mercredi 30 janvier 2019

54. Salazar, rhétoricien et révolutionnaire

Quelques remarques sur une interview de Philippe-Joseph Salazar, qu’il ne faut pas confondre avec Antonio !


Classement :




Référence
*« L’Etat impose son langage. Pierre-Joseph Salazar, philosophe », propos recueillis par Emmanuel Lemieux, Marianne, n° 1140, 18 janvier 2019, pages 52-53

Les auteurs
Emmanuel Lemieux est un journaliste indépendant qui intervient de temps à autre dans Marianne.
Philippe-Joseph Salazar, « ancien assistant de Roland Barthes et de Robert Balandier », « occup[e] la chaire de rhétorique à la faculté de droit du Cap et résid[e] en Afrique du Sud », il a été « l’un des observateurs privilégiés de la spectaculaire commission Vérité et réconciliation présidée par Mgr Tutu au lendemain de la fin de l’apartheid. ».

Texte 1 : le « rhétoricien »
« Marianne : Pour se désembourber de la rébellion des « gilets jaunes », le président de la République lance un « grand débat ». Qu’en pensez-vous ? »
PJS : Grand débat… En France, quand on affuble un geste ou un événement de l’épithète « grand », il faut immédiatement y entendre la voix de l’Etat. Seul l’Etat a le droit de qualifier ce qui est « grand » et ce qui ne l’est pas. Les « gilets jaunes » ne sont pas officiellement considérés comme un « grand » mouvement. Pourtant il l’est. Mais sans l’imprimatur de l’Etat qui donne ou refuse le label « grand », ils ne peuvent être que des « petits », des « pauvres », « ces gens-là », le « petit peuple ».
Le débat dit à la française est en réalité un sous-produit du dialogue social qui lui-même est une technique de management et de résolution interne des conflits. C’est une langue technicienne à visée managériale de l’opinion. »

Analyse et commentaire
On peut dire que ce paragraphe, le premier de l’interview, n’est « rien que du vent » (bullshit).
On peut citer plusieurs expressions où l’épithète « grand » n’a rien à voir avec l’Etat, n’est pas ou n’a pas été déterminé par « l’Etat » : « le grand remplacement » ; « la Grande Guerre » ; « le Grand Macabre » ; « Le Grand Bazar » ; « Le grand Duduche » ; « le grand huit ». En revanche, on ne trouve pas tellement de formulations de ce type émanant de « l’Etat » : (à compléter)
Il est évident que si le gouvernement lance un débat à l’échelle de toute la France, il ne paraît pas absurde de le qualifier de « grand », plutôt que de « moyen » ou de « petit » ; on aurait évidemment pu dire « débat national », « débat à l’échelle nationale », ce qui voudrait dire la même chose, en un peu moins percutant (sur le plan rhétorique).
Par ailleurs, en aucun cas la dénomination « grand débat » n’implique ni ne sous-entend que le mouvement des « gilets jaunes » serait « petit ».
Enfin, que signifie la formule : « sans l’imprimatur de l’Etat qui donne ou refuse le label « grand » » ? A quoi Salazar fait-il allusion concrètement ? En fait, ça ne signifie strictement rien !

Remarques complémentaires
*« Les « gilets jaunes » ne sont pas officiellement considérés comme un « grand » mouvement. Pourtant il l’est. »  : ne vaudrait-il pas mieux dire « Pourtant ils le sont. » ? (= les gilets jaunes sont un grand mouvement)
*« Le débat dit à la française est en réalité un sous-produit du dialogue social qui lui-même est une technique de management et de résolution interne des conflits. C’est une langue technicienne à visée managériale de l’opinion. » : Pourquoi « dit à la française » (personne ne parle de « débat à la française ») ? Par ailleurs, M. Salazar semble bien méprisant envers le dialogue social, qu'il amalgame arbitrairement avec une technique de management (le dialogue social n'est pas toujours instrumentalisé par le management). Enfin, que signifie l'idée selon laquelle un débat (ou un dialogue) est « une langue technicienne » ? 

Conclusion
Le discours de Pierre-Joseph Salazar me semble donc sonner bien creux et mériter sans réserve la qualification de « rhétorique (boursouflée) ».
Qu’en est-il de ses énoncés sur un sujet historique qu’il évoque ensuite : la Révolution française ?

A suivre
*La Révolution française selon P.-J. Salazar (page publiée dans le blog Questions d'histoire)



Création : 30 janvier 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 54. Salazar, rhétoricien et révolutionnaire
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mardi 29 janvier 2019

53. Le singe sage et sa monnaie

Quelques remarques sur une théorie erronée de ce qu’est la « monnaie de singe »


Classement : économie ; monnaie ; dette de l'Etat




Référence
*Gérard Mathieu, « Une priorité nationale », Marianne, n° 1141, 25 janvier 2019, page 63
Il s’agit d’un courrier de lecteur (le titre est de la rédaction) consacré à la crise des Gilets jaunes.

Texte
« Les "gilets jaunes" ont […] fait reculer le pouvoir et obtenu 12 milliards d’euros de concessions, mais ils restent malgré tout insatisfaits. En obtiendraient-ils trois fois plus qu’ils le seraient tout autant. De toute façon, c’est de la "monnaie de singe", financée par l’augmentation de la dette, dette qui s’accroît de quelque 80 milliards d’euros annuellement, dus pour 40 % au déficit de la balance commerciale et pour 50 % aux intérêts versés aux créanciers de la France. »

Analyse et commentaire
Je m’intéresserai ici aux énoncés économiques de ce lecteur.
L’idée que les sommes allouées à résoudre la crise sont « de la monnaie de singe » veut donner l’impression qu’on a affaire à un vieux sage « à qui on ne la fait pas », elle est pourtant inexacte : les 12 milliards en question ne sont pas plus de la monnaie de singe que les N milliards auxquels se montaient auparavant les dépenses de l’Etat. Il est possible que cette dépense inopinée et contrainte ait un effet défavorable pour le système monétaire, mais cet effet défavorable concernerait l’ensemble du système, pas seulement cette dépense précise (dans le calcul de « l’effet défavorable », il faut tenir compte des dépenses encore plus contraintes qu’auraient provoquées la retenue de ces 12 milliards).
Il est donc possible que les 100 euros que telle personne va percevoir ne vaillent pas tout à fait 100 euros d'avant ; mais il n'empêche que pour cette personne, ce versement représente une somme tout à fait tangible, une augmentation intéressante de son revenu Personne du reste n'a émis l'idée que les sommes reversées au titre de la réforme de l'ISF étaient de la « monnaie de singe » ; elles sont pourtant tout autant financées par l'augmentation de la dette !



Création : 29 janvier 2019
Mise à jour :
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 53. Le singe sage et sa monnaie
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dimanche 20 janvier 2019

52. Le haut, le bas et les Antipodes

Quelques remarques sur un article de vulgarisation épistémologique


Classement : épistémologie ; cosmologie


*Jean-Luc Eluard, « Pourquoi les Australiens n’ont pas la tête en bas ? »,Sud-Ouest Mag, 12 janvier 2019, page 43

L'auteur
Jean-Luc Eluard est titulaire d’une maîtrise de Langues étrangères appliquées (LEA) et d’un DUT de journalisme ; il est pigiste (ou : free-lance ?) pour diverses publications, dont Sud-Ouest, ainsi que pour Cap Sciences (Centre de Culture Scientifique, Technique & Industrielle de Bordeaux et Nouvelle-Aquitaine)
Sources : notice Cap Sciences (lien) ; notice du Club de la presse de Bordeaux (lien)
Il n'a donc pas, à la base, de formation scientifique particulière. 


Texte
« Ce problème d’hémisphère Sud la tête en bas est typiquement le genre de questions que l’on se pose étant gamin… et que l’on laisse tomber une fois adulte en se disant « Ben, c’est comme ça ». Trop facile ! L’explication est là : au niveau planétaire, il n’y a ni haut ni bas. Ce n’est que de la pure convention. Dans l’espace, il n’y a ni haut ni bas et il en va de même pour la Terre. Il suffit pour s’en convaincre de considérer les spationautes : en apesanteur, ils dorment ou mangent indifféremment sur le « sol » ou le « plafond » de la station spatiale. La Terre étant suspendue dans l’espace comme tout autre objet de même nature, on peut dire qu’elle n’a ni sol ni plafond. De fait, le nord en haut et le sud en bas, c’est une invention purement formelle. »

Commentaire
Il me semble que l’auteur ne fournit pas une explication très convaincante du problème posé au départ : « Pourquoi les Australiens n’ont pas la tête en bas ? ».
La question se pose en fait par rapport à un schéma de la terre sous la forme d’un cercle sur une feuille de papier orientée conventionnellement (marge à gauche par exemple) : un individu A représenté sur ce cercle au niveau du 45° parallèle Nord (en France) et un individu B représenté au niveau du 45° parallèle Sud (en Nouvelle-Zélande) sont manifestement « symétriques » (ils ont la tête dans des directions opposées).
Une interprétation sommaire (puérile si on veut) conduit à dire que B a la « tête vers le bas et les pieds vers le haut ». Cela n'est exact que par rapport à la convention selon laquelle la feuille de papier a un « sens » et que le « haut » est là où j’ai placé A. Il est évident que si je retourne la feuille de 180°, c’est A qui a maintenant « la tête en bas ».
Jean-Luc Eluard affirme que c’est parce que la notion de « haut » et de « bas » n’ont pas de sens dans l’espace, notamment dans les situations d’apesanteur. Cette idée est tout à fait correcte, mais elle ne suffit pas à rendre correctement compte de la situation de A et de B sur la Terre.
Cette situation est déterminée localement par le fait que, sur la Terre, il n’y a pas d’apesanteur, que s’y exerce la « force gravitationnelle » (le fait qu’un corps tombe vers le centre de la Terre (donc, en pratique, vers le sol) avec une accélération donnée*). On peut donc dire que sur la Terre (et sur tout corps suffisamment massif pour exercer une attraction gravitationnelle) le « bas » indique la direction de la chute et le « haut » la direction inverse.
Selon cette définition, l’individu A (en France) a les pieds vers le bas (vers le centre de la Terre, donc sur le sol), mais c’est aussi le cas de l’individu B (en Nouvelle-Zélande).

Note
*L'accélération d'un corps tombant vers le centre de la Terre est, dans les conditions idéales, notamment en l'absence d'atmosphère, de presque 9,81 mètres par seconde par seconde (9,806 65 m/s²) : la vitesse d'un corps libéré sans vitesse est, au bout d'une seconde de chute, de 9,81 mètres par seconde, au bout de deux secondes, elle est de 19,62 mètres par seconde, etc.), ceci étant valable aussi bien pour une plume (dans le vide bien sûr) que pour un kilo de plomb ou une tonne de bananes...



Création : 20 janvier 2019
Mise à jour : 24 janvier 2019
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 52. Le haut, le bas et les Antipodes
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mercredi 5 décembre 2018

51. Liste de ceux qui croivent qu'on paye moins d'impôts en faisant des dons

Quelques remarques sur une croyance fiscale erronée mais bien enracinée : liste (non exhaustive) des « croyants »


Classement : fiscalité




Ceci est la suite de la page Pour ceux qui croivent qu'on diminue ses impôts en faisant des dons, dans laquelle je démontre qu’en vrai, on ne diminue pas ses impôts en faisant des dons aux associations (reconnues d’utilité publique).
Pourtant, il est assez courant de trouver dans la presse française des énoncés disant ou sous-entendant le contraire (dans un but de dénonciation), notamment par l’utilisation de la métaphore des « niches fiscales ».

Sommaire
*Renaud Chartoire
*Luce Lapin
*Jacques Littauer
*L'Express
*Le Monde Diplomatique
*Marianne

RENAUD CHARTOIRE
Référence
*Renaud Chartoire, « Qui profite des niches fiscales ? », Sciences humaines, mars 2014, page 24 (cet article fait partie d’un dossier sur la fiscalité)
L’auteur
Chartoire, né en 1970, est professeur agrégé de SES et auteur de plusieurs ouvrages et articles.
Texte
On trouve dans son article de Sciences humaines l’énoncé suivant :
« Les principales [niches fiscales], soit en termes de nombre de bénéficiaires soit en fonction des montants engagés, concernent le quotient familial (si on l’intègre dans la liste des niches), les dons aux associations et œuvres caritatives, les déductions pour l’emploi à domicile. ».
Commentaire
Comme on le voit, Chartoire voit ceux qui font des dons comme « bénéficiaires » d’une « niche fiscale » ; du reste, l'article met en évidence qu'il y en a qui « profitent » de la naïveté de l'Etat (et le profit, c'est mal, sauf celui qui est distribué aux actionnaires).
Réaction
Sollicité par courrier électronique, Chartoire m’a répondu, mais sans démordre de sa position, ni discuter mes arguments : grâce aux dons que l’on fait, on diminue son impôt sur le revenu, donc c’est une niche fiscale. Il ne cherche pas à savoir en quoi consiste au juste le « bénéfice » dont « bénéficierait » le généreux donateur !

LUCE LAPIN
Référence
*Luce Lapin, « Niquez les impôts ! », Charlie Hebdo, n° 1425, page 13
L'auteur
Luce Lapin tient à Charlie Hebdo une chronique de protection des animaux (chronique dont la plupart des gens qui « n'aiment pas » Charlie Hebdo à cause des provocations de ses unes ignorent l'existence ; en effet ils n'ont jamais ouvert un seul numéro de Charlie Hebdo !)
Texte
Outre le titre, on trouve au début de la chronique l'énoncé suivant : « C'est le moment de faire des dons ! Jusque fin décembre, chacun sera déduit à hauteur de 66 % de ses impôts 2019. »
Commentaire
Elle énonce correctement de quoi il retourne : une déduction partielle du don effectué. En revanche, le titre de la chronique est indûment mystificateur, surtout dans sa formulation légèrement vulgaire.

JACQUES LITTAUER
Référence
*Jacques Littauer, « "Gilets jaunes" L'évasion fiscale du pauvre », Charlie Hebdo, n° 1375, page 5
L’auteur
Un site (Michel Perdrial Journal, lien) indique que « Jacques Littauer, l’économiste qui a pris la suite de Bernard Maris, explique que non seulement il publie sous pseudonyme mais que personne, pas même ses parents, ne sait qu’il écrit dans Charlie Hebdo. »
Bon, d’accord, mais ce n’est pas une raison pour se vautrer dans les lieux communs.
Texte
« Les classes favorisées bénéficient de multiples occasions de diminuer leur impôt sur le revenu : dons aux associations, emplois à domicile, dons de leur vivant aux enfants... ».
Commentaire
Notons que dans le cas des dons aux enfants, on ne diminue pas son IRPP, mais les droits de succession que les enfants en question auront à payer en tant qu’héritiers.
Réaction
Un courrier adressé par le biais de la rédaction de Charlie Hebdo reste à ce jour sans réponse.

L’EXPRESS
Référence
*L’Express, 2 novembre 2016, page 116, « N’oubliez pas les dons » (encart dans un article sur la défiscalisation)
Texte
« Voici un bon moyen d’échapper au fisc tout en ménageant sa bonne conscience ! [… le don] ouvre droit à une réduction d’impôt équivalant à 66 % des sommes versées […] ».
Commentaire
Le rédacteur énonce assez clairement qu’on subit une dépense effective de 1/3 du don, mais qu’à cela ne tienne : on « échappe au fisc », et ça, ça n’a pas de prix ! Même pour un homo economicus rationalis. Qui a, du reste, une « conscience ». Incroyable !
Réaction
Deux courriers adressés à cet organe de presse restent à ce jour sans réponse.

LE MONDE DIPLOMATIQUE
Texte
Dans cet organe de presse, on trouve fréquemment, sur le sujet des dons aux associations, la formule « dons défiscalisés ».
Analyse
Cette formule contient une absurdité spécifique : l’idée selon laquelle les sommes versées aux associations viendraient en déduction du revenu imposable (de sorte que plus on serait riche, plus ça rapporterait). En réalité, les dons ne sont pas défiscalisés (contrairement aux heures supplémentaires, qui ne sont pas intégrées dans la base imposable) : on est seulement remboursé des deux tiers de la somme versée, qu’on soit très riche ou pas très riche. Cette ineptie vient sans doute de ce que les rédacteurs veulent « faire savant » ; mais ils arrivent seulement à « faire pédant ».
La critique des « dons défiscalisés » n’empêche pas Le Monde diplomatique de solliciter de temps à autre le soutien financier de ses lecteurs, en indiquant clairement que leurs dons feront l’objet d’une ristourne fiscale.
Réaction
Un courrier adressé à cet organe de presse reste à ce jour sans réponse.

MARIANNE
Référence
*Etienne Girard et Emmanuel Lévy, « La machine à arroser les copains », Marianne n° 1184, 22 novembre 2019, pages 10 et suivantes, notamment page 12, encart « L’astuce fiscale au cœur du dispositif »
Texte
« Le statut de fondation d’utilité publique est très avantageux. Tous les dons qui lui sont adressés sont défiscalisables – à 66 % pour les particuliers, à 60 % pour les entreprises. En pratique, si Engie donne 10 000 euros à la Face, la société peut déduire 6 000 euros de son impôt sur les sociétés, dans la limite de 0,5 % du chiffre d’affaires annuel. Un cadeau fiscal attractif… »
Commentaire
Bien qu'ils exposent correctement le processus (don de 10, réduction d'impôt de 6), les rédacteurs nagent dans la confusion. 
Noter un point de détail révélateur de ce confusionnisme : « la société peut déduire 6 000 euros de son impôt sur les sociétés… » : non, l'entreprise se contente de déclarer le don, ce sont les services fiscaux qui effectuent la déduction !
En ce qui concerne un don d’entreprise, il peut tout de même y avoir un intérêt communicationnel : prétendre avoir donné 10 000 (ou 1 000 000) et n’avoir dépensé que 4 000 (ou 400 000), le reste étant payé par l’État dont le rôle est habilement occulté. 
L'idée que le statut d’utilité publique est avantageux est exacte ; seulement, l'avantage n'est pas pour les donateurs, mais pour la fondation elle-même.
En ce qui concerne l'organisme précis critiqué dans le dossier de Marianne, la Fondation Agir contre l'exclusion (FACE), le problème n'est pas son financement, qui est le même que celui de nombreuses autres organismes déclarés d'utilité publique, mais son respect ou son non-respect des missions qui lui ont permis d'obtenir ce statut. Si ces missions ne sont pas respectées (si, par exemple, des salaires mirobolants sont versés aux responsables), il y a détournement de fonds (privés et publics), comme ce fut le cas de l'ARC il y a quelques années. Rien à voir avec une quelconque « niche fiscale » ou « astuce fiscale » !
Réactions
Un courrier a été adressé à cet organe de presse le 23 novembre 2019, sans réponse à ce jour.
Dans le numéro 1187 de Marianne est publiée une réponse de Martin Hirsch (président de la Fondation Agir contre l'exclusion), qui présente très correctement la question des dons et des réductions fiscales ; sur les autres points (salaires, etc.), il récuse les assertions des auteurs de l'article. Cette réponse (sans doute un droit de réponse) n'est suivie d'aucune critique.

Conclusion
Malgré mes efforts, je n’ai jamais réussi à obtenir d’un correspondant soit la démonstration que mon raisonnement est faux, soit la reconnaissance qu’il est correct. 
S'agirait-il d'un « tabou » ?



Création : 5 décembre 2018
Mise à jour : 16 décembre 2019 (Marianne, novembre 2019)
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 51. Ceux qui croivent qu'on diminue ses impôts en faisant des dons
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mardi 4 décembre 2018

50. Pour ceux qui croivent qu'on paye moins d'impôts en faisant des dons

Quelques remarques sur une croyance fiscale erronée mais bien enracinée


Classement : économie ; fiscalité ; niches fiscales




Beaucoup de gens et, parmi eux, nombre de journalistes, voire de spécialistes de l’économie, sont persuadés qu’en faisant un don à une association (reconnue d’utilité publique), on diminue son impôt sur le revenu. Ils désignent donc les dons aux associations comme une « niche fiscale ».

Cette page a pour but de démontrer que ces idées sont infondées.

Le processus fiscal concernant les dons aux associations
Le processus des dons se déroule comme suit : une année donnée, vous faites à une association un don de (mettons) 120 euros ; l’année suivante, vous indiquez ce don dans la déclaration d’impôt et lors du calcul de l’impôt dû, vous bénéficiez d’une diminution égale à 66 % du don soit, dans l’exemple choisi, 80 euros. Si l’impôt que vous devriez payer est de, mettons, 1000 euros, vous n’en paierez que 920.
Effectivement « vous avez payé moins d’impôt » que ce que vous auriez payé en l’absence de don.

Analyse
Il devrait pourtant sauter aux yeux que vous n’avez pas fait une bonne affaire. En effet, vous avez reçu 80 euros de l’Etat, mais vous avez payé 120 euros à l’association. Objectivement, vous avez « perdu » (en tout cas, dépensé) 40 euros.
Ce phénomène peut être présenté de façon mathématique par une équation dans laquelle j’appelle I le montant de l’impôt dû et D le montant du don :

D + (I - [(D/3)x2)]) = I + D/3
(don + impôt dû diminué de 2/3 du don = impôt dû + 1/3 du don)

Considérant la seconde partie de l’équation, on pourrait dire que, sur le plan comptable, tout se passe comme si vous aviez payé le montant de l’impôt dû à l'Etat et versé un tiers du don à l’association.
Ce n’est pas seulement une apparence : c’est la réalité la plus stricte. Dans la première partie de l’équation, on voit que l’association reçoit un don « complet », alors que dans la seconde, elle ne reçoit qu’un tiers de ce don. Pour qu’elle obtienne le don complet, il faut et il suffit que l’Etat, ayant reçu le montant de votre impôt, s’en serve pour verser deux tiers du don à l’association (c’est en fait ce à quoi il s’est engagé par la loi sur les dons aux associations ; et même, dans certains cas, suite à la « loi Coluche », il verse ¾ du don).
Dans la pratique, lorsque vous versez le montant du don, vous versez à la fois votre part (un tiers) et celle de l’Etat (deux tiers) ; l’année suivante, l’Etat vous rembourse la somme que vous avez versée à sa place.
C’est ce décalage temporel qui occulte le processus réel au profit d’une construction illusoire.

La question des niches fiscales
Il n’y a ici aucune « niche fiscale » ; simplement, à votre don réel (40 euros), l’Etat ajoute une subvention d’un montant double (80 euros).
D’une façon plus générale, ce que beaucoup de gens se délectent à appeler « niches fiscales » consiste simplement en subventions de l’Etat versées par le biais de réductions d’impôt. 
Lorsqu’il s’agit de subventionner, par exemple, un changement de chaudière, la subvention est versée au contribuable, qui y gagne évidemment quelque chose (il paie sa chaudière moins cher) ; dans le cas d’un don à une association, la subvention est versée à l’association, le contribuable n’y gagne rien.
L’emploi du terme « niche fiscale », terme en général assez stupide (il n'explique rien et masque la réalité de ce qui se passe), est donc totalement absurde dans le cas des dons aux associations.

Dans une page à suivre, je donne des exemples prouvant que ces croyances sont courantes dans la presse française.

A suivre



Création : 4 décembre 2018
Mise à jour :
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 50. Pour ceux qui croivent qu'on diminue ses impôts en faisant des dons
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mardi 6 novembre 2018

49. L'écriture inclusive 2. L'accord de proximité

A propos de l’écriture « inclusive » : l’accord de proximité


Classement :




Ceci est une suite de la page L'écriture inclusive 1. le point médian.

L’accord de proximité
Selon les thuriféraires de l’écriture inclusive, lorsqu’un mot doit être accordé simultanément avec un mot « masculin » et un mot « féminin », l’accord ne doit plus être « masculin » (comme le demande la « règle » actuelle), mais « masculin » ou « féminin » selon le genre du mot le plus proche.
On nous dit que cette règle existait au XVIIème siècle, avant que l’Académie en décide autrement.
Cette règle fonctionne sans problème dans certains cas.
En revanche, cela va moins bien dans d’autres : par exemple, le vers de Racine cité en faveur de l’accord de proximité (Marianne, 17 novembre 2017, page 90): « Armons nous d’un courage et d’une foi nouvelle ». Dans ce cas, en effet, il ne s’agit pas d’un simple problème d’orthographe (qui n’existe qu’à l’écrit), mais d’un problème d’expression (orale ou écrite). Peut-on, à l’oral, actuellement, utiliser indifféremment « nouveau » (« masculin ») ou « nouvelle » (« féminin ») ? Dans ce cas, en effet, la différence entre le « masculin » et le « féminin » n’est pas seulement orthographique, elle est marquée oralement (c’est le cas de beaucoup d’autres adjectifs : « petit », « grand », « fou », etc.). On peut évidemment dire que personne dans un usage courant actuel ne dirait « armons nous d’un courage et d’une foi nouvelle », ni du reste « armons nous d’une foi et d’un courage nouveau » [notons qu’en français actuel, s’il y a plusieurs mots qualifiés, on mettrait l’adjectif au pluriel].
Je vais donc utiliser un exemple plus réaliste, avec les mots « étudiant », « étudiante », « être », « tous », « présent ».

Cas d'école
Avant de commencer une réunion, le doyen doit demander à ses assesseurs :
« Les étudiants et étudiantes sont-XXs touXXs présentXXs ? »
Dira-t-il :
1) « Les étudiants sont-ils tous présents ? » (amalgame général du genre)
2) « Les étudiants et étudiantes sont-ils tous présents ? » (accord usuel)
3) « Les étudiantes et étudiants sont-ils tous présents ? » (accord de proximité et accord usuel)
4) « Les étudiants et étudiantes sont-elles toutes présentes ? » (accord de proximité)
Il me semble que la phrase 4 ne sera pas prononcée spontanément parce qu’elle serait ressentie comme illogique. Est-ce que ce ressenti serait une « construction », le résultat de « décennies, voire de siècles, de propagande en faveur du genre masculin » ? Il faut reconnaître qu’avec ce type de question, on entre dans une zone de réflexion qui se rapproche de la novlangue, créant une insécurité linguistique qui n’est pas souhaitable (mais qui est probablement l'objectif souhaité par les militants (et militantes) inclusivistes).
En revanche, les phrases 1, 2 et 3 sont spontanément acceptables, mais seule la phrase 3 est conforme à la revendication de « l’accord selon la proximité ».
Donc, l’ « accord de proximité » est acceptable à condition qu’il n’entraîne pas d’illogisme sémantique, ce qui suppose une reformulation de l’expression orale : pour conserver la formulation considérée comme normale (adjectif au masculin), on devra mettre le mot masculin en dernière position de la liste.



Création : 6 novembre 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 49. L'écriture inclusive 2. L'accord de proximité
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48. Ecriture inclusive : Daniel Schneidermann et l'accord de genre

Quelques remarques sur le positionnement très « rebelle-attitude » de Daniel Schneidermann à propos de l’écriture inclusive


Classement :




Ceci est une suite de la page L'écriture inclusive 1. le point médian.

Référence
*Daniel Schneidermann, Libération, 27 novembre 2017

Présentation
Dans sa chronique hebdomadaire, Schneidermann évoquait l’émission de télévision de Dominique Taddéi à laquelle il avait été récemment invité, en même temps que deux femmes (apparemment).

Texte
« Ses trois invitées (je pratique pour la circonstance l’accord de majorité) étant grosso modo d’accord sur l’existence d’un problème, à propos de la monstration des rapports homme-femme dans le cinéma, il se faisait l’avocat du diable. »

Commentaire
A mon avis, « l’accord de majorité » est acceptable en ce qui concerne des mots dont le référent n’est pas sexué (« chaise », « fauteuil », « lit », « armoire ») ; ces mots ont un « genre (grammatical) » (dit « masculin » ou « féminin »), mais les référents n’ont ni sexe, ni « genre (personnel) ».
En revanche, quand les référents d’une liste sont sexués, ça colle moins bien (« les verrats et les truies sont très grosses ») ; du reste, dans l’exemple de Schneidermann, il ne s’agit que d’orthographe (à l’oral, il n’y a pas de différence entre « ses trois invités » et « ses trois invitées », mais il n'en irait pas de même s’il s’agissait de « ses trois importantes invitées » ? Daniel Schneidermann accepterait-il volontiers d’être catalogué comme « importante invitée » de Taddéi ? (il se croirait obligée [sic] de dire « oui », mais au fond du fond ?)
A moins évidemment qu’il se présente désormais comme « Daniel.le Schneider.mann.frau » ?
Cela dit, rien n'est simple : si la formule « ses trois importants invités » peut convenir en référence à un homme et deux femmes (nonobstant l’écriture inclusive), il n’en va pas de même avec « ses trois beaux invités » (sans doute du fait que le champ sémantique de « beau » est plus sexué que celui d’ « important »). Le résultat est que, en pratique dans un tel cas, cette formule ne sera pas utilisée, on recourra à une formulation plus longue pour signifier qu’un homme et deux femmes peuvent tous les trois être considérés comme « beau » et « belles ».
Cela montre qu’on ne peut pas absolument tout dire dans une langue en respectant un schéma formel contraignant.



Création : 6 novembre 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 48. Daniel Schneidermann et l'accord de genre
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2018/11/daniel-schneidermann-et-laccord-de-genre.html