mercredi 11 novembre 2020

101. Les erreurs élémentaires de l'antispécisme

Quelques remarques sur un lieu commun antispéciste


Classement : antispécisme




Un des lieux communs de la littérature médiatique sur la question des relations homme-animaux est que, plus on fait des recherches sur les animaux, moins on croit qu’il existe un « propre de l’homme » », plus il est « difficile de tracer la limite entre l’homme (l’espèce humaine) et les animaux.
Certains tirent de ces analyses sommaires des conclusions drastiques : l’homme « est un animal comme les autres », « n’est pas supérieur aux autres animaux », « n’a aucun droit sur les animaux », notamment ceux de les élever, d’exploiter leurs productions (laine, œufs…), de les utiliser (animaux de compagnie, chevaux de course, chiens d’aveugle…), de les abattre pour manger leur viande.
 
Quelques performances animales
Les recherches sur les animaux ont établi par exemple, que les corbeaux conceptualisent le nombre 3 (à moins que ce soit 17) et que les chimpanzés peuvent exprimer des idées grâce à la langue des signes (enfin, disons que un chimpanzé a réussi, au terme de 12 ans d’apprentissage, à connaître deux ou trois signes, ou peut-être 19, et à s’en servir pour « dialoguer » avec son coach, qui est donc loin d’avoir perdu son temps !
 
Ces découvertes sont tout à fait intéressantes, mais ne constitue pas une preuve validant les « conclusions drastiques » énoncées plus haut. Le fait que les corbeaux conceptualisent le nombre 3 ne signifie pas qu’ils disposent d’un « trait humain », qu’ils remettraient en cause la barrière entre l’homme et le corbeau. Cela signifie que leur « nature de corbeau » inclut ce trait (pouvoir compter jusqu’à 3) et que la « nature humaine » inclut le même trait. Point commun !
Il est clair depuis longtemps que les animaux sont doués (comme l’homme) de sensibilité et qu’ils sont affectés par la souffrance ; qu’ils sont dotés d’une certaine capacité conceptuelle : tout laisse penser qu’un chat ou un chien domestiques peuvent conceptualiser les notions de « homme » (par opposition à « chat », « chien »), « homme qui est mon maître », « homme qui n’est pas mon maître » (en revanche, je ne suis pas sûr qu’ils conceptualisent la différence entre « homme mâle » et « homme femelle ») ; même les vaches et les poules doivent avoir dans la tête les concepts appropriés à leur situation. Qu’en est-il des araignées et des vers de terre ? C’est plus difficile à évaluer (mais leur sensibilité à la souffrance est certaine).
 
J’irai même plus loin : de même que l’homme est le développement évolutif d’une branche des primates, rien n’empêche en théorie qu’un processus identique commence (ou ait déjà commencé) pour une autre branche du monde animal ; et que dans quelques centaines de milliers d’années, il existe sur la Terre une autre espèce aussi intelligente et habile que l’homme (mais pas interféconde). En théorie, parce que l’emprise de l’homme sur la terre est à l’heure actuelle si forte (si violente) qu’il y a peu de place pour le développement d’un processus évolutif extérieur à l’homme.
 
Quelques performances humaines
Cela n’abolit pas la barrière intellectuelle entre l’homme et les autres espèces animales, sans parler de de la barrière biologique (non interfécondité, qui n’est pas une « construction sociale »). Il n’y a peut-être pas de « propre de l’homme », mais l’homme dispose de « traits caractéristiques » par centaines ou par milliers, et il peut pousser chacun d’eux à des niveaux inaccessibles aux animaux (par exemple : compter jusqu’à un milliard, additionner (avec ou sans calculette) 175 013 et 233 404, savoir que 3 et 17, ainsi que 19, sont des nombres premiers, extraire des racines carrées (ce qui, comme l’a dit Pagnol, est plus difficile de d’extraire les racines d’arbre), comprendre ce qu’est un logarithme, etc. ; imaginer et exprimer des idées telles que « les animaux ne sont en rien supérieurs aux hommes » ou « les animaux n’ont aucun droit sur l’homme », etc., etc.).
 
L’homme est supérieur aux animaux, bien qu’il ne soit pas toujours le plus « fort »
C’est un fait que « l’homme est supérieur aux animaux » ; cela ne veut pas dire qu’un homme (individu) soit supérieur à tout animal dans n’importe quelle situation ; mais que l’homme (espèce) l’est (plus intelligente ; plus habile). 
Cette supériorité n’est évidemment pas morale, elle est injuste, et peut même être funeste ; telle qu’elle est mise en pratique depuis quelques décennies, elle a pour résultat une dégradation rapide du monde animal et du monde végétal qui pourrait à terme être nuisible à l’homme lui-même. Cela peut être rapproché du fait que la supériorité intellectuelle et technique d’un groupe humain par rapport à d’autres groupes humains peut avoir des effets gravement négatifs sur ces derniers.
 
L’homme a tous les droits sur les animaux, y compris le droit de limiter ses droits.
De cette supériorité, il résulte que « l’homme a tous les droits sur les animaux » et que « les animaux n’ont aucun droit ».
L’erreur est d’introduire de la morale ou de la métaphysique, de dire (plaintivement ou agressivement) que « l’homme n’a aucun droit sur les animaux » ou que « il faut respecter les droits des animaux ». Comment pourrait-on respecter ce qui n’existe pas, en dehors du cerveau d’un certain nombre d’activistes ? Sur quoi se fondent de telles assertions ? C’est aussi inepte qu’un colon israélien proclamant sans rire : « Je suis ici, j’y resterai et je mettrai le pays à feu et à sang parce que cette terre nous a été donnée par Dieu ».
La seule chose que l’on puisse penser raisonnablement à propos des relations entre les hommes et les animaux est que « l’homme peut et doit s’imposer des règles dans ses relations avec les animaux » : interdire ou limiter la consommation de viande ; interdire ou limiter la chasse, la pêche, etc. Que ce soit pour des raisons environnementales (c'est-à-dire pour préserver l’environnement de l’espèce humaine) ou pour des raisons « animalitaires » (parce qu’on n’aime pas la souffrance des animaux, du moins celle qui est infligée par des hommes ; cela me rappelle le film de Buñuel, La Voie lactée, où est citée la décision d’un ancien concile, selon laquelle c’est un péché que de ne pas manger de viande pour des raisons animalitaires, mais ce n’est pas un péché si le but est de se mortifier devant Dieu).
Mais la limitation (voire l’interdiction) de la chasse ne relève pas des « droits des animaux », mais du droit des hommes à s'imposer des limites ; elle ne peut ni être imaginée, ni être mise en pratique par les animaux qui en bénéficient : seuls des hommes peuvent l’imaginer, la décider et l’appliquer (c'est-à-dire se donner les moyens de surveiller les zones, espèces et époques concernées et de punir les contrevenants).
 
Conclusion
Il résulte de tout cela qu’il est parfaitement légitime pour un homme (individu) de s’interdire la consommation de viande ou la chasse, mais que celles-ci étant autorisées, il est parfaitement illégitime qu’il s'autorise à agir de façon violente contre ceux qui ne se l’interdisent pas, et totalement inepte qu’il soit autorisé par des journalistes en quête de sensations fortes à proférer dans le poste des énoncés comme « Bouchers = assassins » et « C’est un problème fondamental de justice ».



Création : 11 novembre 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 101. Les erreurs élémentaires de l'antispécisme
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mardi 10 novembre 2020

100. Dans le Code noir, y'a du bon !

Quelques remarques probablement infondées sur le Code noir et la mauvaise réputation qu’il a dans la clique décolonialiste


Classement :




Références
*« Edit du Roi Touchant la Discipline des Esclaves Nègres des Isles de l'Amérique Française, donné à Versailles au mois de mars 1685 », publié dans Recueil d’édits, déclarations et arrests de Sa Majesté concernant l’administration de la Justice & la Police des Colonies françaises de l’Amérique, & les Engagés, Paris, MDCCXLIV (1744), page 81 et suivantes.
Cet ouvrage est disponible sur le site Gallica (lien, vue 79 et suivantes).

Item, deux pages publiées dans mon blog Questions d’histoire :
*L'affaire Colbert Défense sur la forme (lien)
*Sur un mensonge des décoloniaux, de leurs compagnons de route et autres idiots inutiles (lien)
 
Commentaire
Les groupuscules décoloniaux, déconoliaux, indigénistes, racialistes, leurs compagnons de route et autres idiots inutiles (DIRCRI+), disent beaucoup de mal de ce qu’ils appellent, de façon stéréotypée, voire pavlovienne, « le Code noir », c'est-à-dire, en réalité, l’« Edit du Roi Touchant la Discipline des Esclaves Nègres des Isles de l'Amérique Française, donné à Versailles au mois de mars 1685 », qu’ils attribuent malignement à « Colbert », alors que celui-ci, le célèbre ministre de Louis XIV, était mort en septembre 1683.
 
Cela prouve que ce texte qu’ils dénoncent de façon répétitive et outrancière, à tout bout de champ et jamais à propos, ils ne l’ont pas lu, car s’ils l’avaient lu, ils auraient certainement été intéressés par l’article 1 de cet édit, qui énonce : « Voulons & entendons que l’Edit du feu Roi de glorieuse mémoire, notre très-honoré Seigneur & Père du 23 Avril 1615, soit exécuté dans nos Isles ; ce faisant, enjoignons à tous nos Officiers de chasser hors de nos Isles tous les Juifs qui y ont établi leur résidence, ausquels, comme aux ennemis déclarés du nom Chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des Présentes, à peine de confiscation de corps & de biens. ».
En résumé, il s’agissait de faire des colonies françaises des Antilles des territoires judenrein (comme l’était du reste, en principe*, le royaume de France).
 
Cette décision de « chasser »* « tous les Juifs » : les anticolonialistes antisionistes qu’ils sont, est-ce qu’elle ne pourrait pas les amener pas à penser que :
« DANS LE CODE NOIR, QUAND MÊME, Y’A DU BON ! »* .

Notes
* « chasser » : ici, ce mot signifie seulement « expulser ».
*les Juifs avaient été chassés du royaume par un édit du XIVème siècle ; mais par la suite, le royaume a intégré des territoires où les Juifs étaient autorisés à résider (notamment l'Alsace), et l'édit ne leur a pas été appliqué
* « y’a du bon » : c’est du second degré, en ce qui me concerne ; je n’ai aucune sympathie pour l’article premier de l’édit de mars 1685. Pour ce qui est des DIRCRI+, je ne sais pas.



Création : 10 novembre 2020
Mise à jour : 17 novembre 2020 (les Juifs dans le royaume de France)
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 100. Dans le Code noir, y'a du bon !
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vendredi 23 octobre 2020

99. Le SNES et l'islamisme musulman

Quelques remarques sur les errances de la pensée de gauche et les sophismes qui leur sont associés


Classement : L'Europe entre l'islam et la modernité ; la gauche française entre islam et soumission




Références
*Laure Daussy, « Liberté d’expression », Charlie Hebdo n° 1474, 21 octobre 2020, page 4, citation de Sophie Vénétitay
* « Jean-Michel Blanquer lance le Grenelle de l’enseignement », France Info, mercredi 22 octobre 2020, 15 h 21, entretien avec Frédérique Rolet
 
Les auteurs
*Sophie Vénétitay : professeur de SES, actuellement secrétaire générale adjointe du SNES-FSU (Syndicat national de l'enseignement secondaire Fédération syndicale unifiée)
*Frédérique Rolet : professeur de Lettres, actuellement secrétaire générale du SNES-FSU
 
Contexte politique 
A la date du 23 octobre 2020, le contexte est le suivant :
*le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cashe et quelques autres personnes, est en cours ;
*il y a quelques semaines, un nouvel attentat a eu lieu contre Charlie Hebdo, mais l’agresseur s’étant présenté à une adresse obsolète, s’est attaqué à des deux personnes « totalement innocentes »  ;
*il y a quelque temps, Emmanuel Macron a prononcé un discours ciblant très explicitement le terrorisme islamiste, dénoncé (de façon pas nécessairement approprié) pour « séparatisme ».
*il y a une semaine (16 octobre), a eu lieu un attentat contre un professeur d’histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Paty (1973-2020), qui a été assassiné et décapité par un adolescent tchétchène réfugié en France, suite à des vidéos délatrices mensongères postées par un parent d’élève hystérique et islamiste, assisté d’une crapule islamiste, Abdelhakim Sifrioui, opérant principalement à la mosquée de Pantin ; [ces deux salopards ont été incarcérés en préventive en attendant leur condamnation].
 
Textes
Texte 1 : Sophie Vénétitay (citée par Charlie Hebdo)
« L’école n’est pas imperméable à ce qui ce se passe dans la société. Ce qui se passe, c’est la conséquence des inégalités. C’est sur ça qu’il faut agir, plutôt que des instrumentalisations, comme parler de séparatisme. »
 
Texte 2 : Frédérique Rolet 
Interrogée par France Info sur la question de l’islamisme et des accusations portées contre certains « hommes de gauche », notamment à la France insoumise, d’être trop liés à l’islamisme (« islamo-gauchisme »), elle fait une réponse tout à fait curieuse, que je retranscris en partie de mémoire, ne disposant plus de l’accès au replay (je mets en gras ce dont je suis sûr).
 « Attention, ce sont des questions complexes. L’islamisme, il ne s’agit pas seulement d’imposer une volonté politique dans l’espace de la France républicaine ; l’islamisme, c’est pas forcément ça, c’est aussi toute une civilisation, toute une culture. »
 
Analyse et commentaires
Texte 1 : Sophie Vénétitay
A-t-elle vraiment dit « c’est sur ça que » au lieu de « c’est là-dessus que » ? Je mets ce point de côté, car la « pensée » de cette probable « femme de gauche » est assez inquiétante, mais un usage aussi lamentable de la langue française n’étonnerait pas de la part de quelqu'un qui raisonne comme un tambour crevé.
« Ce qui se passe », sauf erreur, c’est qu’un professeur a été exécuté par décapitation pratiquement dans l’exercice de son métier.
Est-ce vraiment une « conséquence des inégalités » ?
Cochez les réponses correctes (il y en a peut-être, pour une part) :
Des élèves ne réussissent pas à l’école ? Les inégalités !
Des élèves mettent le bazar dans les cours ? Les inégalités !
Des élèves sont insolents envers leurs professeurs ? Les inégalités !
Des élèves rayent les voitures des professeurs, voire crèvent les pneus ? Les inégalités.
Un jeune homme manifestement islamiste décapite un professeur qu’il ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam, mais dont il sait parfaitement qu'il a gravement péché contre l'islam ? Les inégalités !
On vérifie ainsi la profondeur de la pensée de cette sous-cheffe du SNES.
Bien sûr, Mme Vénétitay en conclut qu’il ne faut surtout pas évoquer l’islamisme dans sa version terroriste, et condamne (de façon un peu allusive) le discours de Macron sur le sujet du « séparatisme ». 
Bravo, Sophie, bravo le SNES !
 
Texte 2 : Frédérique Rolet 
Mme Rolet, voulant expliquer ce qu’elle présente comme « complexe » (sous-entendu : tout ça c’est n’importe quoi, c’est de la simplification à outrance, moi je vais tout vous expliquer), commence, bizarrement, par « amalgamer » trois choses qui sont certes liées, mais qu’on doit faire l’effort de différencier : l’islamisme (un ensemble de mouvements politiques remontant au XXème siècle, dont les doctrines reposent sur l’utilisation politique de données interprétées dans un sens autoritaire, voire totalitaire, trouvées dans les corpus textuels musulmans tels qu'ils ont été manipulés par diverses autorités compétentes - ou pas), l’islam (la religion musulmane, ensemble de pratiques et de croyances) et la civilisation arabo-musulmane (monuments, ouvrages non religieux, œuvres d'art), estimant sans doute que le confusionnisme le plus débridé est un excellent moyen pédagogique (il faut reconnaître qu’entre les deux premiers éléments, la limite est floue, ce dont profitent les islamistes, qui prétendent qu’elle n’existe pas).
Dans ces conditions, si on suit la pensée de Mme Rolet, professeur de Lettres, on peut conclure que :
La mosquée de Cordoue, c’est l’œuvre des islamistes !
L’Alhambra de Grenade, c’est l’œuvre des islamistes !
La décapitation de Samuel Paty, c’est la pointe (acérée) de la civilisation arabo-musulmane !
Et elle en tire la conclusion implicite qu'il faut être très prudent sur des sujets aussi graves, et surtout ne pas parler de séparatisme ni de terrorisme islamiste.
Bravo, Frédérique ! Bravo, le SNES !
 
Il apparait clairement à travers les déclarations de ces deux irresponsables syndicales que la « gauche » a pour une large part effectué un virage inepte : autrefois, la gauche, c’était l’alliance des partis ouvriers et républicains pour la défense de la République (notamment à partir de l’affaire Dreyfus), puis pour le progrès social (Front populaire, Libération….).
Maintenant, la « gauche », c’est l’alliance des avatars vermoulus des partis « ouvriers » et de leurs satellites (la Ligue des Droits de l’Homme, l’UNEF, Libération, Mediapart, etc.), auxquels on peut « amalgamer » EELV, au moins canal Canfin, avec les islamistes « modérés » (cf. le duo comique « Plenel et Ramadan ») pour la défense inconditionnelle de la religion musulmane et de la présomption d’innocence de Frère Tariq, sous couvert de la « protection des musulmans », chose tout à fait nécessaire, mais qui revient aux autorités et doit être menée par elles sur le plan pratique, et non pas par des groupuscules anciennement révolutionnaires ou progressistes sur le plan idéologique, avec de considérables effets obscurantistes et démoralisateurs.
Remarque :l'expression « islamisme musulman » est évidemment absurde, elle fait écho à l'absurdité de l'énoncé de Mme Rolet.



Création : 23 octobre 2020
Mise à jour :
Révision : 7 novembre 2020
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 99. Le SNES et l'islamisme musulman
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vendredi 25 septembre 2020

98. Les journaleux et les bons sauvages

Quelques remarques sur l’ineptie de la gent journaleuse française


Classement :



En parlant de « l’ensauvagement de la France », Gérald Darmanin évoquait des cas de violences particulièrement cruelles commises récemment.

Du fait qu’il a utilisé ce mot, grâce à la perspicacité toujours en éveil de la gent journaleuse, le débat n’a plus porté que sur le droit d’employer le mot « ensauvagement », qui évoque les « sauvages » et est donc « stigmatisant ».

Mme Taubira a émis l’opinion que le ministre avait mobilisé un « imaginaire colonial ». Je pense qu’elle s’est plantée, car le mot « sauvage », pour ce qui me concerne et je pense pour beaucoup de Français, évoque d'abord les Amérindiens d’Amérique du Nord, les « Indiens » (opposés aux « cowboys »), les « Peaux-Rouges », dont chacun sait qu’ils sont « criards » et que leurs ennemis, de pacifiques bateliers, ils les ont sans aucune raison valable « pris pour cible, les ayant cloués nus aux poteaux de couleur » (Rimbaud, Le Bateau ivre). Il s’agit donc plutôt d’un imaginaire américain, à la rigueur d’un imaginaire « colonial » américain (états-unien). Bien entendu, je sais très bien que les « Indiens » n’étaient pas ontologiquement des « sauvages » ; d’ailleurs certains pensaient qu’il existait des « bons sauvages », voire que tous les « sauvages » étaient bons, ce qui est tout aussi absurde que de penser que les tous les « sauvages » étaient sauvages.

Gérald Darmanin aurait aussi pu parler de « barbarisation de la France » ; d’ailleurs, des individus issus de groupes stigmatisés n’ont-ils pas revendiqué, naguère, la gloire de former le « gang des barbares » ? Il aurait aussi pu parler de « brutalisation » (plus neutre, avec un petit cachet d’avant-garde de la recherche historique).

C’est curieux, mais si un ministre avait parlé en 2015 de « sauvagerie » à propos des attentats de janvier, est-ce que la gent journaleuse serait partie sur le sentier de la guerre pour condamner l’emploi de ce mot à propos des frères Sheriff et Sida K et de leur acolyte Merdi C ? On peut le craindre.




Création : 25 septembre 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 98. Les journaleux et les bons sauvages
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2020/09/les-journaleux-et-les-bons-sauvages.html








dimanche 26 juillet 2020

97. La grammaire française dans la chanson

Quelques exemples grammaticaux pris dans des chansons connues, anciennes ou récentes


Classement : grammaire ; grammaire française




Le but de cette page est d’utiliser un corpus de textes courants, indépendants de tout projet grammatical, pour trouver des exemples sur certains points de grammaire française.

Sommaire
L’opposition imparfait-passé simple
Le futur
Le subjonctif présent
1) Utilisé après le verbe « falloir »
2) Autres emplois
Le subjonctif imparfait
Malgré que...

Index des chansons citées
Cécile (Claude Nougaro)
Comme de bien entendu (Jean Boyer)
Dans les prisons de Nantes (répertoire populaire)
Supplique pour être enterré à la plage de Sète (Georges Brassens)
Le Tambour miniature (Ah il fallait pas qu’il y aille) (répertoire militaire)
Faut vivre (Mouloudji)

L’OPPOSITION IMPARFAIT-PASSÉ SIMPLE
*Comme de bien entendu (Jean Boyer)
« Elle était jeune et belle, comme de bien entendu,
Il eut le béguin pour elle, comme de bien entendu,
Elle était demoiselle, comme de bien entendu,
Il s’arrangea pour qu’elle ne le soit plus, comme de bien entendu. »
Ce couplet vient de la chanson du film de Jean Boyer Circonstances atténuantes (1939), avec Michel Simon et Arletty.

*Cécile (Claude Nougaro)
« Elle voulait un enfant,
Moi je n’en voulais pas,
Mais il lui fut pourtant facile,
Avec ses arguments,
De te faire un papa,
Cécile,
Ma fille. »

Ces exemples montrent que l’opposition imparfait (situation)/passé simple (action) est claire pour les auteurs de ces chansons, et on peut le supposer, comprise par leur public (populaire). Il n’y a donc pas lieu de dire que « le passé simple est un temps désuet » ; il est vrai que personne ne l’utilise dans l’expression orale courante, mais il est très bien compris dans des textes qui n’ont rien d’ « élitiste ».

*Dans les prisons de Nantes : un cas particulier
« Dans les prisons de Nantes
Y avait un prisonnier.
Personne ne le vint "vouère"
Que la fille du geôlier.
Un jour il lui demande :
Et que dit-on de "moué" ? »

Ici, on a bien une opposition imparfait-passé simple, mais assez curieuse : il serait plus logique de trouver « personne ne venait le voir », puis « un jour il lui demanda » ;  mais le texte délaisse le passé simple au profit du présent (narratif) et utilise le passé simple de façon paradoxale, ce qui est peut-être lié à la relative ancienneté de cette chanson.

LE FUTUR (prononciation en -é de la première personne)
*Dans les prisons de Nantes
« Je chante pour les belles
Surtout celle du geôlier
Si je reviens à Nantes
Oui je l'épouserai
Dans les prisons de Nantes
Y avait un prisonnier »
L’intérêt de ce texte est d’indiquer une prononciation du futur 1ère personne en –é, puisque « épouserai » rime avec « prisonnier », « geôlier » (et bien d’autres mots en –é), alors que la tendance (actuellement dans la région de Nantes) est de prononcer le futur 1ère personne en –è (proche du conditionnel présent 1ère personne)

LE SUBJONCTIF PRÉSENT
1) Après « falloir »
*Le tambour miniature
 « Ah, i fallait pas, il fallait pas qu’il y aille,
Ah, il fallait pas, il fallait pas y aller. »
Ce refrain vient d’une chanson militaire du XIX° siècle (chant des troupes de marine) (lien 1) (lien 2).

*Dans les prisons de Nantes (version des Tri Yann)
« On dit de vous en ville
Que pendu vous serez.
Mais s'il faut qu'on me pende,
Déliez-moi les pieds. »

*Autre version
« Le bruit court par la ville
Que demain vous mourrez
Puisqu'il faut que je meure
Déliez-moi les pieds. »

2) Autres emplois
a) Après « pour que »
*Comme de bien entendu (Jean Boyer)
« Elle était demoiselle, comme de bien entendu,
Il s’arrangea pour qu’elle ne le soit plus, comme de bien entendu. »
L’auteur ne fait malheureusement pas la concordance des temps (« Il s’arrangea pour qu’elle ne le fût plus »), qui a dû paraître trop formaliste.

LE SUBJONCTIF IMPARFAIT
*Supplique pour être enterré à la plage de Sète (Georges Brassens)
« Note ce qu'il faudrait qu'il advînt de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord
Que sur un seul point : la rupture. »
Brassens fait une concordance des temps et modes entre le conditionnel présent et le subjonctif imparfait, qui est peut-être discutable, peut-être liée à la prosodie de l'alexandrin (la concordance correcte serait  : « il faudrait qu'il vienne » ; « il faudrait qu'il vînt » serait correct si précédé de « il aurait fallu »).
Une version trouvée sur Internet donne : « Note ce qu’il faudra qu’il advint de mon corps » (lien), mais elle ne tient pas debout du point de vue grammatical (> ce qu’il faudra qu’il advienne). Une autre version (Facebook INA, lien) donne : « Note ce qu’il faudrait qu’il advint de mon corps », où le subjonctif imparfait est remplacé par un passé simple (sans doute par négligence orthographique)
Ces confusions montrent que le subjonctif imparfait est probablement le temps le moins familier, le moins bien reconnu.

MALGRE QUE
*Faut vivre (Mouloudji)
La chanson Faut vivre fait un usage systématique de « malgré que » au lieu de « bien que », bien que cette dernière formulation soit employée à l'occasion.



Création : 26 juillet 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 97. La grammaire française dans la chanson
Lien : https://lesmalheursdesophisme.blogspot.com/2020/07/la-grammaire-francaise-dans-la-chanson.html







dimanche 12 juillet 2020

96. Du relativisme en général

Quelques remarques ironiques sur le relativisme en général


Classement : épistémologie ; relativisme 




Le paradoxe du Crétois
« Un Crétois dit : Tous les Crétois sont des menteurs ». En fait cet énoncé n’est pas vraiment paradoxal car, en français, « être un menteur » ne signifie pas « mentir tout le temps », mais « mentir quand ça nous arrange ».
L’énoncé paradoxal serait : « Un Crétois dit : Les Crétois ne disent jamais la vérité. ». Cette construction est correcte grammaticalement, mais elle n’est pas valide sur le plan logique, puisque si un Crétois dit que les Crétois ne disent jamais la vérité, c’est qu’en réalité, les Crétois disent toujours la vérité. Et s’ils disent toujours la vérité, l’affirmation « Les Crétois ne disent jamais la vérité » est vraie… (ad libitum). Évidemment, on peut aussi dire que le contraire de « Ils ne disent jamais la vérité » est : « Ils disent parfois la vérité, et parfois non », de sorte que la phrase ne constituerait pas du tout un paradoxe.

Le relativisme 
On peut rapprocher ce paradoxe de l’attitude des personnes (Bruno Latour, par exemple, à une époque…) qui disent : « Je suis relativiste, selon moi la "vérité" n’existe pas ». Il est clair que l’énoncé « selon moi, la vérité n’existe pas » n’a aucune valeur logique : en tant que « relativiste », je ne peux accorder de « valeur de vérité » à aucun énoncé, et notamment à l’énoncé : « selon moi, la vérité n’existe pas ». Donc, il faut admettre qu’en réalité, « la vérité existe peut-être », et si elle existe « peut-être », elle « existe » tout simplement.

Notons qu’aucun relativiste fonctionnaire de l’État (« prof de fac », chercheur au CNRS, etc.) n’a jamais considéré comme faux ou douteux l’énoncé : « Le 28 (ou le 29) de ce mois, mon traitement tombera sur mon compte en banque », alors que certains d'entre eux ont la « certitude »  que « Toute "théorie scientifique" est déterminée socialement de part en part ».



Création : 12 juillet 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Les Malheurs de Sophisme
Page : 96. Du relativisme en général
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samedi 13 juin 2020

95. Les sommités intellectuelles : Daniel Cohen et le baccalauréat 1968

Quelques remarques sur une sottise proférée par une sommité intellectuelle de notre temps


Classement : histoire ; France ; mai 1968




Référence
*Daniel Cohen, « L’assurance-chômage est-elle un parachute anti-crise ? », Les Matins de France Culture, 10 juin 2020 (20ème minute de la réécoute) (lien)

L’auteur
Daniel Cohen, né en 1953, ancien élève de l’ENS (Ulm), est agrégé de mathématiques, est docteur en Sciences économiques et, entre autres, professeur à l’ENS (Ulm).

Présentation
L’émission, entretien entre Guillaume Erner et Daniel Cohen, portait sur la situation économique actuelle (récession due à la pandémie) ; au bout d'un moment est évoquée la question de ce qui va arriver aux jeunes qui sur le point d'entrer sur le marché du travail après l'été. Daniel Cohen propose de « leur donner une année de formation de plus » et ajoute (citation abrégée par rapport au verbatim) : 

Texte
«  Je pense à un précédent, en 1968, l’économie s’était effondrée, on a fait quelque chose, on a donné le bac à tout le monde, sans doute parce qu’on a peut-être eu peur que les jurys se fasse enflammer s’ils refusaient quelqu'un. Or mon ami Eric Maurin a fait une étude sur le devenir de ces bacheliers qui n'auraient jamais dû avoir le bac », ils ont très bien réussi, ça leur a été très profitable, etc. etc.. 
Et Guillaume Erner de conclure : « Peut-être que le bac ne sert à rien ! ».

Analyse et commentaire
[Il s’agit pour l’essentiel d’un message adressé à la rédaction des Matins de France Culture]

Ces assertions sont surprenantes de la part d’un économiste professeur à l’ENS, car il s’agit tout simplement de contre-vérités.
Le baccalauréat 1968, passé sous forme exclusivement orale, en une journée (fin juin et début juillet, dans mon cas le 1° juillet), a eu un taux de réussite de 81 %, alors qu’en 1967, on avait eu 60 % et qu’en 1969, on aura 66 % (chiffres relevés sur France Info, lien). Il est donc certain que le baccalauréat 1968 a été donné à une proportion relativement élevée de candidats (pour l'époque, car à l'heure actuelle, le taux de 80 % est courant) :.un écart (en plus) par rapport à 1967 d'environ 20 points sur 60 (+ 33 %).

Mais peut-on dire pour autant qu’il a « été donné à tout le monde » ? À mon avis non.
Si le taux de réussite avait été de 99 %, à la rigueur de 95 %, on pourrait le dire. Mais le taux a été de 81 % ; il y a eu 19 % de recalés, un candidat sur cinq environ.
Daniel Cohen reprend en fait un lieu commun, un propos ironique de réunions familiales, une sorte de métaphore (« donné à tout le monde » pour « donné à plus de monde que d’habitude »), mais qui ne correspond pas à la réalité statistique. 

Quant à l’assertion suivante, elle est encore plus surprenante : « les jurys ont eu peur de se faire enflammer s’ils refusaient quelqu'un  »
C’est une pure absurdité, puisque les jurys ont refusé un candidat sur cinq, et que cela n’a généré aucun problème. Au moment où le bac 68 a eu lieu (fin juin-début juillet, en ce qui me concerne le lundi 1er juillet), le temps n’était plus aux barricades. L’idée qu’un élève refusé aurait pu exercer des voies de fait sur le jury est une projection de la situation qui prévalait en mai dans des secteurs localisés de la population étudiante et lycéenne. À partir du moment où on acceptait de passer l’épreuve, on se soumettait au résultat. Probablement que les « gauchistes » ont considéré cela comme une « trahison », mais la plupart de ces « purs » ont su trouver par la suite le chemin des « accommodements raisonnables avec le capitalisme ».

Conclusion
Être une sommité intellectuelle n’empêche pas de dire des âneries quand on veut briller à peu de frais dans le monde médiatique.

Remarque sur l'étude d'Eric Maurin
On trouve trace de cette étude dans certains articles de presse (Le Monde, Libération), qui défendent l'idée que non, le bac 68 n'a pas été bradé. Mais pour le démontrer, ils ne s'appuient pas sur les données statistiques (19 % de recalés), mais sur le fait que les reçus « ont très bien réussi, comme le montre l'étude de... ». 
Pour ma part, je trouve que ce genre d'études très orientées idéologiquement (l'idée, en gros : le laxisme, c'est super) est a priori sujet à caution. 



Création : 13 juin 2020
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
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