vendredi 23 octobre 2020

99. Le SNES et l'islamisme musulman

Quelques remarques sur les errances de la pensée de gauche et les sophismes qui leur sont associés


Classement : L'Europe entre l'islam et la modernité ; la gauche française entre islam et soumission




Références
*Laure Daussy, « Liberté d’expression », Charlie Hebdo n° 1474, 21 octobre 2020, page 4, citation de Sophie Vénétitay
* « Jean-Michel Blanquer lance le Grenelle de l’enseignement », France Info, mercredi 22 octobre 2020, 15 h 21, entretien avec Frédérique Rolet
 
Les auteurs
*Sophie Vénétitay : professeur de SES, actuellement secrétaire générale adjointe du SNES-FSU (Syndicat national de l'enseignement secondaire Fédération syndicale unifiée)
*Frédérique Rolet : professeur de Lettres, actuellement secrétaire générale du SNES-FSU
 
Contexte politique 
A la date du 23 octobre 2020, le contexte est le suivant :
*le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cashe et quelques autres personnes, est en cours ;
*il y a quelques semaines, un nouvel attentat a eu lieu contre Charlie Hebdo, mais l’agresseur s’étant présenté à une adresse obsolète, s’est attaqué à des deux personnes « totalement innocentes »  ;
*il y a quelque temps, Emmanuel Macron a prononcé un discours ciblant très explicitement le terrorisme islamiste, dénoncé (de façon pas nécessairement approprié) pour « séparatisme ».
*il y a une semaine (16 octobre), a eu lieu un attentat contre un professeur d’histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Paty (1973-2020), qui a été assassiné et décapité par un adolescent tchétchène réfugié en France, suite à des vidéos délatrices mensongères postées par un parent d’élève hystérique et islamiste, assisté d’une crapule islamiste, Abdelhakim Sifrioui, opérant principalement à la mosquée de Pantin ; [ces deux salopards ont été incarcérés en préventive en attendant leur condamnation].
 
Textes
Texte 1 : Sophie Vénétitay (citée par Charlie Hebdo)
« L’école n’est pas imperméable à ce qui ce se passe dans la société. Ce qui se passe, c’est la conséquence des inégalités. C’est sur ça qu’il faut agir, plutôt que des instrumentalisations, comme parler de séparatisme. »
 
Texte 2 : Frédérique Rolet 
Interrogée par France Info sur la question de l’islamisme et des accusations portées contre certains « hommes de gauche », notamment à la France insoumise, d’être trop liés à l’islamisme (« islamo-gauchisme »), elle fait une réponse tout à fait curieuse, que je retranscris en partie de mémoire, ne disposant plus de l’accès au replay (je mets en gras ce dont je suis sûr).
 « Attention, ce sont des questions complexes. L’islamisme, il ne s’agit pas seulement d’imposer une volonté politique dans l’espace de la France républicaine ; l’islamisme, c’est pas forcément ça, c’est aussi toute une civilisation, toute une culture. »
 
Analyse et commentaires
Texte 1 : Sophie Vénétitay
A-t-elle vraiment dit « c’est sur ça que » au lieu de « c’est là-dessus que » ? Je mets ce point de côté, car la « pensée » de cette probable « femme de gauche » est assez inquiétante, mais un usage aussi lamentable de la langue française n’étonnerait pas de la part de quelqu'un qui raisonne comme un tambour crevé.
« Ce qui se passe », sauf erreur, c’est qu’un professeur a été exécuté par décapitation pratiquement dans l’exercice de son métier.
Est-ce vraiment une « conséquence des inégalités » ?
Cochez les réponses correctes (il y en a peut-être, pour une part) :
Des élèves ne réussissent pas à l’école ? Les inégalités !
Des élèves mettent le bazar dans les cours ? Les inégalités !
Des élèves sont insolents envers leurs professeurs ? Les inégalités !
Des élèves rayent les voitures des professeurs, voire crèvent les pneus ? Les inégalités.
Un jeune homme manifestement islamiste décapite un professeur qu’il ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam, mais dont il sait parfaitement qu'il a gravement péché contre l'islam ? Les inégalités !
On vérifie ainsi la profondeur de la pensée de cette sous-cheffe du SNES.
Bien sûr, Mme Vénétitay en conclut qu’il ne faut surtout pas évoquer l’islamisme dans sa version terroriste, et condamne (de façon un peu allusive) le discours de Macron sur le sujet du « séparatisme ». 
Bravo, Sophie, bravo le SNES !
 
Texte 2 : Frédérique Rolet 
Mme Rolet, voulant expliquer ce qu’elle présente comme « complexe » (sous-entendu : tout ça c’est n’importe quoi, c’est de la simplification à outrance, moi je vais tout vous expliquer), commence, bizarrement, par « amalgamer » trois choses qui sont certes liées, mais qu’on doit faire l’effort de différencier : l’islamisme (un ensemble de mouvements politiques remontant au XXème siècle, dont les doctrines reposent sur l’utilisation politique de données interprétées dans un sens autoritaire, voire totalitaire, trouvées dans les corpus textuels musulmans tels qu'ils ont été manipulés par diverses autorités compétentes - ou pas), l’islam (la religion musulmane, ensemble de pratiques et de croyances) et la civilisation arabo-musulmane (monuments, ouvrages non religieux, œuvres d'art), estimant sans doute que le confusionnisme le plus débridé est un excellent moyen pédagogique (il faut reconnaître qu’entre les deux premiers éléments, la limite est floue, ce dont profitent les islamistes, qui prétendent qu’elle n’existe pas).
Dans ces conditions, si on suit la pensée de Mme Rolet, professeur de Lettres, on peut conclure que :
La mosquée de Cordoue, c’est l’œuvre des islamistes !
L’Alhambra de Grenade, c’est l’œuvre des islamistes !
La décapitation de Samuel Paty, c’est la pointe (acérée) de la civilisation arabo-musulmane !
Et elle en tire la conclusion implicite qu'il faut être très prudent sur des sujets aussi graves, et surtout ne pas parler de séparatisme ni de terrorisme islamiste.
Bravo, Frédérique ! Bravo, le SNES !
 
Il apparait clairement à travers les déclarations de ces deux irresponsables syndicales que la « gauche » a pour une large part effectué un virage inepte : autrefois, la gauche, c’était l’alliance des partis ouvriers et républicains pour la défense de la République (notamment à partir de l’affaire Dreyfus), puis pour le progrès social (Front populaire, Libération….).
Maintenant, la « gauche », c’est l’alliance des avatars vermoulus des partis « ouvriers » et de leurs satellites (la Ligue des Droits de l’Homme, l’UNEF, Libération, Mediapart, etc.), auxquels on peut « amalgamer » EELV, au moins canal Canfin, avec les islamistes « modérés » (cf. le duo comique « Plenel et Ramadan ») pour la défense inconditionnelle de la religion musulmane et de la présomption d’innocence de Frère Tariq, sous couvert de la « protection des musulmans », chose tout à fait nécessaire, mais qui revient aux autorités et doit être menée par elles sur le plan pratique, et non pas par des groupuscules anciennement révolutionnaires ou progressistes sur le plan idéologique, avec de considérables effets obscurantistes et démoralisateurs.
Remarque :l'expression « islamisme musulman » est évidemment absurde, elle fait écho à l'absurdité de l'énoncé de Mme Rolet.



Création : 23 octobre 2020
Mise à jour :
Révision : 7 novembre 2020
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 99. Le SNES et l'islamisme musulman
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2020/10/le-snes-et-lislamisme-musulman.html








vendredi 25 septembre 2020

98. Les journaleux et les bons sauvages

Quelques remarques sur l’ineptie de la gent journaleuse française


Classement :



En parlant de « l’ensauvagement de la France », Gérald Darmanin évoquait des cas de violences particulièrement cruelles commises récemment.

Du fait qu’il a utilisé ce mot, grâce à la perspicacité toujours en éveil de la gent journaleuse, le débat n’a plus porté que sur le droit d’employer le mot « ensauvagement », qui évoque les « sauvages » et est donc « stigmatisant ».

Mme Taubira a émis l’opinion que le ministre avait mobilisé un « imaginaire colonial ». Je pense qu’elle s’est plantée, car le mot « sauvage », pour ce qui me concerne et je pense pour beaucoup de Français, évoque d'abord les Amérindiens d’Amérique du Nord, les « Indiens » (opposés aux « cowboys »), les « Peaux-Rouges », dont chacun sait qu’ils sont « criards » et que leurs ennemis, de pacifiques bateliers, ils les ont sans aucune raison valable « pris pour cible, les ayant cloués nus aux poteaux de couleur » (Rimbaud, Le Bateau ivre). Il s’agit donc plutôt d’un imaginaire américain, à la rigueur d’un imaginaire « colonial » américain (états-unien). Bien entendu, je sais très bien que les « Indiens » n’étaient pas ontologiquement des « sauvages » ; d’ailleurs certains pensaient qu’il existait des « bons sauvages », voire que tous les « sauvages » étaient bons, ce qui est tout aussi absurde que de penser que les tous les « sauvages » étaient sauvages.

Gérald Darmanin aurait aussi pu parler de « barbarisation de la France » ; d’ailleurs, des individus issus de groupes stigmatisés n’ont-ils pas revendiqué, naguère, la gloire de former le « gang des barbares » ? Il aurait aussi pu parler de « brutalisation » (plus neutre, avec un petit cachet d’avant-garde de la recherche historique).

C’est curieux, mais si un ministre avait parlé en 2015 de « sauvagerie » à propos des attentats de janvier, est-ce que la gent journaleuse serait partie sur le sentier de la guerre pour condamner l’emploi de ce mot à propos des frères Sheriff et Sida K et de leur acolyte Merdi C ? On peut le craindre.




Création : 25 septembre 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 98. Les journaleux et les bons sauvages
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dimanche 26 juillet 2020

97. La grammaire française dans la chanson

Quelques exemples grammaticaux pris dans des chansons connues, anciennes ou récentes


Classement : grammaire ; grammaire française




Le but de cette page est d’utiliser un corpus de textes courants, indépendants de tout projet grammatical, pour trouver des exemples sur certains points de grammaire française.

Sommaire
L’opposition imparfait-passé simple
Le futur
Le subjonctif présent
1) Utilisé après le verbe « falloir »
2) Autres emplois
Le subjonctif imparfait
Malgré que...

Index des chansons citées
Cécile (Claude Nougaro)
Comme de bien entendu (Jean Boyer)
Dans les prisons de Nantes (répertoire populaire)
Supplique pour être enterré à la plage de Sète (Georges Brassens)
Le Tambour miniature (Ah il fallait pas qu’il y aille) (répertoire militaire)
Faut vivre (Mouloudji)

L’OPPOSITION IMPARFAIT-PASSÉ SIMPLE
*Comme de bien entendu (Jean Boyer)
« Elle était jeune et belle, comme de bien entendu,
Il eut le béguin pour elle, comme de bien entendu,
Elle était demoiselle, comme de bien entendu,
Il s’arrangea pour qu’elle ne le soit plus, comme de bien entendu. »
Ce couplet vient de la chanson du film de Jean Boyer Circonstances atténuantes (1939), avec Michel Simon et Arletty.

*Cécile (Claude Nougaro)
« Elle voulait un enfant,
Moi je n’en voulais pas,
Mais il lui fut pourtant facile,
Avec ses arguments,
De te faire un papa,
Cécile,
Ma fille. »

Ces exemples montrent que l’opposition imparfait (situation)/passé simple (action) est claire pour les auteurs de ces chansons, et on peut le supposer, comprise par leur public (populaire). Il n’y a donc pas lieu de dire que « le passé simple est un temps désuet » ; il est vrai que personne ne l’utilise dans l’expression orale courante, mais il est très bien compris dans des textes qui n’ont rien d’ « élitiste ».

*Dans les prisons de Nantes : un cas particulier
« Dans les prisons de Nantes
Y avait un prisonnier.
Personne ne le vint "vouère"
Que la fille du geôlier.
Un jour il lui demande :
Et que dit-on de "moué" ? »

Ici, on a bien une opposition imparfait-passé simple, mais assez curieuse : il serait plus logique de trouver « personne ne venait le voir », puis « un jour il lui demanda » ;  mais le texte délaisse le passé simple au profit du présent (narratif) et utilise le passé simple de façon paradoxale, ce qui est peut-être lié à la relative ancienneté de cette chanson.

LE FUTUR (prononciation en -é de la première personne)
*Dans les prisons de Nantes
« Je chante pour les belles
Surtout celle du geôlier
Si je reviens à Nantes
Oui je l'épouserai
Dans les prisons de Nantes
Y avait un prisonnier »
L’intérêt de ce texte est d’indiquer une prononciation du futur 1ère personne en –é, puisque « épouserai » rime avec « prisonnier », « geôlier » (et bien d’autres mots en –é), alors que la tendance (actuellement dans la région de Nantes) est de prononcer le futur 1ère personne en –è (proche du conditionnel présent 1ère personne)

LE SUBJONCTIF PRÉSENT
1) Après « falloir »
*Le tambour miniature
 « Ah, i fallait pas, il fallait pas qu’il y aille,
Ah, il fallait pas, il fallait pas y aller. »
Ce refrain vient d’une chanson militaire du XIX° siècle (chant des troupes de marine) (lien 1) (lien 2).

*Dans les prisons de Nantes (version des Tri Yann)
« On dit de vous en ville
Que pendu vous serez.
Mais s'il faut qu'on me pende,
Déliez-moi les pieds. »

*Autre version
« Le bruit court par la ville
Que demain vous mourrez
Puisqu'il faut que je meure
Déliez-moi les pieds. »

2) Autres emplois
a) Après « pour que »
*Comme de bien entendu (Jean Boyer)
« Elle était demoiselle, comme de bien entendu,
Il s’arrangea pour qu’elle ne le soit plus, comme de bien entendu. »
L’auteur ne fait malheureusement pas la concordance des temps (« Il s’arrangea pour qu’elle ne le fût plus »), qui a dû paraître trop formaliste.

LE SUBJONCTIF IMPARFAIT
*Supplique pour être enterré à la plage de Sète (Georges Brassens)
« Note ce qu'il faudrait qu'il advînt de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord
Que sur un seul point : la rupture. »
Brassens fait une concordance des temps et modes entre le conditionnel présent et le subjonctif imparfait, qui est peut-être discutable, peut-être liée à la prosodie de l'alexandrin (la concordance correcte serait  : « il faudrait qu'il vienne » ; « il faudrait qu'il vînt » serait correct si précédé de « il aurait fallu »).
Une version trouvée sur Internet donne : « Note ce qu’il faudra qu’il advint de mon corps » (lien), mais elle ne tient pas debout du point de vue grammatical (> ce qu’il faudra qu’il advienne). Une autre version (Facebook INA, lien) donne : « Note ce qu’il faudrait qu’il advint de mon corps », où le subjonctif imparfait est remplacé par un passé simple (sans doute par négligence orthographique)
Ces confusions montrent que le subjonctif imparfait est probablement le temps le moins familier, le moins bien reconnu.

MALGRE QUE
*Faut vivre (Mouloudji)
La chanson Faut vivre fait un usage systématique de « malgré que » au lieu de « bien que », bien que cette dernière formulation soit employée à l'occasion.



Création : 26 juillet 2020
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 97. La grammaire française dans la chanson
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dimanche 12 juillet 2020

96. Du relativisme en général

Quelques remarques ironiques sur le relativisme en général


Classement : épistémologie ; relativisme 




Le paradoxe du Crétois
« Un Crétois dit : Tous les Crétois sont des menteurs ». En fait cet énoncé n’est pas vraiment paradoxal car, en français, « être un menteur » ne signifie pas « mentir tout le temps », mais « mentir quand ça nous arrange ».
L’énoncé paradoxal serait : « Un Crétois dit : Les Crétois ne disent jamais la vérité. ». Cette construction est correcte grammaticalement, mais elle n’est pas valide sur le plan logique, puisque si un Crétois dit que les Crétois ne disent jamais la vérité, c’est qu’en réalité, les Crétois disent toujours la vérité. Et s’ils disent toujours la vérité, l’affirmation « Les Crétois ne disent jamais la vérité » est vraie… (ad libitum). Évidemment, on peut aussi dire que le contraire de « Ils ne disent jamais la vérité » est : « Ils disent parfois la vérité, et parfois non », de sorte que la phrase ne constituerait pas du tout un paradoxe.

Le relativisme 
On peut rapprocher ce paradoxe de l’attitude des personnes (Bruno Latour, par exemple, à une époque…) qui disent : « Je suis relativiste, selon moi la "vérité" n’existe pas ». Il est clair que l’énoncé « selon moi, la vérité n’existe pas » n’a aucune valeur logique : en tant que « relativiste », je ne peux accorder de « valeur de vérité » à aucun énoncé, et notamment à l’énoncé : « selon moi, la vérité n’existe pas ». Donc, il faut admettre qu’en réalité, « la vérité existe peut-être », et si elle existe « peut-être », elle « existe » tout simplement.

Notons qu’aucun relativiste fonctionnaire de l’État (« prof de fac », chercheur au CNRS, etc.) n’a jamais considéré comme faux ou douteux l’énoncé : « Le 28 (ou le 29) de ce mois, mon traitement tombera sur mon compte en banque », alors que certains d'entre eux ont la « certitude »  que « Toute "théorie scientifique" est déterminée socialement de part en part ».



Création : 12 juillet 2020
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 96. Du relativisme en général
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samedi 13 juin 2020

95. Les sommités intellectuelles : Daniel Cohen et le baccalauréat 1968

Quelques remarques sur une sottise proférée par une sommité intellectuelle de notre temps


Classement : histoire ; France ; mai 1968




Référence
*Daniel Cohen, « L’assurance-chômage est-elle un parachute anti-crise ? », Les Matins de France Culture, 10 juin 2020 (20ème minute de la réécoute) (lien)

L’auteur
Daniel Cohen, né en 1953, ancien élève de l’ENS (Ulm), est agrégé de mathématiques, est docteur en Sciences économiques et, entre autres, professeur à l’ENS (Ulm).

Présentation
L’émission, entretien entre Guillaume Erner et Daniel Cohen, portait sur la situation économique actuelle (récession due à la pandémie) ; au bout d'un moment est évoquée la question de ce qui va arriver aux jeunes qui sur le point d'entrer sur le marché du travail après l'été. Daniel Cohen propose de « leur donner une année de formation de plus » et ajoute (citation abrégée par rapport au verbatim) : 

Texte
«  Je pense à un précédent, en 1968, l’économie s’était effondrée, on a fait quelque chose, on a donné le bac à tout le monde, sans doute parce qu’on a peut-être eu peur que les jurys se fasse enflammer s’ils refusaient quelqu'un. Or mon ami Eric Maurin a fait une étude sur le devenir de ces bacheliers qui n'auraient jamais dû avoir le bac », ils ont très bien réussi, ça leur a été très profitable, etc. etc.. 
Et Guillaume Erner de conclure : « Peut-être que le bac ne sert à rien ! ».

Analyse et commentaire
[Il s’agit pour l’essentiel d’un message adressé à la rédaction des Matins de France Culture]

Ces assertions sont surprenantes de la part d’un économiste professeur à l’ENS, car il s’agit tout simplement de contre-vérités.
Le baccalauréat 1968, passé sous forme exclusivement orale, en une journée (fin juin et début juillet, dans mon cas le 1° juillet), a eu un taux de réussite de 81 %, alors qu’en 1967, on avait eu 60 % et qu’en 1969, on aura 66 % (chiffres relevés sur France Info, lien). Il est donc certain que le baccalauréat 1968 a été donné à une proportion relativement élevée de candidats (pour l'époque, car à l'heure actuelle, le taux de 80 % est courant) :.un écart (en plus) par rapport à 1967 d'environ 20 points sur 60 (+ 33 %).

Mais peut-on dire pour autant qu’il a « été donné à tout le monde » ? À mon avis non.
Si le taux de réussite avait été de 99 %, à la rigueur de 95 %, on pourrait le dire. Mais le taux a été de 81 % ; il y a eu 19 % de recalés, un candidat sur cinq environ.
Daniel Cohen reprend en fait un lieu commun, un propos ironique de réunions familiales, une sorte de métaphore (« donné à tout le monde » pour « donné à plus de monde que d’habitude »), mais qui ne correspond pas à la réalité statistique. 

Quant à l’assertion suivante, elle est encore plus surprenante : « les jurys ont eu peur de se faire enflammer s’ils refusaient quelqu'un  »
C’est une pure absurdité, puisque les jurys ont refusé un candidat sur cinq, et que cela n’a généré aucun problème. Au moment où le bac 68 a eu lieu (fin juin-début juillet, en ce qui me concerne le lundi 1er juillet), le temps n’était plus aux barricades. L’idée qu’un élève refusé aurait pu exercer des voies de fait sur le jury est une projection de la situation qui prévalait en mai dans des secteurs localisés de la population étudiante et lycéenne. À partir du moment où on acceptait de passer l’épreuve, on se soumettait au résultat. Probablement que les « gauchistes » ont considéré cela comme une « trahison », mais la plupart de ces « purs » ont su trouver par la suite le chemin des « accommodements raisonnables avec le capitalisme ».

Conclusion
Être une sommité intellectuelle n’empêche pas de dire des âneries quand on veut briller à peu de frais dans le monde médiatique.

Remarque sur l'étude d'Eric Maurin
On trouve trace de cette étude dans certains articles de presse (Le Monde, Libération), qui défendent l'idée que non, le bac 68 n'a pas été bradé. Mais pour le démontrer, ils ne s'appuient pas sur les données statistiques (19 % de recalés), mais sur le fait que les reçus « ont très bien réussi, comme le montre l'étude de... ». 
Pour ma part, je trouve que ce genre d'études très orientées idéologiquement (l'idée, en gros : le laxisme, c'est super) est a priori sujet à caution. 



Création : 13 juin 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 95. Les sommités intellectuelles : Daniel Cohen et le baccalauréat 1968
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2020/06/daniel-cohen-et-le-baccalaureat-1968.html







mardi 26 mai 2020

94. Les journaleux 2. Amaia Cazenave et France Inter

Quelques remarques à propos d'un papier d’Amaia Cazenave sur France Inter


Classement : 



Références
*Amaia Cazenave, « Le déconfinement à Anglet », dans le Journal de 13 h, France Inter, samedi 23 mai 2020 (11ème minute du journal) (réécoutable pour le moment, lien)
*« "On sait qu'on prend des risques" : à Anglet, certains habitants bravent les interdictions pour faire un peu d'activité », sur le site de France Info (lien)

L’auteur
Amaia Cazenave est « journaliste sport » à Radio France (ntice sur le site de France Inter, lien), ancienne élève de l’ École de Journalisme et de Communication d'Aix-Marseille (promotion 2008-2010), à Radio France depuis août 2010, a travaillé simultanément pour L’Équipe, puis Le Parisien, puis Infosport, puis Eurosport-FR, (page Linkedin, lien)

Texte
Je reproduis ci-dessous le verbatim du sujet sur Anglet le samedi 23 mai 2020. J’ai mis en majuscule la déclaration gratinée proférée par une certaine « Nina » :
« Présentateur (Yves Decaens), [suite à un sujet sur le vaccin contre le coronavirus en cours d’activité]
« En attendant le vaccin, le respect des règles de sécurité sanitaires continue de s’imposer à tous, même s’il fait beau, que les activités de plein air sont autorisées,  mais  de façon individuelle et en gardant les distances, ce que ne permettent pas, rappelons-le, les sports collectifs.
Pourtant, en ce pont de l’Ascension, beaucoup ont cédé à la tentation et bravé les interdictions, comme ici à Anglet, sur la côte basque. Amaia Cazenave »
Amaia Cazenave
« Sur l’esplanade de la Barre, les barrières qui entouraient le City-Stade n’ont pas résisté bien longtemps à la fin du confinement. Le petit terrain en synthétique désormais accessible est pris d’assaut, notamment par Thomas et ses amis.
Thomas
« Je ne suis pas sorti une seule fois en 2 mois. Ça fait du bien de prendre l’air un peu… Je trouve ça  plus logique que de faire, je ne sais pas moi, un repas ou un apéro entre amis, enfermés dans un appartement. Ça je ne l’ai pas fait, mais je préfère venir faire un foot en plein air »
Amaia Cazenave
« À quelques mètres, une aire de musculation. L’accès y est interdit, mais là aussi les barrières de protection ont été déplacées. Jean Lou s’y entraîne tous les soirs.
Jean-Lou
« On a des masques, on a du gel pour les mains, etc… Après, on sait que, ouais , on sait qu’on fait quand même une connerie. »
Amaia Cazenave
« Nina, son épouse et son fils n’ont pas l’impression de prendre de risques, bien au contraire ! »
NINA
« CORONA ? QUEL CORONA ? AH, AH, AH, AH » [rire]. ON N’A PAS DU TOUT RESPECTÉ LE CONFINEMENT, ON A ÉTÉ DEHORS TOUS LES JOURS. ON A CONTINUÉ À VIVRE COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT. MON SYSTÈME IMMUNITAIRE NE S’EST JAMAIS AUSSI BIEN PORTÉ » [le mot « jamais » prononcé avec insistance]
Amaia Cazenave
« Un petit frisson parcourt tout de même ces sportifs quand une voiture de police s’approche puis, finalement, repart sans réprimande ni contravention.
« Ils sont … compréhensifs  » nous dit un des jeunes pratiquants.
Yves Decaens
« En rappelant que les mesures de protection, c’est aussi pour les autres »

Analyse et commentaire
1) en ce qui concerne la dame « Nina »
Tour d’abord, cela vaut la peine de réécouter ce journal, afin notamment d’entendre le rire dont « Nina » a eu l’impudence d’accompagner sa proclamation de « braveuse d’interdits » (Ricanement ? Rire gras ? Un doute subsiste).
Si on se reporte à la page France Info, on constate qu’elle se prévaut d’une  « désobéissance civile » autoproclamée, mais c’est un bien grand mot pour l’imbécile qu’elle est.
Non seulement elle fait dans le négationnisme de l’épidémie, mais elle crache à la gueule de tous ceux qui ont eu la maladie, y compris ceux qui en sont morts. Mais « tout cela est très exagéré », bien sûr.
Notons l’affirmation selon laquelle « on a été dehors tous les jours. on a continué à vivre comme si de rien n’était » (elle parle manifestement de la période de grand confinement) ; en l’occurrence, durant cette période, il était tout à fait possible de rester dehors tout le temps : il suffisait de se faire des attestations successives valables d’heure en heure ; si on était contrôlé, on pouvait présenter la « bonne » attestation ; encore fallait-il ne pas se tromper, et je doute qu’une « Nina » ait été capable de ne pas se tromper. En revanche, elle est certainement assez con pour avoir été capable de faire des attestations multiples ! Mais je pense tout de même qu’il ne s’agit que des rodomontades d’une bonne femme qui profite de la présence d’un journaleux pour acquérir ses 5 minutes de gloriole. Je l’imagine très bien, ayant enregistré le sujet, et le diffusant devant ses « potes » et « potesses », ébaubis et jaloux : « Putain, Nina, c'est envoyé, ça ! Ah, ah, ah, ah ! » [Rires gras]
Cela dit, le problème n’est pas la psyché malade d’une prétendue « mère de famille », c’est le fait que cette déclaration ait été diffusée sur une chaîne de service public, et non pas sur une chaîne de désinformation (style Russia Today, voire pire).

2) en ce qui concerne Amaia Cazenave
J’aime beaucoup le ton « pédagogique », un peu mielleux, vis-à-vis de l’auditeur (assez caractéristique de France Inter et de Radio France en général) qu’utilise Mme Cazenave dans son sujet.
Mais comment n’a-t-elle pas perçu le caractère débile et scandaleux de la déclaration de la dame « Nina » ?
Notons que celle-ci contredit son mari, qui exprime des réserves sur ce qu’il fait (Est-il sincère ? Peu importe). Nina non ! Elle y va franco : « On n’a pas du tout respecté le confinement » Apparemment, elle aurait ajouté « on n’en avait rien à cirer », mais ce n’est tout de même pas passé sur l’antenne !
Donc Mme Cazenave avait tous les moyens de laisser de côté cette déclaration, elle ne peut pas arguer du « respect de la liberté d’expression », puisqu’elle a « censuré » d’autres parties des déclarations des « braveurs d’interdits ». Et non seulement elle l'a passé, mais elle n’a émis aucune réserve sur cette déclaration, au moins pour marquer une distance. Elle ne peut donc pas arguer du « souci pédagogique », l’idée « voyez ce qu’il ne faut pas penser ou dire » (« souci » qui de toute façon ne serait pas un bon argument)
Elle a donc laissé passer quelque chose qui est une insulte pour des gens que par ailleurs à 20 h, Fabienne Sintes prend soin de « faire applaudir » en direct sur l’antenne, à la fin de l’émission « Le téléphone sonne ».
C’est pourquoi je pense que Mme Amaia Cazenave appartient bien à l’ignoble con frérie des journaleux.

3) en ce qui concerne France Inter
J’ai l’impression qu’Yves Decaens n’avait pas entendu le sujet au préalable : d’où, je pense, sa déclaration finale, grâce à laquelle il essaie de rétablir un certain équilibre et de rattraper la bourde d’Amaia. Effectivement, « Nina » ne pense manifestement qu’à elle-même ; elle se fout complètement d’être, elle, à l’origine de la contamination de quelqu'un d’autre. « Mon système immunitaire ne s’est jamais aussi bien porté. » C’est cela, oui ! (Sûrement une groupie de Raoult).
Donc, ou bien quelqu'un d’autre (rédacteur en chef ?) l’a entendu et a laissé passer ; ou bien personne ne l’a entendu, et il y aurait une responsabilité par négligence.
En tout cas, y’a quèquechose qui cloche là-d'dans et il est à craindre que la rédaction de France Inter appartienne aussi à l’ignoble con frérie des journaleux.



Création : 26 mai 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 94. Les jounaleux 2. Amaia Cazenave et France Inter
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2020/05/les-jounaleux-2-amaia-cazenave-et.html







mardi 12 mai 2020

93. Les journaleux 1. Kauffmann, du Monde

Les membres de l’ignoble con frérie des journaleux, étude de leurs performances journaleuses


Classement :




Référence
*Sylvie Kauffmann, dans L’Esprit public, « Demain, quel retour au travail ? », France Culture, 10 mai 2020 (lien)

L’auteur
Kauffmann (Sylvie), née en 1955 (OK, boomer !), est journaliste au Monde.

Texte
Déclaration faite à 11 h 45 : « Il y a eu énormément de commentaires à l’étranger sur les attestations dérogatoires françaises, sur ce génie français de la bureaucratie. La manière dont étaient formulées ces attestations a beaucoup fait rire à l'étranger »

Commentaire
Le fait de travailler au Monde est déjà un mauvais point : c’est être associé à l’individu assez imMonde qu’est Le Parmentier, con pourrait qualifier de « roi des journaleux ».
Mais Kauffmann va plus loin : dans cette émission consacrée au déconfinement, durant laquelle les lieux communs (« bien français », « esprit français », « jacobinisme », etc.) ont été enfilés avec ardeur, elle se distingue avec sa sortie sur les rires qu’auraient suscités « à l’étranger » le système des attestations de sortie.
Je remarque qu'aucun des ses interlocuteurs n'a fait écho à ce thème, à mon avis, , sans doute par « courtoisie ». Ils étaient sans doute tous un peu gênés (car, à part l'animateur de l'émission, c'était tous des hommes, et même des hommes blancs)..

Premier point
Pour ma part, je ne crois pas une seconde que ce système ait intéressé le moins du monde « les étrangers », si ce n’est quelques journaleux en mal de copie, ni a fortiori provoqué leurs « rires ».

Second point
En quoi les opinions des journaleux étrangers ont-elles le moindre intérêt ? Rappelons la campagne des journaleux US (pas seulement eux, il y avait dans le coup tous les autres imbéciles américains brandissant leurs Liberty Fries) au moment où le gouvernement français avait décidé de ne pas cautionner à l’ONU l’attaque de l’Irak (2003). Une campagne spécifiquement dirigée contre la France, épargnant l’Allemagne, qui avait pourtant pris la même décision.
C’est curieux, mais on ne voit jamais en France de véritable campagne de presse contre un pays étranger, alors que les journaux britanniques de caniveau en sont friands envers  « le pays des froggies »).
On peut aussi évoquer l'obsession pathologique de la sous-caste journaleuse US sur les histoires de voile musulman et de burqa en France (voir par exemple Marianne, lien). Le journaleux US se prend vraiment pour un « Intouchable » !

Troisième point
En réalité, c’est Kauffmann qui, du bas de son ignoblesse journaleuse, a trouvé ce système ridicule, pour on ne sait quelle raison. Et qui trouve intelligent d'en informer le monde entier, et même l'auditorat de France Culture, au moment où il va prendre fin. Bravo. Contre l’avis de la plupart de gens qui l’ont en fin de compte accepté. 
Comme aurait dit Raoul Volfoni, Kauffmann, c’est du top, Kauffmann, c’est de l'happy few (bien qu’elle ignore sûrement qui peut bien être Stendhal).

Quatrième point
Je ne suis pas sûr qu’on puisse justifier l’argument « le système des attestations était risible » autrement que par un réflexe journaleux pavlovien, mais je ne vais pas m’engager dans cette discussion (pour le moment).

Conclusion
À mon avis, c’est clair :
Kauffmann, du Monde, fait bien partie de l’ignoble con frérie des journaleux.



Création : 12 mai 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 93. Les journaleux 1. Kauffmann, du Monde
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