à ce problème] sont infiniment multiples. »
Page 63 : « la démocratisation de l’école tant chantée sur toutes les estrades de France et de Navarre n’est qu’un véritable leurre »
Page 76 : « gangrenées par des idées subversives, voire de gauche ! »
Page 219 : « une demi-dizaine d'années plus tard »
Page 247 : « … développer la possibilité de pouvoir entamer des études »

Des formules choc
Page 27 : « … catastrophe »
Page 42 : «… Moloch qui broie des milliers de jeunes »
Page 84 : «… l’enseignement technique entame sa lente descente aux enfers »
Page 64 : « le niveau des enfant d’ouvriers monte mais beaucoup moins vite que celui de la moyenne des autres élèves, montre une étude – une véritable bombe –, réalisée par l’[INSERM] »
Page 81 : «… fonce à tombeau ouvert vers le précipice » (quoi ? Allez-y voir !)
Page 107 : «… le ministre Chevènement, véritable Gribouille, lance l’école, tel un train fou, sur des rails débouchant sur un précipice »

Une métaphore chiadée
Page 83 : « Les « nouveaux collégiens » arrivent dans le secondaire comme les poilus de 1917 sortaient des tranchées : en se disant que sinon ils seraient fusillés par les leurs, tout en étant persuadés que beaucoup d’entre eux resteraient au tapis.
Ceux des « nouveaux collégiens » qui survivent au massacre sont récompensés de […] leur énergie en monnaie de singe. »
« Monnaie de singe » : pas mal vu, non ?

Des prétentions à la littérature
Page 131 : « Lorsque Claude Gros – un homme au mince collier de barbe sans lequel un fonctionnaire de l’Éducation nationale ne serait pas tout à fait complet – arrive comme proviseur, il y a quatre ans, il découvre un établissement qui dérive comme un bateau ivre. »
Page 171 : « Chaque année c’est le même pensum : de vieux directeurs d’administration centrale quittent la Rue de Grenelle et, dans de poussifs véhicules, se dirigent vers le ministère des Finances comme en d’autres temps on allait à Canossa. Dans l’immense immeuble du plus pur style stalinien, construit par l’architecte Chemetov, un jeune chef de bureau soupire. Ce jour, il reçoit le vrai, le seul ministère dépensier, celui de l’Éducation nationale, de loin le premier budget de la nation. [Suivent des chiffres – catastrophiques, évidemment - sur le budget de l’EN]… Le jeune chef de bureau piaffe d’impatience à l’idée de tailler à pleine calculette dans la grosse chair molle de ces masses financières qu’il soupçonne d’être largement improductives. »

Des remarques pertinentes sur François Bayrou et Jean-Pierre Chevènement
Page 54 : « cet agrégé de Lettres, père d'une polytechnicienne. » (cela doit être su !)
Page 139 : « le ministre Bayrou est doté d’une ambition féroce …. »
Page 107 : «… le ministre Chevènement, véritable Gribouille …. »

De l'amour pour les livres
Page 52 : « Quelles solutions préconise alors Bentolila pour réduire l’illettrisme ? D’abord, évidemment, mettre en garde contre la télévision, diatribe convenue, car « la grande masse de la production télévisuelle impose un mode de relation au sens qui est en contradiction formelle avec celui qu’implique la lecture » [citation de Bentolila, 1996, page non indiquée]. Il faudrait donc interdire la télévision aux enfants. En voilà une suggestion parfaitement opératoire ! »
« Pascal écrit » : « Mettre en garde », « Junghans » comprend « Interdire » ! Bravo, « Junghans » ! Recommence !
Page 67 : « …les livres qui encombrent les bibliothèques parentales » (des privilégiés, les riches et les professeurs)

Un peu de prof-bashing
Page 130 : « Mais les consommateurs d’école les plus avertis, c’est-à-dire les professeurs, ne se contentent pas de la stratégie triviale qui consiste à choisir un lycée. Après tout, un excellent établissement peut être encore sectorisé. Quel dommage de ne pouvoir y accéder ! Alors choisissons le collège qui mène à ce lycée. Mieux, attaquons-nous à l’école primaire. Et pourquoi pas à l’école maternelle ! Environ 59,9 % des professeurs bravent les impératifs de la carte scolaire et choisissent la maternelle où leur rejeton fera ses premières expériences de vie collective. On choisit la meilleure maternelle qui conduit à la meilleure primaire, puis au meilleur collège et enfin au meilleur lycée… Peu à peu se constituent des filières d’élite. Et aussi, par voie de conséquence, des filières poubelles. »
Il n’est pas à la portée de tout le monde de saisir un concept aussi pertinent que « environ 59,9 % ».
À mon avis, il est peu probable que l’Éducation nationale puisse fournir des statistiques aussi fines sur un phénomène qui existe principalement dans les fantasmes des « spécialistes de l’enseignement ».

Conclusion
Ben, oui, quoi, mais y’a quand même du vrai, alors !



Création : 9 avril 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 58. Pascal Junghans : pédagogue ou démagogue ?
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/04/pascal-junghans-pedagogue-ou-demagogue.html








dimanche 17 mars 2019

57. Sur le relativisme 2. L'épistémologie de Karl Popper à Donald Trump

Quelques remarques à propos d’un ouvrage sur les « faits alternatifs »


Classement : épistémologie




Référence
*Arnaud Esquerre,, Le vertige des faits alternatifs Conversation avec Régis Meyran, Paris, Textuel, 2018

Les auteurs
*Régis Meyran
« Régis Meyran est anthropologue (docteur EHESS) et chercheur associé au LIRCES (Université de Nice - Sophia Antipolis). Il s'occupe de la collection "Conversations pour demain" chez Textuel et collabore aux magazines Sciences Humaines et Pour la Science. Il a publié notamment "Claude Lévi-Strauss, un regard neuf sur l'autre" ("Les génies de la Science", 2009); "Le Mythe de l'identité nationale" (Berg, 2009) et (avec Valéry Rasplus) "Les pièges de l'identité culturelle" (Berg, 2014). » (lien)

*Arnaud Esquerre
« Chargé de recherche CNRS HDR Discipline : Sociologie
Les travaux d’Arnaud Esquerre se déploient en suivant trois axes de recherche. Le premier axe porte sur les déplacements de l’État contemporain, mettant l’accent sur le rapport au psychisme (à travers la question de la « manipulation mentale » associée aux groupes qualifiés de « sectes »), et sur le rapport au corps (l’angle choisi portant sur les corps morts). Suivant un deuxième axe, Arnaud Esquerre explore ce que l’on considère en général comme des « croyances », en s’attachant à étudier différentes formes d’énoncés, tels que les prédictions de fin du monde, les prédictions astrologiques, les récits rapportant des événements extraterrestres. Un troisième axe prend comme objet les variations de richesse : soit qu’il s’agisse d’enrichissement à la fois des choses et des personnes, au sein d’une économie dite « de l’enrichissement » qui exploite le passé, soit qu’il s’agisse du jeu d’argent. » (lien)

Texte
La lecture de la préface, due à la plume de Meyran, augure plutôt mal du traitement du sujet.
Je reproduis un extrait de cette préface (pages 8 et 9).
En gras : passage soulignés par moi.
« Nous sommes dans une période où, à côté de ces « faits alternatifs », fleurissent rumeurs et théories du complot en tous genre, qui contestent les vérités établies par les autorités "légitimes" : ainsi, sur Internet, 500 000 personnes ont visionné une vidéo expliquant en français que la Terre est plate… Entre faits alternatifs, fake news et théories du complot, l’idée de vérité est en crise – certains parlent même de « post-vérité ». Voilà le sujet que le sociologue Arnaud Esquerre prend ici à bras-le-corps. Le modèle classique de la vérité, imprégné de positivisme, qu’on trouvait chez le philosophe Karl Popper, expliquait qu’il n’existe qu’une seule vérité, inatteignable, en parfaite adéquation avec le réel. La tâche de la science était alors de s’en approcher, par sauts successifs, de plus en plus près. Si déjà Thomas Kuhn, dans les années 1960, critiquait une telle conception et proposait un modèle dans lequel chaque période historique, marquée par un paradigme, possède sa propre vérité, nous nous en sommes encore plus éloignés aujourd'hui. La science a pris ses distances vis-à-vis d’une conception unique et absolue de la vérité, comme en témoigne le nombre de controverses scientifiques où s’affrontent désormais chercheurs, experts et citoyens (OGM, nucléaire, gaz de schiste…). Certes, à côté de cela, un autre modèle de vérité a toujours cours, celui qui se pratique dans les procès judiciaires ou les enquêtes policières et où une enquête minutieuse tend à faire émerger un récit qui soit en adéquation avec les faits. Mais, dans la conversation qu’on va lire, on va se rendre compte que le doute qui affecte la vérité touche largement l’espace médiatique. Il s’agit alors de placer les "faits alternatifs" dans ce tableau plus général, et c’est ce que fait Arnaud Esquerre, de façon inattendue. »

Analyse et commentaire
Oui, tout à fait inattendue, car ce « tableau général » ressemble à un gloubi-boulga relativiste dans l’ensemble duquel il parait difficile de placer quoi que ce soit.
A) La crise de l'idée de vérité 
Pour quelle raison est-ce que « l'idée de vérité est en crise » ? Parce qu’elle se trouverait prise en étau « entre faits alternatifs, fake news et théories du complot ». 
Autrefois, les philosophes pensaient que « la science » (la vérité scientifique) était en crise parce que par exemple, Einstein avait proposé la théorie de la relativité restreinte, puis celle de la relativité générale ; ou parce que Heisenberg avait constaté qu’on ne pouvait pas connaitre en même temps la position et la vitesse d’une particule ; sans parler du chat de Schrödinger ! 
Maintenant, il suffit que Bonnet, Alain, dit « Soral », voie la main du Mossad dans les attentats de 2015 ! Que Trump, Donald, affirme qu’une foule clairsemée est « la plus grande jamais réunie pour l’intronisation d’un président des Ztats-Zunis » ! Que des gens consultent des sites affirmant la platitude de la Terre (on pourrait imaginer que Meyran dénonce cette addiction à une erreur, mais les guillemets dans la formule « autorités "légitimes" » » laissent planer un doute. Bon, il est anthropologue, il n’est pas tenu d’avoir des compétences en cosmologie, même élémentaire).

Meyran propose ensuite ce qu’on pourrait appeler « une brève histoire de l’épistémologie de Karl Popper à Donald Trump ».
Ce point et les suivants seront examinés dans une page à venir.

B) De la conception classique de la vérité scientifique à la crise de la vérité dans le monde actuel
A venir



Création : 17 mars 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 57. Sur le relativisme 2. L'épistémologie de Karl Popper à Donald Trump
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/03/sur-le-relativisme-2.html








mardi 12 mars 2019

56. Fac' de Lett' en lutt' (2019)

Quelques informations sur des productions idéologico-artistiques des étudiants en Lettres de l’université de Nantes (en lutte)


Classement : joies de la vie étudiante ; intelligence militante 




Florilège de productions étudiantes (2019-2020)

Date de la prise de vue : 28 février 2019
Auteur de l’œuvre : collectif, ânonyme, sexe probablement féminin (indice : vulve rayonnante)
Lieu : allée entre le parvis des bâtiments « Lettres » et la station de tramway « Facultés »
Œuvre : 
Texte : « on pisse sur les mecs cis et les racistes »
Un bien bel exemple de vulvegarité !
Mais pourquoi sur les racistes ?

Date de la prise de vue : 13 février 2020
Auteur de l’œuvre : ânonyme, sexe probablement masculin (indice : absence de la signature « vulve rayonnante »)
Lieu : allée entre le parvis des bâtiments « Lettres » et la station de tramway « Facultés »
Œuvre : 
Texte : « les cis et les fachos hors de la fac !!! ».
Apparemment, pour les « militants » nantais, les « (mecs) cis » sont l'ennemi principal, ou un des ennemis principaux, auprès des traditionnels racistes et fascistes.
Cis « activistes » (comme on disait dans l'OAS) sont cirtainement fiers de leur nature « non cis ». En avant pour la non cis pride !

Date de la prise de vue : 26 mars 2019
Auteur de l’œuvre : individuel, ânonyme, sexe probablement féminin (indice : signature « vulve rayonnante »)
Lieu : parvis des bâtiments « Lettres »
Œuvre :
Texte : « Moi je fais pipi sur l'uni » (faut-il comprendre l'uni-versité ? ou l'UNI ?). En tout cas, c'est intelligent...


Date de la prise de vue : 21 avril 2019
Auteur de l’œuvre : individuel, ânonyme
Lieu : chemin sur la rive droite de l'Erdre, passerelle près du club universitaire d'aviron
Œuvre : 
Texte: « Un grand oui à la haine ». Il a oublié d'écrire : « Viva la muerte ! ».




Création : 12 mars 2019
Mise à jour : 3 mars 2020 (photo du 13 février 2020 « Les cis et les fachos hors de la fac »)
Révision : 10 juillet 2020 (rédaction)
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 56. Fac' des Lett' en lutt'
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/03/fac-de-lett-en-lutte.html








dimanche 24 février 2019

55. L'idéologie de la concurrence et la bêtise

Quelques remarques sur l’idéologie de la concurrence


Classement : économie




Texte
Il y a quelques années, le groupe Leclerc (je crois, ou un autre groupe de la grande distribution), voulant s’introduire sur le marché de la distribution de carburants sur les autoroutes, avait diffusé la photographie d’un panneau annonçant les prix dans les quatre ou cinq stations à venir. Les prix étaient égaux (ou peut-être affichaient une différence d’un centime seulement). Commentaire (de la pub') : regardez, il n’y a pas de concurrence sur les autoroutes.

Analyse
Cette publicité « informative » accusait de fait les intéressés d’entente sur les prix, mais je ne sais pas s’il y a eu des suites judiciaires. En l’occurrence, cette accusation était inepte en l’état (sur la base de cette seule « documentation ») : en toute logique concurrentielle, pour un produit aussi standardisé que les carburants, il semble tout à fait possible qu’il n’y ait aucune différence de prix. Ce panneau affichant des prix identiques ne prouvait qu’il y avait entente (sans que cette possibilité soit exclue) ; il est parfaitement possible que le prix affiché ait été le « prix concurrentiel » indépassable à ce moment (car garantissant une marge minimale).
Sinon, on aboutit à l’idée qu’il doit toujours y avoir un prix « plus bas », chose impossible à réaliser en pratique, car la seule limite théorique dans ce cas serait un prix égal à zéro (en réalité, une seule entreprise survivrait, son gérant crevant de faim, mais ayant réussi à tenir le coup le plus longtemps que les autres, à un niveau de prix supérieur à zéro, et la concurrence aurait disparu).

Conclusion
L’idéologie sous-jacente à cette publicité (qui ne correspond évidemment pas à la pratique de l’entreprise auteur, qui réalise des bénéfices), l’idée que la concurrence permet d’avoir des prix « toujours plus bas », et donc que les prix doivent toujours « être (devenir) plus bas », est profondément inepte ; mais elle imprègne gravement la pensée économique vulgarisée, au nom de « l’intérêt du consommateur » : c’est ainsi que certains considèrent comme nécessaire (Le Monde, par exemple, repaire sinistre de la « pensée » néolibérale, naguère le boucher, aujourd'hui le parmentier) d’importer des vêtements chinois, car sinon, « Comment les pauvres pourraient-ils s’habiller ? » : sans tenir compte du fait que ces importations sont un facteur d’appauvrissement, du fait du chômage généré dans le secteur textile.
Cette idéologie exprime parfaitement l’obscénité de l’économie actuelle (une modalité extrémiste du système capitaliste) et la bêtise de ses thuriféraires.



Création : 24 février 2019
Mise à jour :
Révision : 19 octobre 2019
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 55. L'idéologie de la concurrence et la bêtise
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/02/lideologie-de-la-concurrence.html








mercredi 30 janvier 2019

54. Salazar, rhétoricien et révolutionnaire

Quelques remarques sur une interview de Philippe-Joseph Salazar, qu’il ne faut pas confondre avec Antonio !


Classement :




Référence
*« L’Etat impose son langage. Pierre-Joseph Salazar, philosophe », propos recueillis par Emmanuel Lemieux, Marianne, n° 1140, 18 janvier 2019, pages 52-53

Les auteurs
Emmanuel Lemieux est un journaliste indépendant qui intervient de temps à autre dans Marianne.
Philippe-Joseph Salazar, « ancien assistant de Roland Barthes et de Robert Balandier », « occup[e] la chaire de rhétorique à la faculté de droit du Cap et résid[e] en Afrique du Sud », il a été « l’un des observateurs privilégiés de la spectaculaire commission Vérité et réconciliation présidée par Mgr Tutu au lendemain de la fin de l’apartheid. ».

Texte 1 : le « rhétoricien »
« Marianne : Pour se désembourber de la rébellion des « gilets jaunes », le président de la République lance un « grand débat ». Qu’en pensez-vous ? »
PJS : Grand débat… En France, quand on affuble un geste ou un événement de l’épithète « grand », il faut immédiatement y entendre la voix de l’Etat. Seul l’Etat a le droit de qualifier ce qui est « grand » et ce qui ne l’est pas. Les « gilets jaunes » ne sont pas officiellement considérés comme un « grand » mouvement. Pourtant il l’est. Mais sans l’imprimatur de l’Etat qui donne ou refuse le label « grand », ils ne peuvent être que des « petits », des « pauvres », « ces gens-là », le « petit peuple ».
Le débat dit à la française est en réalité un sous-produit du dialogue social qui lui-même est une technique de management et de résolution interne des conflits. C’est une langue technicienne à visée managériale de l’opinion. »

Analyse et commentaire
On peut dire que ce paragraphe, le premier de l’interview, n’est « rien que du vent » (bullshit).
On peut citer plusieurs expressions où l’épithète « grand » n’a rien à voir avec l’Etat, n’est pas ou n’a pas été déterminé par « l’Etat » : « le grand remplacement » ; « la Grande Guerre » ; « le Grand Macabre » ; « Le Grand Bazar » ; « Le grand Duduche » ; « le grand huit ». En revanche, on ne trouve pas tellement de formulations de ce type émanant de « l’Etat » : (à compléter)
Il est évident que si le gouvernement lance un débat à l’échelle de toute la France, il ne paraît pas absurde de le qualifier de « grand », plutôt que de « moyen » ou de « petit » ; on aurait évidemment pu dire « débat national », « débat à l’échelle nationale », ce qui voudrait dire la même chose, en un peu moins percutant (sur le plan rhétorique).
Par ailleurs, en aucun cas la dénomination « grand débat » n’implique ni ne sous-entend que le mouvement des « gilets jaunes » serait « petit ».
Enfin, que signifie la formule : « sans l’imprimatur de l’Etat qui donne ou refuse le label « grand » » ? A quoi Salazar fait-il allusion concrètement ? En fait, ça ne signifie strictement rien !

Remarques complémentaires
*« Les « gilets jaunes » ne sont pas officiellement considérés comme un « grand » mouvement. Pourtant il l’est. »  : ne vaudrait-il pas mieux dire « Pourtant ils le sont. » ? (= les gilets jaunes sont un grand mouvement)
*« Le débat dit à la française est en réalité un sous-produit du dialogue social qui lui-même est une technique de management et de résolution interne des conflits. C’est une langue technicienne à visée managériale de l’opinion. » : Pourquoi « dit à la française » (personne ne parle de « débat à la française ») ? Par ailleurs, M. Salazar semble bien méprisant envers le dialogue social, qu'il amalgame arbitrairement avec une technique de management (le dialogue social n'est pas toujours instrumentalisé par le management). Enfin, que signifie l'idée selon laquelle un débat (ou un dialogue) est « une langue technicienne » ? 

Conclusion
Le discours de Pierre-Joseph Salazar me semble donc sonner bien creux et mériter sans réserve la qualification de « rhétorique (boursouflée) ».
Qu’en est-il de ses énoncés sur un sujet historique qu’il évoque ensuite : la Révolution française ?

A suivre
*La Révolution française selon P.-J. Salazar (page publiée dans le blog Questions d'histoire)



Création : 30 janvier 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 54. Salazar, rhétoricien et révolutionnaire
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/01/salazar-rhetoricien-et-revolutionnaire.html








mardi 29 janvier 2019

53. Le singe sage et sa monnaie

Quelques remarques sur une théorie erronée de ce qu’est la « monnaie de singe »


Classement : économie ; monnaie ; dette de l'Etat




Référence
*Gérard Mathieu, « Une priorité nationale », Marianne, n° 1141, 25 janvier 2019, page 63
Il s’agit d’un courrier de lecteur (le titre est de la rédaction) consacré à la crise des Gilets jaunes.

Texte
« Les "gilets jaunes" ont […] fait reculer le pouvoir et obtenu 12 milliards d’euros de concessions, mais ils restent malgré tout insatisfaits. En obtiendraient-ils trois fois plus qu’ils le seraient tout autant. De toute façon, c’est de la "monnaie de singe", financée par l’augmentation de la dette, dette qui s’accroît de quelque 80 milliards d’euros annuellement, dus pour 40 % au déficit de la balance commerciale et pour 50 % aux intérêts versés aux créanciers de la France. »

Analyse et commentaire
Je m’intéresserai ici aux énoncés économiques de ce lecteur.
L’idée que les sommes allouées à résoudre la crise sont « de la monnaie de singe » veut donner l’impression qu’on a affaire à un vieux sage « à qui on ne la fait pas », elle est pourtant inexacte : les 12 milliards en question ne sont pas plus de la monnaie de singe que les N milliards auxquels se montaient auparavant les dépenses de l’Etat. Il est possible que cette dépense inopinée et contrainte ait un effet défavorable pour le système monétaire, mais cet effet défavorable concernerait l’ensemble du système, pas seulement cette dépense précise (dans le calcul de « l’effet défavorable », il faut tenir compte des dépenses encore plus contraintes qu’auraient provoquées la retenue de ces 12 milliards).
Il est donc possible que les 100 euros que telle personne va percevoir ne vaillent pas tout à fait 100 euros d'avant ; mais il n'empêche que pour cette personne, ce versement représente une somme tout à fait tangible, une augmentation intéressante de son revenu Personne du reste n'a émis l'idée que les sommes reversées au titre de la réforme de l'ISF étaient de la « monnaie de singe » ; elles sont pourtant tout autant financées par l'augmentation de la dette !



Création : 29 janvier 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 53. Le singe sage et sa monnaie
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2019/01/le-singe-sage-et-sa-monnaie.html