mardi 17 septembre 2019

64. L'imbécillité des écologistes 1. Le combat contre le nucléaire

Quelques remarques sur une contradiction majeure de la « pensée » écologiste actuelle et une preuve que les écologistes sont pitoyables


Classement : France ; vie politique ; écologie politique




Pour les écologistes politiques main stream, la gauche qui se veut écologiste et sans doute d’autres catégories soucieuses de l’environnement, une politique écologique se doit de souscrire à deux « combats » : la lutte contre le réchauffement climatique et la sortie du nucléaire.
Je n’ai jamais entendu de journaliste critiquer cette position lorsqu’elle était (assez souvent) émise.
Il devrait pourtant  être évident que ces deux « combats » sont contradictoires : l’énergie nucléaire ne participe pas au réchauffement climatique, elle en est plutôt la victime (manque de ressource en eau froide à certains moments). Donc, si on veut limiter l’utilisation des énergies fossiles, la moindre des choses serait de ne pas vouloir en même temps limiter la production nucléaire.
Mais la « pensée » écologiste ne peut pas admettre qu’il y a un « ennemi principal », le réchauffement climatique, et un « ennemi secondaire », le nucléaire. Ou si cela peut s’admettre, cela ne peut pas être dit (car dire cela ce serait un reniement, une trahison, un effondrement moral). Pourquoi ? Parce que la lutte contre le nucléaire est un signe de ralliement de l’écologie politique depuis environ 45 ans : Creys-Malville ! Plogoff ! Le Carnet ! Le nucléaire, c’est dangereux ! Ça mène à une société totalitaire ! C’est technocratique ! Etc. Etc. C’est en assez grande partie exact, l’énergie nucléaire n’est pas forcément une solution à long terme, mais elle n’est plus, pour quelques décennies, le problème majeur de notre temps.
C’est pitoyable.

A venir
*L’imbécillité des écologistes 2 : Notre-Dame-des-Landes



Création : 17 septembre 2019
Mise à jour :
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 64. L'imbécillité des écologistes 1. Le combat contre le nucléaire
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vendredi 2 août 2019

63. Le journalisme à la française au Machu Picchu

Quelques remarques sur un procédé journalistique habile pour présenter incorrectement les faits


Classement : 




Référence
*Natacha Triou, « Le journal de la culture », France Culture, 1er août 2019, 8 h 30 (lien)

L’auteur
Natacha Triou est journaliste et productrice à France Culture.

Texte
Après avoir indiqué que le site du Machu Picchu est visité par un million de visiteurs (par an) alors que 500 000 sont préconisés, elle ajoute :
« Le gouvernement péruvien prévoit la construction d’un nouvel aéroport international à quelques kilomètres de là. »

Analyse
Remarquable travail d’écriture médiatique : en une ligne et demie, elle réussit à énoncer trois approximations qui sont très proches du mensonge.
Elle s’adresse à des auditeurs qui, pour la plupart, connaissent le Machu Picchu, mais n’ont jamais entendu parler de ce projet d’aéroport (que personnellement, je ne connais que depuis un voyage au Pérou en mai dernier). Ils vont donc être enclins à penser :
1) qu’il existe déjà un aéroport international pas loin du Machu Picchu ;
2) que le « nouvel aéroport international » va être construit à une distance de 5 à 15 km du site (« quelques kilomètres ») ;
3) que ce nouvel aéroport a spécifiquement pour but de desservir le site du Machu Picchu (un peu comme la gare de Chessy-Marne-la-Vallée dessert Disneyland).

Commentaire
Bien sûr, « il n’existe pas de faits objectifs » : néanmoins, je crois nécessaire de préciser (avec l'aide d'une carte du Pérou centrée sur le Machu Picchu et Cuzco) :
1) que le Pérou ne compte actuellement qu’un seul aéroport international, l’aéroport Jorge-Chavez, situé à Lima (à environ 500 km de là, au nord-ouest) ;
2) que le nouvel aéroport doit être construit à une distance à vol d’oiseau d’environ 50 km, beaucoup plus par la route (il faut passer par Urubamba et Ollantaytambo) ;
3) que ce nouvel aéroport doit d’abord desservir la ville de Cuzco, d’autant plus que l’accès au Machu Picchu est on ne peut plus contrôlable et contrôlé (il faut prendre un train à Ollantaytambo, et, arrivé à Aguas Calientes (carte) prendre une des navettes bus autorisées à rouler sur la piste vers le site) ou monter à pied ; de toute façon, il faut avoir un ticket d'entrée pris à l'avance.

Conclusion
Bien entendu, ce projet d’aéroport est critiquable ; néanmoins, il n’appartient pas à une journaliste, fût-elle de France Culture, de fonder sa critique en prenant de telles libertés avec la réalité (tout en prenant garde de ne pas mentir explicitement).



Création : 2 août 2019
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 63. Le journalisme à la française au Machu Picchu
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mercredi 12 juin 2019

62. Qui est Romain Cachou ?

Quelques remarques sur le nom d’origine de Romain Gary et sur l’histoire de la Pologne au XXème siècle


Classement : linguistique ; polonais ; 




Référence
*Guillaume Erner, Les Matins, France Culture, 10 mai 2019

Texte
À l’occasion de la publication d’œuvres de Romain Gary dans la collection « La Pléiade », Guillaume Erner recevait Mireille Sacotte, responsable de cette édition.
Curieusement, à plusieurs reprises (au moins 2), il prononce « Cachou »  le nom d’origine de Gary (Roman Kacew) ; il s’agit d’un nom polonais qui se prononce /katsef/. Mireille Sacotte le lui signale ensuite discrètement en disant « Romain Katsef ».

Commentaires
La prononciation /kashu/ s’explique (mais ne se justifie nullement), en ce qui concerne le « ew/ou » par une influence de l’anglais (to chew, it grew, it flew) ; pour ce qui est du « c/sh », en revanche, je ne vois pas d’explication.
Noter que Guillaume Erner ne semblait pas très au fait des vicissitudes de la ville de Wilno/Vilna/Vilnius, lieu de naissance de Gary : « il est né à Vilnius en Lituanie », « il est passé sous le contrôle de la Russie, avant de revenir à la Pologne après la Première Guerre mondiale » : en 1914, au moment de la naissance de Roman Kacew, Wilno faisait partie de l’Empire russe depuis le troisième partage de la Pologne (1795) ; une forte proportion de la population restait cependant de langue polonaise. Après la Première guerre, la République de Pologne réussit à prendre le contrôle de la ville au détriment de la Russie soviétique et de la Lituanie ; en 1940 Wilno est intégrée à l'URSS, d'abord à la RSS de Biélorussie, puis à la RSS de Lituanie.



Création : 12 juin 2019
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Auteur : Jacques Richard
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Page : 62. Qui est Romain Cachou ?
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61. Quelques arguments antiplatistes

Deux arguments simples et vérifiables à l’encontre de la théorie de la Terre plate


Classement :  épistémologie ; cosmologie




Référence
*Alan Burdick, « "La Terre est plate mais on nous le cache !" », Books, n° 93, décembre 2018, pages 24-30.

Aperçu des théories platistes
L’article part d’un « congrès platiste » qui a eu il y a peu aux États-Unis, et donne à partir de là quelques informations sur les théories platistes.
Les platistes considèrent que la Terre est un disque plat, dont le centre est le Pôle Nord, autour duquel se répartissent continents et océans jusqu’à un mur de glace (l’Antarctique) qui borde le disque ; il n’y a donc pas de Pôle Sud (au-delà du « mur de glace », il y aurait des espaces incroyablement riches, mais dont les puissants veulent se réserver l’usage). Par ailleurs, les platistes sont géocentristes : pour eux, le Soleil tourne autour de la Terre, à une distance de quelques dizaines de kilomètres.
L’auteur de l’article de Books ne défend nullement ces points de vue : il accepte la théorie de la sphéricité de la Terre, mais ne pense pas à fournir d’arguments en faveur de cette théorie (acceptée par les scientifiques et philosophes grecs depuis le 5ème siècle avant J.-C., ce qui ne les empêchait pas d’être presque tous géocentristes).

Arguments anti-platistes élémentaires
Quels argument simples peuvent être opposés aux « platistes », sans recourir ni à l’histoire de l’astronomie, ni à des considérations un peu compliquées (le problème de la course rétrograde de certaines planètes), ni à des preuves (l’exploration spatiale) qu’ils récusent par principe parce qu’ils pensent que tout ce qui concerne l’espace relève d’un vaste « complot » orchestré par la NASA ?
Il me semble qu’il y a deux arguments de ce type en faveur de la sphéricité de la Terre ; laissant de côté la question de la rotation et de la révolution, je considère ici le mouvement diurne apparent du Soleil (déplacement du Soleil d’Est en Ouest).

Argument 1 : Le Soleil « se lève » partout, mais pas en même temps
Si on est réveillé au moment adéquat (et s’il n’y a pas de nuages), de préférence au bord de la mer (là où on voit le mieux « l’horizon »), on peut voir le Soleil « se lever » (apparaître au-dessus de l’horizon) ou « se coucher » (disparaître derrière l’horizon). Cela se produit partout sur la Terre (il y a cependant des cas particuliers, que je verrai plus loin). Les cartes postales stéréotypées de « couchers de soleil » attestent que le phénomène n’est pas l’exclusivité de l’endroit où réside un platiste allergique à tout voyage. 
Or, le lever du Soleil ne se produit pas partout en même temps, ce qu’il est facile de vérifier grâce à une liaison vidéo avec quelqu'un résidant beaucoup plus à l’Ouest (le Soleil se lève là où je suis, alors qu’il fait encore nuit plus à l’Ouest ; quelques heures plus tard, le Soleil se lèvera plus à l’Ouest, tandis que je le verrai plus ou moins haut dans le ciel).
Une seule personne peut elle-même vérifier cela, au prix d’un déplacement : en relevant l’heure au moment du lever du soleil à, par exemple, Long Island (mettons : 7 h 35) ; en se rendant alors en Angleterre, au bord de la Mer du Nord, sans changer l’heure à sa montre, il constaterait le lendemain que le Soleil ne se lève pas à 7 h 35 (+ ou – 2 mn), mais à 2 h 35 (heure qu’il est à ce moment à Long Island, encore plongée dans la nuit). On peut noter que les marins calculent la longitude de cette façon (différence entre l’heure solaire locale et l’heure donnée par une horloge à l’heure du lieu de référence, Greenwich en général) depuis le XVIIIème siècle !
Dans la conception platiste, ce phénomène n’a pas d’explication, étant donné qu’il ne peut même pas se produire : dans cette conception, le Soleil se lève au même moment pour le monde entier (au moment où il apparaît au-dessus du bord Est du disque).
Au contraire, la sphéricité de la Terre permet de comprendre ce phénomène, puisque dans ce cas il n’y a pas de « bord » de la Terre ; un endroit donné de la Terre se trouve à un moment face au Soleil au zénith (il est midi solaire), quelques heures plus tard, le Soleil « se couche » ; quelques heures plus tard, l’endroit se trouve à l’opposé du Soleil (minuit) ; quelques heures plus tard, le Soleil « se lève ». Aux endroits qui ont la même heure solaire correspond un méridien, une même longitude.

Argument 2 : le « Soleil de minuit »
Un phénomène concomitant est inexplicable dans la théorie platiste : le fait que quand on va vers le nord en été (en Scandinavie, voire en Ecosse), on constate en été un allongement considérable de la période du jour, et même, quand on atteint une certaine zone, on peut ne pas voir le Soleil se coucher (ni se lever) pendant plusieurs jours : à midi, le Soleil est assez haut dans le ciel (mais moins qu’en France) ; à minuit, il est bas dans le ciel, mais toujours visible (en l’absence de nuages) : d’où une autre carte postale stéréotypée des régions du nord des pays scandinaves : « le Soleil de minuit » (rassemblant 24 photos du Soleil prises à une heure d’intervalle).
Il est facile de vérifier le fait soi-même en se rendant en Norvège au Cap Nord, où chaque année en été se rendent des milliers de touristes, ou même un peu moins loin (à Narvik par exemple ou aux îles Lofoten).
Comment s’explique ce phénomène ? L’axe de rotation de la Terre n’est pas perpendiculaire au plan de la révolution autour du Soleil ; en juin-juillet, le Pôle Nord est exposé au Soleil (qui est à la proche de la verticale du Tropique Nord), tandis qu’en novembre-décembre, c’est le Pôle Sud (le Soleil est à la verticale du Tropique Sud).
Ce balancement (qui est aussi la cause, dans les pays de climat tempéré, de la variation saisonnière des températures) ne serait pas possible si la Terre était plate.



Création : 12 juin 2019
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Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 61. Quelques arguments antiplatistes
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jeudi 9 mai 2019

60. Les divagations d'une végane débile

Quelques remarques sur la déclaration débile d’une végane ignoble


Classement : véganisme




Référence
*« Attentats dans l'Aude : une enquête pour "apologie du terrorisme" ouverte après qu'une militante végane s'est réjouie de la mort du boucher du Super U »,Site France Info, 28/03/2018, à 17:10 (lien)

L’auteur
Une activiste végane.

Texte
Suite à l’attentat islamiste du 23 mars 2018 à Trèbes (Aude), au cours duquel ont été tuées 4 personnes, dont un employé boucher du Super U, la végane publie sur Facebouc la déclaration suivante : 
"Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? Pas moi, j'ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice."
La végane est mise en cause pour apologie du terrorisme et le texte est retiré ; par la suite, elle tente une justification en écrivant qu’elle croyait s’exprimer sur un réseau végane non ouvert au « public » ; mais l’organisation végane dont elle se réclame lui refuse son soutien.

Analyse et commentaire
Une première raison de l'ineptie de cette déclaration, c’est que les bouchers (personnes travaillant dans une boucherie) ne tuent rien ; les animaux sont tués dans les abattoirs. Si on assimile les bouchers aux employés des abattoirs, c’est toute personne mangeant de la viande qui pourrait être considéré comme un « assassin » !
Mais, même si la « militante » végane s’en était tenue aux employés des abattoirs, son « erreur » serait de confondre une métaphore avec la réalité. On peut bien imaginer que des végans discutant en privé de leurs opinions expriment l’idée follement amusante que « les tueurs des abattoirs sont vraiment des assassins ! ». On pourrait à la limite imaginer une campagne de propagande sur ce thème : « Employés des abattoirs, assassins ! ». Mais on en reste là au stade de la métaphore (de très mauvais goût, mais que peut-on attendre d’autre des végans ?).
Il y a dérapage « réaliste » si on déclare que, puisque ce sont des assassins (on n’est plus dans la métaphore), ils méritent la peine de mort (chose d’autant plus surprenante que la peine de mort a été abolie en France), ou dans le cas de Trèbes, « puisque c’est un assassin, il mérite d’avoir subi la peine de mort » (la « militante » débile persiste et signe en ajoutant « il y a une justice » : elle croit à 100 % à ce qu’elle dit !).
Ce qui est surprenant, c’est qu'elle ne se rende à aucun moment compte qu’elle est ignoble.

Remarque : la métaphore du « boucher »
Le qualification de « boucher » s’applique métaphoriquement à certains tueurs (cela évoque une abondance de sang versé…) ou à des officiers (ceux qui n’hésitent pas à sacrifier beaucoup de soldats pour atteindre leurs objectifs plus ou moins utiles). Personne n’a pour autant l’idée que l’activité du boucher réel serait équivalente à celle d'un tueur « barbare » ou d’un général sans états d'âme.



Création : 9 mai 2019
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 60. Les divagations d'une végane débile
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dimanche 21 avril 2019

59. La CNT et l'orthographe inclusive

Quelques remarques sur une inconséquence idéologique de la Confédération nationale du travail


Classement : écriture inclusive ; gauche pieuse




Cette page est un complément à celles consacrée à l'écriture inclusive, cause chère à la gauche impuissante (pléonasme, sortez des rangs !) : 
*L'écriture inclusive 1. le point médian  
*L'écriture inclusive 2. L'accord de proximité
*Daniel Schneidermann et l'accord de genre.

Référence
*Affiche de la CNT photographiée à Bordeaux le 10 février 2019

L’auteur
La CNT est prétendument une organisation de défense des travailleurs (« un syndicat de lutte des classes qui défend les salariés et les travailleurs »), réellement une organisation ultra-minoritaire d’obédience anarchiste stricte voire dogmatique (lien), dont l’inexistence se manifeste au moins une fois tous les 5 ans !
Ne faisant pas grand-chose, ni pour les salariés, ni pour les travailleurs, la CNT se rattrape en pratiquant l’orthographe inclusive, comme toute organisation de la gauche pieuse.

Texte

Analyse et commentaire
Apparemment, pour la CNT, l’exploité peut être une exploitée, tandis que l’exploiteur est forcément un exploiteur. 
Où est l’égalité des sexes là-dedans ?
À moins tout simplement que le rédacteur (sans doute un « collectif de lutte »), assez pieux pour percevoir que « seul » va avec « seule », était trop con pour percevoir que « exploiteur » appelle « exploiteuse ».



Création : 21 avril 2019
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 59. La CNT et l'orthographe inclusive
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mardi 9 avril 2019

58. Pascal Junghans : pédagogue ou démagogue ?

Quelques remarques, agrémentées d’un sonnet satirique, sur un livre grotesque et nul de « Pascal Junghans » (?)


Classement : système scolaire ; post-bourdieusisme




Référence
*« Pascal Junghans », La Fracture scolaire, Paris, Éditions Syros, collection « École et société », 1997

L’auteur
Voici un texte que j’ai trouvé en 2013 sur le site Cadre dirigeant (lienmais il ne renvoie plus à la notice de l'intéressé)
« Pascal Junghans, 55 ans, est professeur à l’International University of Monaco, chargé de cours à l’Université de Technologie de Troyes et à l’Université de Poitiers. Docteur en sciences de gestion, ses recherches portent sur l'intelligence économique, la criminalité financière, le traitement de l'information et les médias. Il a été auparavant directeur de programme dans une école de commerce, journaliste pendant 26 ans (la Tribune, Capital, Libération ...) et cadre dirigeant dans un important cabinet de courtage d'assurance. Il est l'auteur de huit livres dont le dernier traite des services de renseignement français. »
Rétrospectivement et compte tenu la qualité de l’ouvrage cité, j’ai de la peine à croire que son auteur puisse être la même personne que celle décrite ci-dessus ; pourtant la consultation de plusieurs sources sérieuses tend à prouver que j’ai tort. Certaines de ces sources indiquent que « Pascal Junghans » serait né en 1958 (le 9 novembre !).
*Cairn (lien)
*BnF (lien)
*SUDOC (lien)
*Linkedlin (lien)

L’ouvrage
C’est un ensemble mal écrit, mal construit, mal pensé (on pourrait synthétiser par la formule « nul à chier »), dans lequel on trouve une dose d’antiélitisme passant les bornes du supportable, assorti de formulations absurdes dans leur excès.
Le livre de Junghans est un exemple, relativement ancien, de ce qu'on pourrait appeler « bourdieusisme pathologique », qui imprègne largement le discours médiatique actuel, sans atteindre les mêmes excès.

Sonnet satirique
Hommage à « Pascal Junghans » pour son amour de l’éducation

D'abord, « Junghans », apprends ce qu'est une litote,
Toi pour qui c'est bien peu que Descente aux enfers,
Catastrophe, Train fou, visions d'âge de fer,
D'apocalypses relookées à Gravelotte.

Ne confonds pas fusillade et mauvaise note,
Le baccalauréat n'est pas la der des ders ;
D’abus métaphoriques ne sois pas si fier,
Ne te satisfais pas de tes formules sottes.

Ta sociologie, pavée de grands sentiments,
Conduit au cimetière des raisonnements,
Où, joyeux chantre de l’harmonie patronale,

Avec des arguments aussi tordus qu'une S,
Tu ne cherches qu'à déconsidérer le SNES
Et diaboliser l'Éducation nationale.

Annexe
Quelques citations de l'ouvrage de « Pascal Junghans », classées par thèmes
Le livre de « Pascal Junghans, docteur en sciences de la gestion », c'est : 

Un style immonde
Page 24 : « …cette tendance a tendance à se poursuivre, voire à s’amplifier »
Page 30 : « les réponses pédagogiques [à ce problème] sont infiniment multiples. »
Page 63 : « la démocratisation de l’école tant chantée sur toutes les estrades de France et de Navarre n’est qu’un véritable leurre »
Page 76 : « gangrenées par des idées subversives, voire de gauche ! »
Page 219 : « une demi-dizaine d'années plus tard »
Page 247 : « … développer la possibilité de pouvoir entamer des études »

Des formules choc
Page 27 : « … catastrophe »
Page 42 : «… Moloch qui broie des milliers de jeunes »
Page 84 : «… l’enseignement technique entame sa lente descente aux enfers »
Page 64 : « le niveau des enfant d’ouvriers monte mais beaucoup moins vite que celui de la moyenne des autres élèves, montre une étude – une véritable bombe –, réalisée par l’[INSERM] »
Page 81 : «… fonce à tombeau ouvert vers le précipice » (quoi ? Allez-y voir !)
Page 107 : «… le ministre Chevènement, véritable Gribouille, lance l’école, tel un train fou, sur des rails débouchant sur un précipice »

Une métaphore chiadée
Page 83 : « Les « nouveaux collégiens » arrivent dans le secondaire comme les poilus de 1917 sortaient des tranchées : en se disant que sinon ils seraient fusillés par les leurs, tout en étant persuadés que beaucoup d’entre eux resteraient au tapis.
Ceux des « nouveaux collégiens » qui survivent au massacre sont récompensés de […] leur énergie en monnaie de singe. »
« Monnaie de singe » : pas mal vu, non ?

Des prétentions à la littérature
Page 131 : « Lorsque Claude Gros – un homme au mince collier de barbe sans lequel un fonctionnaire de l’Éducation nationale ne serait pas tout à fait complet – arrive comme proviseur, il y a quatre ans, il découvre un établissement qui dérive comme un bateau ivre. »
Page 171 : « Chaque année c’est le même pensum : de vieux directeurs d’administration centrale quittent la Rue de Grenelle et, dans de poussifs véhicules, se dirigent vers le ministère des Finances comme en d’autres temps on allait à Canossa. Dans l’immense immeuble du plus pur style stalinien, construit par l’architecte Chemetov, un jeune chef de bureau soupire. Ce jour, il reçoit le vrai, le seul ministère dépensier, celui de l’Éducation nationale, de loin le premier budget de la nation. [Suivent des chiffres – catastrophiques, évidemment - sur le budget de l’EN]… Le jeune chef de bureau piaffe d’impatience à l’idée de tailler à pleine calculette dans la grosse chair molle de ces masses financières qu’il soupçonne d’être largement improductives. »

Des remarques pertinentes sur François Bayrou et Jean-Pierre Chevènement
Page 54 : « cet agrégé de Lettres, père d'une polytechnicienne. » (cela doit être su !)
Page 139 : « le ministre Bayrou est doté d’une ambition féroce …. »
Page 107 : «… le ministre Chevènement, véritable Gribouille …. »

De l'amour pour les livres
Page 52 : « Quelles solutions préconise alors Bentolila pour réduire l’illettrisme ? D’abord, évidemment, mettre en garde contre la télévision, diatribe convenue, car « la grande masse de la production télévisuelle impose un mode de relation au sens qui est en contradiction formelle avec celui qu’implique la lecture » [citation de Bentolila, 1996, page non indiquée]. Il faudrait donc interdire la télévision aux enfants. En voilà une suggestion parfaitement opératoire ! »
« Pascal écrit » : « Mettre en garde », « Junghans » comprend « Interdire » ! Bravo, « Junghans » ! Recommence !
Page 67 : « …les livres qui encombrent les bibliothèques parentales » (des privilégiés, les riches et les professeurs)

Un peu de prof-bashing
Page 130 : « Mais les consommateurs d’école les plus avertis, c’est-à-dire les professeurs, ne se contentent pas de la stratégie triviale qui consiste à choisir un lycée. Après tout, un excellent établissement peut être encore sectorisé. Quel dommage de ne pouvoir y accéder ! Alors choisissons le collège qui mène à ce lycée. Mieux, attaquons-nous à l’école primaire. Et pourquoi pas à l’école maternelle ! Environ 59,9 % des professeurs bravent les impératifs de la carte scolaire et choisissent la maternelle où leur rejeton fera ses premières expériences de vie collective. On choisit la meilleure maternelle qui conduit à la meilleure primaire, puis au meilleur collège et enfin au meilleur lycée… Peu à peu se constituent des filières d’élite. Et aussi, par voie de conséquence, des filières poubelles. »
Il n’est pas à la portée de tout le monde de saisir un concept aussi pertinent que « environ 59,9 % ».
À mon avis, il est peu probable que l’Éducation nationale puisse fournir des statistiques aussi fines sur un phénomène qui existe principalement dans les fantasmes des « spécialistes de l’enseignement ».

Conclusion
Ben, oui, quoi, mais y’a quand même du vrai, alors !



Création : 9 avril 2019
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 58. Pascal Junghans : pédagogue ou démagogue ?
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